vendredi 30 avril 2010

Ère Pétro l’air

« Papa, papa, regarde la grosse tâche noire sur la mer. Qu’est-ce-que c’est ? Est-ce-que c’est l’encre d’un calamar géant comme tu avais attrapé une fois et qui t’avait assombri la peau des mains pendant des jours ? Est-ce que la pieuvre géante va nous attaquer ? Hein papa, elle va nous attaquer ?
- Oui fiston c’est presque ça. D’un certain point de vue tu n’as pas tort. Sauf que cette encre vient de la Terre, profondément enfouie dans ses entrailles et c’est l’Homme qui a été la chercher. Mais cette encre n’écrit que sur des billets de banque et aujourd’hui elle échappe à notre contrôle et va coûter beaucoup d’argent.
- Mais pourquoi personne ne la met pas dans des encriers et ensuite ils pourront écrire sur plein de billets. Regarde papa, elle est tellement proche, on pourrait même aller en chercher nous aussi et la mettre dans nos bouteilles d’eau. Viens papa, on y va, il y a plein de gens qui arrivent, ils vont nous voler notre encre.
- Si seulement tu avais raison. Malheureusement, il faut la mettre dans les encriers avant qu’elle ne touche l’eau, sinon elle n’est plus bonne à rien à part à tuer les poissons, les oiseaux et les plantes. Elle ne va pas seulement colorer les animaux, elle va également les étouffer, leurs coller de partout et les empêcher de vivre. Tous ces gens que tu vois veulent essayer de retenir cette tâche de s’approcher plus prêt car ici bientôt, il n’y aura plus rien qu’un désert sombre. A vouloir toujours plus de billets, l’Homme ne fait plus attention à la nature et elle se meurt.
- Ben il faut des grands aspirateurs, comme dans le supermarché, qui aspirent tout, même l’eau et après tout est propre. Pourquoi ils amènent pas les aspirateurs ? Ou des bouteilles, plein de bouteilles pour tout le monde et ensuite on passe tout à la passoire pour remettre l’eau dans la mer. Ils ont que des bouées, ça servent à rien les bouées, elle peut passer par-dessous l’encre, pas besoin de lui donner des bouées. Ou c’est pour pas que les gens ils aillent nager dans le cercle ? On voit bien où elle est la tâche, c’est nul comme système, et il fait trop froid pour se baigner en plus. On dirait qu’ils réfléchissent pas les gens. Papa, il faut aller leur dire que ça sert à rien tout ça. Dans les hélicoptères, ils voient bien que ça sert à rien, non ? Aller viens papa…
- Non, ça ne sert pas à rien. Tu vois l’encre est tellement épaisse qu’elle reste au-dessus de l’eau, alors les bouées essaient de la retenir. Mais comme la Terre est blessée elle continue de saigner cette encre et il faut mettre plus de bouées. Quand tu t’es coupé le doigt et que ça saignait de partout je t’ai fait appuyer fort sur la plaie comme ça le sang ne pouvait plus sortir et tu n’en as pas mis de partout sur le sol. Si tu n’avais pas appuyé, le sang aurait continué à couler et à part éponger on ne pouvait pas faire grand-chose. Et bien là c’est pareil. Tant que la plaie sera ouverte, le sang va couler et rien ne pourra l’arrêter. Il vaut mieux s’en aller, on va gêner les gens qui nettoient.
- Mais non, on peut pas partir. Il faut qu’on éponge tant que le trou est pas bouché. Nous aussi on peut aider à nettoyer. On peut pas partir, on peut pas.
- Tu es trop petit fiston, tu vas juste empêcher les adultes de faire de leur mieux. Je te ramène à la maison et je reviendrais nettoyer avec maman. Il faut que tous les adultes viennent parce que sinon on ne pourra plus venir ici avant très très longtemps. Et tu vois comme la mer est agitée à cause du vent trop fort ? C’est ça qui empêche d’appuyer sur la plaie, et il ne va pas s’arrêter tout de suite d’après la météo, alors il faut que je te ramène vite, il va y avoir du travail ici. Pas de week-end pour les grands…
- Mais si papa, je peux aider, je suis assez grand, je veux aider à nettoyer. Je l’aime cette plage. J’aime les oiseaux qui sont là, je veux pouvoir prendre des photos des oiseaux pendant les vacances. Laisse-moi aider papa.
- Bon d’accord, mais alors on va quand même aller chercher maman d’abord. Aller, viens, monte dans l’encrier. »

29/04/10

jeudi 29 avril 2010

Où qu’aille la vieille canne

Au revoir ma boîte à roues, et à jamais,
Enfin ta chaîne de deux années s’est brisée,
Et je vois le boulet s’éloigner et me rendre ma liberté,
Tes tourments s’exerceront sur quelqu’un d’autre,
Ta malédiction est transmise et pourra poursuivre son œuvre,
Le repos peut enfin être mien,
Je le maintiendrais sans doute peu de temps,
Mais peu c’est déjà du bon temps,
J’apprends à me contenter de plus,
Pas beaucoup, mais juste un peu plus c’est déjà beaucoup,
Et ça, ça vaut largement le coup,
Et d’ailleurs même dans le moins, il y a plus,
Moins de temps mais plus d’argent,
Moins de matériel et plus de plaisir,
Moins d’argent mais plus de temps,
Moins de soucis et plus de joie,
Moins de relations mais des meilleures,
Moins de douleurs et plus de douceur,
Moins de moins mais plus de plus,
Une complémentarité parfaite dans la perception,
Il suffit de regarder de la bonne manière,
Car on peut aussi ne voir que des moins ou que des plus,
Comme en fermant un œil on perd une dimension,
Le cerveau a autant d’yeux qu’une mouche,
Il suffit d’ouvrir le bon pour éviter les pièges,
Car certaines situations sont de véritables papiers collants,
D’autres sont des tapettes géantes qui peuvent rompre nos ailes,
Et d’autres même si elles sentent la merde sont fort nutritives,
Alors au revoir vieille épave gluante,
Je peux à nouveau voler.

28/04/10

mercredi 28 avril 2010

Hisse-toi d’art mou

Le sombre sot fit un dernier soubresaut et s’étala nonchalamment sur le tapis. Tant pis se dit son ami tapit derrière un rideau et il rit d’aussi bon cœur qu’il l’eut fait si c’eut été une bonne sœur. Sa femme tenait encore le poignard qu’elle avait plongé à plusieurs reprises dans le bas ventre de l’idiot induit en erreur et tentant de séduire cette splendeur.
Mais comment avait-elle pu agir de la sorte ? Ce n’était pas un coup du mauvais sort, c’est sûr, alors que le mari riant sort de sa modeste cachette. Il avait donc tout manigancé, mais dans quel but ? La considérait-il comme une pute qu’il avait glissé son propre comparse dans l’appartement alors qu’elle s’y trouvait presque nue ? Et ce couteau haineux trainant sur la table du salon dans l’attente d’un sale don, ce n’était pas une coïncidence. Mais pourquoi, mais pourquoi, ce répétait elle l’air coi. Voilà encore un de ses biens mauvais tours pour contrer la magie de mes atours. Mais cette fois-ci il avait dépassé les bornes de la foi et le couteau passa la chair jusqu’au foie. Le faux cocu s’étala à son tour sur le sol.
Bon débarras, je ne l’ai pas raté ce fou sans camisole, à présent je peux me rendre à la police qui m’innocentera, pensa la belle à la peau lisse.
Quelques jours plus tard, la veuve et le juge au plumard discutaient de la suite des évènements. Ce serait bientôt l’heure de son avènement et elle n’aurait pas offert son corps vainement. Sincèrement, son mari lui a rendu une fière chandelle, il y aurait des chansons pour elle, des amants en ribambelle et pour toujours elle serait libre et belle.

27/04/10

mardi 27 avril 2010

Mais l’ange dit des bises arts

Mélodie romantique,
Mais l’audit de la Rome antique,
Assiège les passions,
Allège les poissons,
A l’aise, son sans poids,
Ce sont des paroles légères qui s’envolent,
Sans aile, sans aide,
Comme un zoo sans Z,
Encouragements de l’entourage,
Ou insultes toutes de rage,
On ne le sait sur une page,
Moins visible que le sel sur une plage,
Mais si ça plait ça suffit,
Même une sale paix fit sue à l’ennemi,
La haine endormie,
Hormis la dépouille de sa beauté chaotique,
C’est le cas en hauts nautiques,
Un sac de nœuds hypnotiques,
Hippocampe rustique qui décampe,
Les moustiques déchantent,
Dans la mousse, plic, plic fait la goutte,
Chacun sa route, chacun ses doutes,
Qui parfois déroutent et du coup ça rate,
Excite les rats en couple,
Copulent, souples, l’ovule, loupent,
Le love en zoom et puis boom,
Trop près mais pas prêt,
Retour dans les prés,
Le dernier lépreux aux tâches léopard,
Qui part pour là-haut,
Et puis le cycle reprend,
Comme l’entretien d’une motocyclette.

26/04/10

lundi 26 avril 2010

Clouzot l’oncle ose au clou

On n’a rien à dire et pourtant on cause,
Ici c’est Marseille, ça sent bon l’osmose,
Les joues sont roses à cause des petits jaunes,
Âgés et jeunes les descendent à jeun,
Alors on s’agit mais impossible d’agir,
Juste bon à jouir des beaux jours et des longues nuits,
C’est ça qui nous nuit car le malheur nous poursuit,
Et nous entraine dans la suie à la première pause,
Et oui, on n’a rien dire et pourtant on cause,
Je sens mes reins se raidir quand je me prends la dose,
A deux doigts de la cirrhose et pourtant rien à cirer,
Allongé sous les cyprès je ne savoure que le présent,
Zen et reposant et n’osant rien de fatiguant,
Y a qu’en moto que je prends des gants, tout les reste je m’en tape le gland,
Hey ouais grand, c’est sans gain mais sanglant,
Et je vais pas niquer le bénef, je veux voir paniquer le MEDEF ;

Mais toujours rien à dire et pourtant on cause,
Ne parlons pas du monde, ça nous rend morose,
Je veux des mots roses qui motivent mais pas m’opposent,
Des jeux de pomme, des jeux de mots qui te mettent à ma pomme,
Mais si je fais trop complexe et plus subtile qu’un gros titre,
Personne va comprendre et je devrais faire un clip avec sous-titres,
Donc je reste simple et gentil comme un saint,
Pas de queue entre les seins sinon ça sonne malsain,
Mais si, mais si, des gars meurent pour un dessin du messie,
Dégâts, heurts, les destin est masochiste,
Mazette, c’est le bad, trop de mazoute dans le shit,
Ce couplet part en chips alors coupé, c’est du gâchis,
Plus le droit de rien dire et pourtant on cause,
Plus le droit de grossir, on bouffe de la saccharose,
Dis pas j’ai une femme, on dit « I got oz »,
Complètement gâteux mais au moins, gars, j’ose.

Car on n’a rien à dire et pourtant on cause,
C’est comme de la poésie, c’est du rap en prose,
Je rappe dans la semoule et dérape en secousse,
Alors secoue moi ces fesses, un sourire sur la face,
Pour que les soucis s’effacent et que ça le fasse,
Car si la déprime est une garce, la vie est une farce,
Certes c’est de l’humour noir, si t’habite pas un manoir,
Mais tout s’inverse si tu regardes dans le miroir,
Alors garde ta misère de côté pour plus tard,
Le malheur n’est pas côté et disparaît au plumard,
Même au plus mal, y a que dalle la tête dans les plumes,
Et tu peux aller sur la lune en lâchant tes enclumes,
Les marchands nous enculent, oublions le commerce,
Les ministres nous allument, reniant leurs promesses,
Les scientifiques se déplument, y a plus rien qui progresse,
Tous baisent l’amertume et la voilà en grossesse,
Il faut que tout cesse et juste qu’on cause,
La justice sans justesse est une con de cause,
Depuis Aristote et ses potes, tout capote,
Notre système de pensée a des fondations qui ballotent,
Mais là y a trop à dire et pourtant personne ne cause,
Nous vivons dans l’erreur, satisfait de nos mycoses.

25/04/10

dimanche 25 avril 2010

Et tôt né

L’étonnement, mais qu’est-ce donc que l’étonnement ?
Ou plutôt d’où vient-il ?
A priori il survient lorsqu’on s’attend à quelque chose qui n’arrive pas ou arrive de façon différente à nos pensées. Il apparaît également lorsqu’on n’attend rien de particulier et qu’il se passe quelque chose qui normalement n’aurait pas dû avoir lieu. Mais qu’est-ce qui est normal, alors ? Cet étonnement se baserait donc sur une sorte de prédiction ou sur la suite logique de la normalité. Ainsi, de ce point de vue il est plus que souhaitable d’être étonné, car ce qui sort de la norme permet l’évolution ou le changement. En revanche, l’étonnement étant uniquement personnel, cela signifie que l’évènement ou le fait qui sort de la normalité, sort du registre de pensée de l’individu en question. Si pour moi, dans mon esprit, le ciel est rouge, je serais étonné de le voir bleu lorsque les nuages s’effaceront. Ensuite, après plusieurs visions de ce ciel bleu, j’enregistrerais l’information comme quoi le ciel n’est pas rouge mais bleu, et corrigerais ainsi la normalité dans ma tête. L’étonnement disparaît donc une fois que sa source est enregistrée et considérée comme possible. Pourtant je m’étonne très souvent de l’attitude des gens. Tous les gens me surprennent. Et bien que les raisons de cet étonnement soient enregistrées, je sais qu’elles sont possibles, je n’arrive pas à saisir leurs répétitions. Les individus semblent avoir cette capacité à défier toute logique. Je me surprends également moi-même d’ailleurs, en accomplissant certaines actions qui sont à l’encontre de mes idées. Il semble donc évident que ces choix surprenants arrivent à tout le monde et étonnent autant le sujet que son témoin.
La plupart du temps ces choix sont pris dans le feu de l’action. Parfois le feu de l’action n’est pas qu’une question de réflexe de moins d’une seconde, mais peu s’étaler sur plusieurs jours, mois, voir une vie entière. « Le feu de l’action » est d’ailleurs une expression qui devrait nous indiquer qu’il faut se méfier et prendre du recul, comme n’importe quelle flamme physique. Lorsqu’une allumette se consume dans ma main, je la lâche avant d’avoir les doigts brûlés car mon corps me prévient par un début de douleur si je persiste. Voilà la principale difficulté dans « le feu de l’action ». Il n’y a pas de début de douleur, ou s’il y en a, elle est souvent trop tolérable et donc on ne lâche pas l’allumette mais agit parfois étrangement. On peut secouer la main, cracher sur la flamme, la tenir parfaitement droite en espérant qu’elle s’essouffle, la laisser nous brûler ou encore bien d’autres méthodes. Il en va de même pour chaque choix que nous faisons dans « le feu de l’action » et qui m’étonnent si souvent car la réflexion derrière ce choix est trop proche de la flamme pour être sensée.
Autre fait intéressant, l’étonnement est aussi appelé surprise, en anglais également par exemple. Cela correspond bien au fait de ne pas s’attendre à quelque chose mais le mot surprise est surtout utilisé de façon positive en synonyme de cadeau entre autre. Ainsi l’étonnement serait lié avec le plaisir de voir ou subir quelque chose de nouveau. Il y a aussi des mauvaises surprises bien sur, mais dans ce cas là il faut rajouter un adjectif pour exprimer son côté négatif. Donc, l’étonnement devrait être une bonne chose, et pourtant de nos jours, les comportements et décisions qui m’étonnent le plus ne sont que très rarement agréables. Je ne sais pas si cela est seulement dû à notre époque ou à ma façon de voir les choses et je ne tiens pas à m’y pencher plus que ça pour le moment. Ce que j’aimerais plutôt savoir est s’il est possible de ne plus s’étonner et quelles conséquences cela aurait sur l’humeur. Probablement une sorte de désintéressement de tout mais également l’avantage de ne pas être déçu non plus. Car si la plupart des surprises sont mauvaises, ne vaudrait il pas mieux ne pas être surpris ?
Malheureusement cela demanderait un énorme effort mental et une transformation probablement irréversible du comportement social. Inutile pour le moment de s’attarder plus longuement sur la question mais gardons cette idée dans un coin au cas où les choses deviendraient trop intolérable comme une flamme léchant le bout des doigts.

24/04/10

samedi 24 avril 2010

Font qui ?

Ah là, c’est bon, ça sent le funk,
Des culs qui se trémoussent, fais péter la skunk,
Une grosse ligne de basse, on s’enlace et ne s’en lasse pas,
Le son monte, on s’écarte pour étoffer les pas,
Passe-passe, petits sauts, voilà la trompette,
On accélère les verres, sur ce rythme jamais pompette,
J’en boirais à perpette mais à 2H c’est la fin,
Alors profitons de ce moment sain, enfin,
Il faut suivre quand débarquent les cuivres,
La sueur suave glisse sur les cous ivres,
Totalement envahit par la musique,
C’est l’instinct tribal qui dirige, lui seul, unique,
Et la foule à l’unisson tape des mains,
Nous ne sommes qu’un mais plusieurs demain,
Donc danse, danse, inspire, expire, laisse toi aspirer,
Le samedi n’existera jamais car tous sous aspirine,
Et on s’en fou de savoir à quoi ça rime,
La seule chose important c’est le rythme,
La batterie remplace les cœurs,
Le DJ et ses platines, notre docteur,
Le rhum en perfusion à profusion,
Les percussions empêchent la confusion,
Comme quoi les humains ont cela en commun,
Pas besoin de mots ni de réfléchir pour n’être qu’un,
C’est sans doute pour ça que le monde va mal,
Les dirigeants sont tous sourds et réfutent leur côté animal,
Comme un cannibale qui ne se nourrirait que d’herbe,
Une insulte polie qui a peur des verbes acerbes.

23/04/10

vendredi 23 avril 2010

Téquila non logique

La jeunesse est sous morphine technologique,
Anesthésiée par des écrans plats,
Endormie par des téléphones plats,
Nourrie par des plats plats au micro-onde,
Même les gars ont le pantalon qui reste plat,
Plus envie de faire l’amour ou de baiser,
Pas envie de se révolter ou de contester,
De toute façon tout est de la merde virtuelle,
L’avantage est qu’elle sent moins fort,
Ne colle pas aux semelles, qu’on s’y mêle,
Ou pas, un simple hop là, et on oublie,
La touche « Suppr » des ordinateurs devient mentale,
Chacun s’en sert et en abuse jusqu’au dessert,
Dans cette abondance impossible d’atteindre un désert,
Et la jeunesse regarde par ses fenêtres vides,
Roméro était un prophète avec ses zombies,
On était trop con alors on a ri,
Aujourd’hui il est trop tard pour la marche arrière,
La majorité est contaminée avec le moral miné,
Au prochain pas c’est tout le monde qui pète dans sa tête,
Mais du coup personne ne s’en rendra compte,
Et l’univers continuera son expansion sans aucune attention,
Pour la petite planète bleue en train de noircir,
Et après tout, qu’est-ce qu’on en a à cirer,
On est pas là pour l’éternité,
Alors jeunesse, dors, dors encore,
La vieillesse s’éveillera pour toi,
Et commencera à vivre,
Afin de pouvoir mourir.

22/04/10

jeudi 22 avril 2010

Mon peu t’y borde elle

On mélange et on met l’ange en carafe,
Ensuite on secoue et ce coup là on se brise le cou,
On ne sait plus très bien où en sont les choses,
A côté de ses chaussettes, gros coup de pompe,
Et oui ça fait mal un fusil à pompe rempli de honte,
Comme un saut depuis le pont d’Avignon,
Pas vraiment d’avis après tant de gnons,
Plus d’avant bras, juste un moignon,
Moi personnellement, je n’ai pas d’opinion,
Un gars m’a volé mon Opinel sans que j’opine, hell,
Ni méchant ni mort et pourtant en enfer,
Un vieil enfant qui regarde l’homme de fer,
Un bandit dans un western sans chemin de fer,
A l’ouest, le regard terne, un désert dans une citerne,
Faudrait éclairer ma lanterne car bien trop lent,
Trolley ou tramway, mais qu’est ce qui se trame, ouais,
On en sait rien, plaisant comme un lancer de nain,
C’est vraiment n’importe quoi, on s’en va ne emportant quoi ?
Encore une fois, pas grand chose, voir que dalle,
Les pieds nus sur les dalles glaciales, attendant que sonne le glas,
Mais vas-y mon gars, on s’en tape le gland,
Assez grand mais toujours vide,
Gentil toutou pas avide d’espoir,
Bonne poire, les gens piquent tout, tout,
Les gencives sauce pistou,
On pisse jaune et se hisse haut,
Mais pas assez haut au-dessus du mirador,
Un minable rat qui dort, dine, mord,
Dans un morceau de viande au Viandox,
Ma doctrine serait de sauver son os,
Jusqu’à la moelle, moelleuse, heureuse,
Mais c’est déjà l’heure creuse,
Alors on s’écrase et rase les murs,
Vide le Saumur pour un dernier saut,
Sûr, surement, on s’en fou si je mens,
Je casse la sureté du ciment, mais si,
Mais si, avec ça on risque pas de refaire Paris,
Et c’est sans doute ça qui n’a pas de prix, je paris,
Mais promis, au prochain pas je ris,
Au prochain kilomètre, tu me verras m’y mettre,
Et quand je suis lancé, rien ne m’arrête,
Si ce n’est une arête de poisson empoisonnée,
Libre mais encore emprisonné,
J’attends, pour agir, qu’on m’est sonné,
Avant de retourner dans la maisonnée,
Dans la zone déraisonnée.

21/04/10

mercredi 21 avril 2010

Le Mont Hargne

La promenade en montagne, c'est génial et c'est donné,
Pas les petites montagnes qui se montent en une demi-journée,
Non, je cause des vraies montagnes, au-delà de l'ennui,
Celles où il faut au moins y dormir une nuit,
Car toutes réflexions qui dépassent la journée ouvrent l'esprit,
Le reste n'est qu'un petit sentiment éphémère à moitié prix,
Donc, quand on crapahute, il y a plusieurs méthodes,
Il y a celle où le gars est têtu comme un colosse de Rhodes,
Il repère le sommet d'entrée de jeu, se dit "j'y vais",
Et ne le quitte plus des yeux jusqu'à l'arrivée,
Par moment il va avoir l'impression que le but s'éloigne,
Il tentera d'accélérer le pas et se fatiguera plus, j'en témoigne,
Ensuite il ralentira sous la torture de l'effort,
Et finalement le lendemain reprendra la marche, résigné et moins fort,
Se disant que l'abandon c'est pour les fiottes et les lâches,
Et lui bien entendu, n'en est pas une, alors il marche,
Il fixe le sommet et le haït un peu plus en s'approchant en désespoir,
Au final il plantera son drapeau satisfait de cette victoire,
Qui confirme en effet qu'il n'est pas une fiotte, Hourra !
Et il reproduira toujours le même schéma jusqu'au jour où, ah,
Comme tout individu dans sa vie, il rencontra l'échec et plus la gagne,
Et à partir de ce moment il cessera de monter les montagnes,
Il n'aura plus la moindre estime pour lui-même, sans position,
Son comportement envers autrui se dégradera jusqu'à l'implosion.
Ensuite il y a la méthode du gars relax et réfléchi qui rien n'omet,
S'il monte une montagne ce n'est pas uniquement pour poser le pied au sommet,
Ce n'est pas pour justifier le matos dans son futal,
C'est avant tout pour le plaisir de découvrir la montagne,
Toute la montagne, où du moins celle sur son chemin et ses pourtours,
Ainsi tout au long de la marche il observera ce qui l'entoure,
Inutile de fixer le sommet car du moment qu'il suit un chemin,
Qu'il aura soigneusement choisi et qu'il pourra modifier du jour au lendemain,
Ses pas le mèneront forcément jusqu'au sommet malgré la difficulté,
Car sans sommet, il n'y a qu'une plaine sans souci pour insulter.
Ainsi notre aventurier sera également fatigué par ce sport,
Mais chaque pas sera une récompense à ses efforts,
La beauté de la nature le comblera et l'encouragera à poursuivre,
Et donc lorsqu'il arrivera enfin au sommet dans un battement de cuivre,
Il n'aura pas la satisfaction simpliste d'avoir surmonter l'épreuve en question,
Mais il sera enrichi par tout ce qu'il aura pu contempler durant son ascension,
Il sera un autre homme, ou en tout cas un homme plus grand.

Malheureusement, à notre époque, certains cherchent à éviter cette marche,
Ils se servent d'outils qu'ils ne comprennent pas pour atteindre le but,
Comme par exemple utiliser un hélicoptère piloté par un étranger,
Et simplement dépasser le sommet avec l'impression d'avoir accompli,
Quelque chose... quelque chose de grand mais qui reste si petit.
Bientôt tout le monde pourra atteindre ces sommets sans effort,
En restant assis sur son canapé tout cuir,
En visionnant sa nouvelle télé trois dimensions,
Sans comprendre que la dimension la plus importante se trouve en nous,
Et ne peut être simulé par des moyens techniques aussi modernes soient-ils.
Mais libre à chacun de choisir son mode de satisfaction,
Je continuerai de gravir la montagne où je suis,
Même si je ne sais toujours pas si ce chemin mène à sommet,
A cause des constantes modifications du paysage par l'homme moderne.

20/04/10

mardi 20 avril 2010

Rat d’eau et rat d’art

J’étais jeune, sans doute plein d’insolence, certainement plein d’illusions et de rêves d’exploits. Assistant du rivage à l’évolution de la mer agitée de mon esprit, je me décidais un beau jour à prendre le large pour conquérir les terres inconnues et sauvages que je ne pourrais jamais imaginer en restant sur le sable ferme. Mon insouciance de l’époque ne me fut pas d’une grande aide quand à l’élaboration de mon embarcation. Une simple barque trouvée à l’université, un sac à dos avec des rations de nourritures sommaires pour un petit mois, une grosse barrique d’eau potable, une canne à pêche, une longue vue et un Opinel. J’étais fin prêt et parti au petit matin avec une gueule de bois préparée la veille en hâte.
Je ne pourrais nier le fait que les premiers jours furent particulièrement agréables. La mer était calme, les oiseaux suivaient encore ma barque, le soleil était radieux sans être pour autant brulant et une légère brise gonflait ma voile en me poussant sans effort vers le lointain. Je déchantais rapidement lorsque la première tempête explosa et arracha mon mât. Je pus retenir mon eau potable de justesse et failli passer par-dessus bord à plusieurs reprises. Le lendemain je dus avancer à la rame et compris que le voyage ne serait plus de tout repos à partir de ce moment. Lorsque le soleil se coucha mes bras étaient si douloureux que je ne pus ouvrir une boîte de conserve et dus me contenter de quelques misérables biscuits secs. La douleur s’amplifia durant la nuit me paralysant pendant quelques jours. Mon embarcation voguait tristement sur cet océan désert, aucune terre en vue, aucun espoir à l’horizon, j’étais seul avec mes pauvres principes idiots disparaissant dans les profondeurs du néant.
J’avais tout de même réussi à maintenir une sorte de cap vers le sud et décidais finalement de faire demi-tour avant de mourir de faim et de soif sans avoir fait la moindre découverte. Malheureusement, après deux jours de ramage intense vers le nord, une nouvelle tempête éclata et fini d’achever ce maigre navire pitoyable au capitaine trop ambitieux. Je crus mourir cent fois, me raccrochai désespérément à mon tonneau d’eau et sombrai finalement dans l’inconscience après une lutte acharnée mais vaine.
Lorsque je rouvris les yeux, je crus d’abord être parvenu à rentrer à la maison, mais je réalisai vite que j’avais lamentablement échoué sur une minuscule île habitée uniquement par un couple de cocotiers. Ils devinrent mon unique famille pendant une durée que je ne pourrais jamais imaginer, me nourrissant et étanchant ma soif avec leurs fruits maudits. La folie me prit dans ses bras durant les nuits froides, me soufflait de l’air frais durant les journées étouffantes, et le temps passa.
Un beau matin, un bateau qui passait par là vint me récupérer. Son capitaine était un vieux marin qui connaissait bien ces mers et m’aida à rejoindre la dure réalité. Il m’expliqua que j’avais dû perdre le nord à plusieurs reprises car je me trouvais complètement à l’ouest sur ma petite île à noix de coco. La séparation fut difficile lorsqu’il me débarqua à mon port de départ et l’impression d’avoir tant voyagé pour revenir au même point sans en savoir plus sur le monde me découragea quelque peu à reprendre la vie où je l’avais laissée. Depuis je ne me rends que rarement sur les rivages de mon inconscient de peur de vouloir reprendre la mer vers ce but que je n’ai jamais atteint mais qui continue à m’appeler par delà les tempêtes. On ne s’improvise pas marin du jour au lendemain, il faut du temps et de la patiente. Alors j’apprends sur la terre ferme et peut-être qu’un jour je serais réellement prêt. En attendant, le temps passe…

19/04/10

lundi 19 avril 2010

Couscous Voltaïque

Tous les avions au sol, abus d’aérosols, la Terre en a ras le bol, à la Cantonna elle relève le col et cogne. Ah bon, l’être humain a du mal à comprendre, des petits tsunamis et autres tremblements ne suffisent pas à lui faire écouter alors la belle a mis le paquet, les fourmis restent sur le parquet et pourtant les gars ne sont toujours pas inquiets.
L’individu apprend de ses erreurs, c’est un fait, mais parfois le groupe prend le dessus sur l’erreur individuelle qui se dissout dans la masse et entraîne ce même groupe sur le chemin de ses erreurs. A cela se mêle le désir d’argent qui permet également à certains de noyer leurs erreurs pour le profit.

Prenons un être lambda, nommé El. Précisons que El n’est pas espagnol ou mexicain, il est un citoyen du monde, voilà tout, et dans ce monde il n’y a pas de voitures, de camions, d’avions ou tout autre moyen de transport ni argent et tout le monde marche sur de simples routes en terre depuis la nuit des temps gratuitement.
Donc, El se promène tranquillement dans la rue sur sa bicyclette toute neuve qu’il vient lui-même d’inventer, il se déplace relativement vite par rapport aux piétons et à l’effort minime qu’il a à fournir pour faire avancer ainsi son deux roues sur cette route relativement lisse. El est extrêmement satisfait de l’invention de ce véhicule car il lui permet d’aller plus vite sans trop se fatiguer, ainsi il se sent supérieur aux autres mais en plus il peut rendre visite plus souvent à sa famille et ses amis qui habitent à une bonne heure de marche. El se déplace chaque jour un peu plus loin car il a l’impression de pouvoir atteindre des lieux rarement vus et retourner dans son nid douillet le jour même.
Cependant, un jour qu’il allait au-delà de là où il n’avait jamais été, son vélo devint de plus en plus difficile à faire avancer. Il s’arrêta donc et regarda d’où pouvait bien venir le problème. Ses roues s’enfonçaient plus que d’habitude dans le sol à cause du peu de passages humains qui normalement tassent la terre et la rende plus compact. El décida donc de rentrer en poussant son vélo, et en rentrant il croisa d’autres individus avec de nouvelles bicyclettes. Il fut surpris mais rigolais intérieurement en pensant au chemin meuble qui se trouvait plus loin. Quelques heures plus tard, les inventeurs de vélos le rejoignaient en poussant leur triste fardeau. Une fois au village ils se réunirent et réfléchir.
Après des jours de réflexion douloureuse un nouvel arrivant se joignit au groupe et leur annonça qu’il avait trouvé le moyen de remédier à ce problème de sol mou. Il appelait ça « du béton ». Le principe était très simple, avec un mélange subtile de diverses matières disponibles tout autour d’eux il suffisait de recouvrir le sol de cette matière et après quelques heures il n’y avait plus rien de mou, que du solide, rien que du solide. Le groupe de cycliste se mis immédiatement à la tâche et commença à recouvrir chaque route de béton.
El comprit dès le début qu’ils n’auraient jamais assez de matières premières pour recouvrir plus d’un kilomètre de chemin. Il proposa donc aux artisans des environs de fournir ces matériaux tandis que lui leurs fourniraient des vélos. Il comprit aussi que les nouvelles routes s’abimeraient avec le temps à cause du nombre croissant de cyclistes et installa donc des péages (à payer en matières premières) à certaines intersections pour pouvoir financer la réparation des routes mais également des nouvelles grâce au bénéfice ainsi obtenu.
Bientôt les péages lui rapportaient tant qu’il se retrouvait avec tant de matériaux qu’il put commencer à recouvrir plus que les routes de béton et s’imaginait un monde recouvert de béton où il pourrait se rendre n’importe où sur sa bicyclette sans être prisonnier de ces chemins bondés. Il proposa donc aux autres humains de l’aider à réaliser ce rêve en échange de la gratuité de toutes les futures routes. La majorité accepta en demandant tout de même de laisser les parcelles de récoltes intactes.
Les années s’écoulèrent rapidement et bientôt le béton recouvrait la majorité de la planète. Tous les champs laissés libres mourraient sans explication. Les lacs se vidèrent lentement mais irrémédiablement. Le ciel commença à s’assombrir et les esprits à s’échauffer. Un soir, une foule immense s’empara d’El et l’emmena en place publique pour le questionner :
« El, qu’as-tu fait de notre belle planète ?
- Mais je n’ai rien fait, je ne suis qu’un pauvre cycliste qui aimait à parcourir les étendues peu connues.
- Tu ne devais faire que des routes gratuites pour tous, ce que tu as fait avec une certaine aide, mais qu’as-tu fait aux champs ?
- Mais je le répète, je n’ai rien fait. Si vous n’aviez pas tous voulu une bicyclette, le monde serait le même et je serais le seul à pousser mon étrange véhicule sur les chemins mous tandis que vous me croiseriez en riant de ma lenteur et de ma peine. Si vous n’aviez pas rempli ma modeste route de vos familles nombreuses voleuses de rêves, je ne vous aurais pas proposé d’élargir celle-ci à ce point. Si vous ne m’aviez pas fourni tous les matériaux pour recouvrir le monde je n’aurais fait que le frôler de mes roues solitaires. Je regrette, mais c’est à vous qu’il faut faire tous ces reproches et c’est à vous de trouver une solution car moi je ne suis qu’un pauvre inventeur de futilités.
- Très bien, tu es donc coupable de la situation actuelle indirectement, certes, mais coupable tout de même. Nous attendrons donc tu nous sortes de là en sachant que chaque jour des milliers d’hommes et de femmes mourront de faim et viendront hanter tes nuits. Toutes personnes ayant des propositions est libre de se présenter à El. Tu peux rejoindre ta demeure, assassin. »
Et ainsi El commença à détruire les routes une à une pour redonner place à la nature, mais les cyclistes ne pouvant tolérer une nouvelle erreur de sa part le pendirent par les pieds en plein milieu d’un champ de sable qui se répandit finalement sur le reste du monde.

18/04/10

dimanche 18 avril 2010

Œuf au riz

Ah qu’il est bon le temps du printemps quand le soleil est éclatant, on s’éclate tant, autant sur la Plaine que dans les calanques, accompagné des premiers rosés clairsemés et claquants à l’abri du vent qui enfin se calmant nous laisse apprécier chaque moment comme l’année d’avant.
Les amis se retrouvent, la joie ouvre les discussions, la succion des olives à l’ail lance les haleines euphoriques en pagaille, ça se chamaille, ça pagaye, que du bon, que du gai, joyeux lurons, joyeux muguets aux aguets des piqures de guêpes et autres bêtes aussi violentes que bêtes, ne mélangeons pas les oignons cébettes et les rognons tripettes car ici c’est la Provence, alcool et culinaire devancent et dansent dans l’air, on essaye de rester relax et jamais à bout de nerfs, pépère, le pas lent telles des mémères, on mène une vie au printemps et dort tout l’hiver.
Le dimanche, c’est tout à l’unisson, tout est basé sur le un et comme on n’est pas radin on en donne deux et ça fait onze, apéro à 11H, apéro qui dure onze heures, ça commence par un et ça fini à 51 et on répète des « putains » et des « hein ?! » sans fin et sans faim, enfin quand le soleil se couche y a plus dégun parce que c’est pas encore l’été et qu’on passe de 31° à plus rien en moins de rien, du coup ça fait pas beaucoup et de toute façon plus personne ne tient debout alors éparpillons-nous.
Et ensuite vient la semaine, comme un chewing-gum qui colle à la semelle, y a qu’en restant surplace que tu ne sens pas sa crasse et cette gêne qui donne la rage, mais c’est comme ça, faut bien les bouffer ces cinq jours en cage pour mieux apprécier les deux jours de liberté avant l’été, pendant les thés, pensant athée, pansement raté, pincement haleté, grincement arrêté, ce qui reste vrai c’est le bar d’été. Ah ça t’étonne ? Je préfère quand ça tétonne, mais ça va, je tâtonne, tu me pardonnes, y a aussi le bar d’automne, tu sais comme on mythone. Quoi tu restes vert ? Six mois restant de misère ça ne semble pas élémentaire. Je te l’accorde ça l’air si barbare qu’heureusement il y a le bar d’hiver pour s’y faire et puis tant qu’on y est, puisque c’est le thème, juste un brin, un dernier grain avant le train qui part, il y a le bar de printemps, comme ça quatre bars pour l’an ça semble plus tolérant, plus tolérable, moins coléreux, moins abordable au niveau du larfeuille, de toute façon j’ai pas l’intention de remplir la feuille, alors assez de bobards et sur ce, bon bar !

17/04/10

samedi 17 avril 2010

Bio man et farce jaune

Un beau jour de printemps, mon ami Romulus quitta l’espèce humaine pour devenir un roi parmi les chats. Ses si belles bacantes qui nous faisaient tant rire devinrent le symbole d’un respect immense dans son nouveau monde. Transformées de simples poils inutiles à un organe vitale qui permet de percevoir au-delà de nos sens communs si basics, je l’envie.
La paresse qu’on lui reprocha si souvent est à présent un trésor de sagesse que jamais un autre matou n’oserait critiquer.
« Tu dors trop, espèce de fainéant » lui répétaient sans cesse ses congénères, ce dont il répondait calmement avec un petit sourire en coin : « mais c’est pour mieux te connaître, insolant ! ».
Cette époque me manque et ses paroles me reposaient tellement. Combien d’autres génies nous quittent ainsi chaque jour sous les moqueries imbéciles de la masse accablante ? Demain ils seront tous oubliés tandis que les mêmes idiots trouveront une autre cible à ennuyer. Demain je souhaite que ce soit mon tour. Mais que deviendrais-je ?
Il fut un temps où l’on riait de ma grande taille et de mes maigres jambes. Aurais-je été autruche ? Car le temps poursuit ses ravages et me modèle différemment de mes attentes.
Il fut un temps avant cela où l’on riait de mes oreilles et de mon nez. Comme j’aurais été respecté parmi les éléphants. Mais déjà l’uniformisation était à l’œuvre et bientôt disparurent ces qualités.
Ensuite, on ne voulait plus rire alors on s’interrogea sur la petitesse de mes yeux. Jugés arrogants, pervers, menteurs, sournois, tristes, bêtes, trop petits pour les moins imaginatifs, je me voyais taupe, isolé au cœur de la terre, invisible mais au courant de toutes les œuvres honteuses qui continuaient à s’accomplir au-dessus de ma tête.
Mais rien ne se passa. Chaque matin je retrouvais ce corps d’humain. Chaque jour je retrouvais ce monde vulgaire. Chaque soir je me couchais en espérant devenir une nouvelle créature qui aurait enfin la place qu’elle mérite.
Ô Romulus, pourquoi m’as-tu abandonné ainsi ? Me laissant seul au milieu de ce peuple attendant la prochaine tonte en bêlant dans la discorde la plus chaotique de cet enclos économico-comiquo-gouvernemental.
A présent, le soir, je commence à souhaiter me réveiller simple brebis. Ainsi, moi aussi je pourrais faire semblant de protester contre les barrières qui me réconfortent. Mais au fond de moi, je sais que même ainsi je serais galeuse, trop gaulois pour être engloutit mais sans potion pour guérir, j’attends et entends ce rire de canari qui me broie les entrailles.
Je t’en prie Romulus, viens me trouver dans mon sommeil et mets fin à ce souffle nocif qui persévère à sortir de ce corps solitaire.
J’attends…

16/04/10

vendredi 16 avril 2010

Un mauvais saoul veut nuire

Et le temps tourna…
Les tentures virèrent au sombre, la lumière disparut derrière un immense drap d’obscurité qui recouvrit la ville d’un silence apaisant et pourtant légèrement effrayant. Les volets se fermèrent en chœur, les portes se verrouillèrent, les visages se crispèrent et le calme annonciateur de tempête se répandit dans chaque cellule vivante. Les rues s’étaient vidées naturellement telle une bouteille d’eau percée, le ciel semblait descendre lentement pour écraser le monde comme une voiture à la casse. Les prévisions météo n’avaient aucunement mentionnées ce genre de phénomène et le doute vint donc s’installer dans le cœur de chacun. Etait-ce quelque chose de soudain et d’inattendu ou bien au contraire certaines personnes étaient au courant mais avaient préféré garder le silence afin de ne pas créer un mouvement de panique générale. Le plus inquiétant était également le fait qu’il n’y avait pas le moindre pillard. Tout le monde avait réagit exactement de la même façon sans s’être concerté, sans s’être regardé d’un air interrogateur, sans avoir eu besoin de spécifier l’attitude à adopter. Normalement se sont plutôt les animaux qui sont capables de percevoir le moindre changement dans l’atmosphère et de fuir avant même de savoir réellement ce qu’il se passe. Lorsqu’une forêt est en feu, ils n’ont pas besoin de voir les flammes pour comprendre que le danger est proche. Peu avant un tremblement de terre les oiseaux sont les premiers à s’éloigner et sont tous déjà loin lorsque le sol se met à bouger malgré le fait qu’ils soient bien entendu les moins en danger de tous les animaux. Et bien, à ce moment inexplicable, même les êtres humains avaient entendu leur instinct et ne le remettaient pas en question. Cependant, personne n’avait fuit. Tout le monde était soit rentré chez lui, soit rentré dans un lieu quelconque qui paraissait sûr. Chercher un abri était le mot d’ordre intérieur de tous. Attendre sans mot dire était la suite. Pas de pourquoi, pas de doute, pas d’objection, tous acceptèrent la consigne imperceptible, nouveaux nés, enfants, adultes et vieillards. Concevoir l’idée d’un enfant ne pas s’interroger est quasiment infaisable. Autant se dire que l’eau ne mouille pas. Et pourtant, ce fut le cas, dans toute la ville et sans doute le reste du monde. L’inconcevable prenait place irrémédiablement, implacable, tout puissant et sans pitié.
Il est difficile de dire combien de temps dura le phénomène. L’instinct et les réflexes altèrent la perception des sens. Si l’on vous jette du sable au visage vous fermerez naturellement les yeux mais vous serez incapables de dire à quel moment exact vous les avez fermés. Etait-ce lorsque vous avez vu le mouvement du bras ? Etait-ce lorsque vous avez perçu le sable se déplaçant dans l’air ou peut-être au moment où celui-ci entra en contact avec votre corps ? Ou peut-être même avant tout cela, inconsciemment, les circonstances tentaient à montrer que du sable allait entrer en contact avec vos yeux et vous les avez donc fermés. Imaginez alors que cet instinct ou ce réflexe qui vous fait fermer les yeux prenne le dessus sur votre personnalité durant plus d’une seconde, plus d’une minute. Vos autres sens sont atrophiés et la perception du temps devient ainsi totalement déformée.
Toutefois, lorsque mon esprit parvint à reprendre le dessus sur cet étrange évènement commun je pense qu’il avait du s’écouler environ entre une et deux heures, car une fois le ciel redevenu bleu il faisait encore jour tandis qu’avant je sirotais mon thé de 16h sur ma terrasse. Bien entendu il m’aurait suffi de regarder l’heure sur mon téléphone ou mon ordinateur pour être plus précis, ce dont évidemment j’avais l’intention de faire si j’avais pu. Car je ne m’efforce pas de retranscrire ces faits s’il n’avait été question que d’un ciel un peu plus gris que d’habitude et d’individus rentrant chez eux comme des robots. Non, si je me sens obligé de retracer cette expérience c’est que le pire est arrivé ce jour-là. En effet, lorsque j’ai repris possession de mes moyens je me trouvais seul au bord d’une plage entre Cassis et Marseille. Pour tous les êtres humains que j’ai questionné depuis, il n’y a jamais rien eu à cet endroit, si ce n’est des rochers, des calanques et quelques bâtiments universitaires ou pas. Cassis a toujours été ce petit village touristique durant l’été et Marseille continue d’être considéré comme la deuxième capitale ou une simple grande ville selon les individus. Cependant, ce qui rend mon expérience si peu crédible ce n’est pas que je prenais un thé sur ma terrasse puis que je me suis réveillé au milieu de nulle part. Ce qui est et sera pour toujours incroyable pour tous c’est que j’habitais la capitale de la France, Marseille. Avant que tous mes voisins ne disparaissent, ainsi que ma maison, Cassis n’était qu’un quartier de la capitale qui s’étendait encore au-delà. Je ne demande à personne de me croire, car cela ne changerait rien à la disparition de ma vie et d’une si belle partie de ma ville, mais ce que je souhaite ici c’est prévenir ceux à qui cela pourrait également se produire ou même c’est peut-être déjà produit. Mes propos étant absolument impossibles à prouver je n’y reviendrais ou n’en reparlerais jamais. De nombreux plaisantins en manque de rigolade tenteront de me contacter et me faire parler, mais je n’en ferais rien. En revanche me oreilles restent grandes ouvertes, donc s’il existe un être ayant souvenir de ce monde évaporé, je l’écouterais jusqu’à en être persuadé et alors je répondrais.
Pour conclure j’écrirais que tout ce que nous croyons posséder n’est peut-être pas ou du moins, peut ne plus être, alors profitez-en mais ne vous y attachez pas trop…

15/04/10

jeudi 15 avril 2010

Pi gratte

On le retrouve de partout dans la nature jusqu’au zinc,
Le nombre d’or et son collègue trois quatorze et des poussières,
Et pourtant ce que je préfère va de douze à quatorze cinq,
Je me moque des degrés, ce ne sont pas eux qui me poussent d’hier,
L’important c’est le goût, du début jusqu’au bout,
Une piquette est sans atout, tel un matou sans son titi,
Même si après deux bouteilles la joie nait dans le flou,
On s’en fout, la jouissance réelle est quand les papilles te titillent,
Et voilà que la croix des gardes m’égare dans une bagarre mentale,
Ça décante mais ne déchante pas, hymne aux côtes du Rhône,
Où rodent les chevaliers sur leur licorne chassant les vandales,
Durant les belles vendanges où Dionysos reprend son trône,
Et moi patiente pour le bon rôle, le buveur qui devient drôle,
Où du moins le croit, car au réveil me retrouve aux abois,
Mais pourquoi je bois, me dis-je, avant de repartir dans le picrate en crawl,
Vers l’insanité qui me frôle et s’évapore dans une gueule de bois,
Car ni péon ni roi, vapeur sans foi qui a peur pour son foie,
Je suis le dieu de mon univers à l’envers et sans vergogne,
Qui avance en zigzag et se cogne un peu trop de fois,
Dans ce raffut mondain, j’offre ma pogne aux cigognes.

Allez mon gars, au prochain fût,
Tout le monde baisse son futal,
C’est plus d’effet avec la dalle,
C’est un fait, t’y piges que dalle, magne,
Une ruse qui réussie comme la Vodka en Russie,
Que tu l’eus su m’eut scier,
‘tit con d’étudiant, futur huissier,
Mais si, mais si, personne s’assit,
On est pas en cour d’assises,
Ici on incise à vif dans le sujet,
Et si ça rate on jette,
Comme dans la jet set,
Et en cadeau ta gueule au sept sur sept,
C’est pas super ‘tit père ?
Et si tu t’y perds,
Ben reprends un verre,
Jusqu’à ce tout s’éclaire,
Est-ce clair ?
D’équerre !

14/04/10

mercredi 14 avril 2010

Disque ou rat, none hymne

« Bonsoir mesdames et messieurs, je vous prierais de bien vouloir m’accorder quelques misérables secondes de votre temps au combien estimé. Ou pas, quelque soit votre choix, continuez à savourer vos verres que je n’oserais gâcher avec de tristes vers.
Ainsi, me voici, comme certains à tenter de fuir ses soucis, dans ce bar, debout ou assis, j’assiste à la joie qui se barre dare-dare une fois la route reprise dans la crise. Mais là n’est pas le sujet de mes propos trop propres, j’ai peur que se posent mes mots dans la réalité de cirrhose pas si rose qui compose ce merveilleux terrain de jeux. Cette peur est sans doute dictée par le changement que va entraîner irrémédiablement, ou juste diablement, les paroles qui s’apprêtent à quitter l’inconsistance de mes pensées connes et insistantes. Observez comme je tourne et détourne autour du pot, de ma peau tel un joueur d’appeau traquant un canard, et bien ici c’est moi le connard.
Mais assez, je le dis en ce vendredi, espérons saint, et surtout pas ranci ou plein de ronces, si je suis montée sur cette petite scène sans estime, c’est pour déclarer à cette maigre foule de fous et de saouls qu’une maladie terrible me ronge. Attention à ceux qui rient, ceci n’est point un mensonge. Et pourtant vous ne pouvez concevoir comme j’aurais aimé que cela fût le cas.
Donc, voilà, cette horreur qui me dévore de l’intérieur, autant l’âme que le corps, vous l’avez sans doute tous croisée un jour, alors que pour vous elle n’a fait que dire « bonjour », pour moi elle s’est installée et ne semble aucunement intéressé par un départ imminent. Le pire, vous me direz, c’est que je l’ai aidée à s’installer. Sa compagnie discrète m’était extrêmement agréable, inutile de le nier, c’est sans doute là que je fus bien niais. J’ai beaucoup ri et cesser de pleurer grâce à sa présence réconfortante. Elle était là tandis que tous m’avaient abandonné, comment aurai-je pu lui fermer la porte au nez et me satisfaire de cette solitude aride ? Je le comprends aujourd’hui, il aurait suffit d’un simple « non » ou d’un « pas ce soir » et elle serait parti dans une autre demeure plus triste et pitoyable. Mais à ce moment de ma vie, il n’y avait nulle part sur Terre plus triste et pitoyable que la misérable entité humaine qui se dresse devant vous.
En revanche, je tiens à souligner que si j’expose ainsi la tragédie qui a pris place dans ma chair et mes sens, ce n’est pas uniquement pour tenter d’ancrer définitivement celle-ci dans la réalité de notre société troublée, mais c’est également car je sais que cette charogne n’a de cesse de vouloir trouver de nouvelles victimes innocentes et vulnérables. Cette raison me donne la force et le courage de tenter de la jeter hors de chez moi et aussi de répandre le mot de sa présence possible en chacun de nous, de vous ou de vos amis. Alors écoutez-moi si vous en avez encore l’énergie. Rappelez-vous des signes qui font que lorsque vous laissez cette gangrène s’installer au plus profond de votre être, il devient bien difficile de lui faire quitter les lieux.
Mais qu’importe, ma bouche s’assèche dangereusement à chaque nouveau mot prononcé et je ne pense pas être capable de pouvoir avancer plus longtemps dans la description de cette immondice malsain qui a corrompu tout ce que je fus. Je finirais donc sur cette phrase qui me hante depuis déjà trop longtemps sans jamais avoir réussi à passer la frontière de mes lèvres :
Bonsoir mesdames et messieurs, je m’appelle Mano, et je suis un alcoolique.
- Bonsoir Mano, SANTEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE !!! hurla la foule en réponse les verres brandis en l’air. »

13/04/10

mardi 13 avril 2010

À jeun, Hymne aux billets

La journée se terminait enfin. Une matinée abominable au bureau à causer avec tous ces abrutis pour leur refourguer la maison de leur rêve en ruine. Suivi d’un déjeuner plus arrosé que nourrissant pour oublier la tête de ces maudits clients larvesques. Même chose l’après-midi, jusqu’à 16h, où là j’ai cru pété les plombs avec des macaques centenaires qui voulaient placer leur misérable retraite dans un de mes merveilleux taudis. Heureusement la petite Jessica avait fini de taper tous mes contrats et j’ai pu l’embarquer avec moi jusqu’à ce petit hôtel discret où j’ai pris l’habitude de relâcher mes nerfs lorsque la tension devenait trop intense. Les trois heures de cabrioles m’ont finalement plus fatigué que réveillé, mais elles en valaient tout de même la peine. A présent je rentrais chez moi retrouver ma très chère petite épouse qui me comblerait sans doute d’un de ses fabuleux repas accompagné du récit simpliste de sa journée sans évènement ; le véritable repos de l’âme.
Lorsque j’arrivais, l’odeur d’une cuisine raffinée préparé pendant de longues heures combla mon nez d’émerveillement. Je jetais négligemment mes affaires sur le sol et m’installa immédiatement à table où Sonia me rejoint le sourire aux lèvres et les mains pleines : « Bonsoir ma chérie, tu es à nouveau resplendissante, le seul sens à ces journées de tourmente, et cette odeur, tu t’es encore surpassée !
- Oh mon cœur, c’est la moindre des choses pour compenser ce stress constant que tu dois affronter chaque jour.
- Que ferais-je sans toi ? Je te le demande peut-être chaque soir, mais la question m’interpelle sans cesse. Comment était ta journée, mon amour ?
- bla bla bla, commença le moulin à paroles relaxantes pendant que je me servais des quantités astronomiques de chaque plat. »
Une bonne heure plus tard, la fin du repas se rapprochant dangereusement, mon ventre de plus en plus tendu et mes testicules toujours aussi vide, je commençais à préparer mon retrait stratégique :
« Oh mon rayon de soleil ! Ce repas fut sans aucun doute l’un des meilleurs de toute mon existence. Seule toi même peux parvenir à faire mieux, et à présent j’ai l’impression que je pourrais fermer mes yeux en tant qu’homme le plus heureux sur Terre et ne pas souhaiter les rouvrir, car le reste du monde n’a rien de mieux à m’offrir, c’est impossible. Avoue que tu es un ange venu m’accompagner jusqu’au paradis.
- Tu exagères, ce n’était rien de bien exceptionnel. Et si j’ai pu préparer tout ça, c’est bien uniquement grâce à toi, mon cœur.
- J’aimerais tant te remercier en te prouvant mon amour durant de longues heures de sexe torride, mais j’ai bien peur que ces maudits clients m’aient pris toute mon énergie et peut-être plus.
- Mais ne t’inquiète pas pour moi, voyons. Je vois bien à tes yeux à quel point tu es exténué et je suis en train de te faire couler un bon bain bien chaud pour t’ôter les derniers relents de tension. Il est sans doute presque prêt, tu peux venir et retirer tes vêtements. »
Ce que je m’empressais de faire avec un certain plaisir narquois jubilant au fond de mes tripes. Je me glissais dans l’eau presque bouillante et poussais un petit soupir jouissif. Sonia commença alors à me masser le dos, relâchant effectivement cette dernière tension résiduelle. Mes yeux étaient de plus en plus lourds et mon cœur de plus en plus léger. Sonia me souriait :
« Voilà, relaxe toi. Sens-tu comme tes muscles deviennent mous ? Tu ne peux déjà plus bouger tes jambes. Tes bras vont bientôt les rejoindre dans le monde du sommeil éternel. Laisse-toi aller. Tu te sens bien.
- Oh oui, je sssuis bien… Telllllllemmmmmment bien… Mais mes… mmmm…
- Oui, tu es bien. Relaxe-toi. Rien ne va plus t’arriver. Tu es bien. »
Et effectivement, j’étais bien. Aucun remords, aucun stress, aucune idée négative. Je tournais une dernière fois la tête vers mon épouse si heureuse qui me souriait et ses mots me parvinrent difficilement :
« Dors mon cœur. Dors. L’heure est venue de payer… »

12/04/10

lundi 12 avril 2010

La Drôme adhère

C’est beau la nature, y a rien à dire,
Par là c’est vert, là c’est bleu, là-bas c’est jaune,
Des fois ça mouille, ça souffle, ça sèche, ça dessèche,
On a l’impression qu’elle dort et pis d’un coup elle s’énerve,
D’un coup de pompe dans le cul elle te nettoie tout,
Et ça recommence à zéro, surtout le moral,
Parce que les gens ils s’habituent à où qu’ils sont,
Ils construisent des trucs, ils planifient, ils se croient éternels,
Mais la nature, elle aime pas trop l’éternel, alors elle bouge,
Elle bouge tout le temps, jamais de repos, la pauvre,
Elle a pas le temps de prendre du repos, pas de chance,
Alors faut bien qu’elle se venge de toutes qui les fourmis qui pioncent,
C’est son seul moyen de se plaindre, donc elle y va,
« Bonjour les insectes, voilà de l’eau, de l’air, allez-y vivez »,
Et comme les insectes ils voient pas l’arnaque, ils triment,
Et ça donne une leçon aux autres insectes, ils apprennent,
Mais comme ils ont pas de mémoire non plus, ils triment,
C’est con pour leur gueule mais c’est comme ça,
C’est la vie et puis c’est le vide.

Mais depuis quelques temps, c’est la nature qui trime,
Les insectes, ils pensent plus à demain, y a qu’aujourd’hui,
C’est tout ce qui compte, du bonheur de suite,
Et si c’est pas du bonheur, et bien au moins c’est du contentement,
Un tout petit contentement pour chacun, ça fait beaucoup en tout,
Et la nature, elle peut pas offrir autant, elle avait pas prévu,
Elle a beau essayer de nettoyer plus souvent et plus vite,
C’est jamais suffisant, les insectes lui bouffent son cadavre,
Ils se remplissent le bide parce qu’ils ont peur de pas avoir leur part,
Donc ça se goinfre, ça dégueule et ça se regoinfre,
C’est le nouveau cycle, un cycle en ligne droite,
On oublie le mouvement perpétuel, on pense au mouvement tout court,
On s’agite, on gigote, on papote de tout et surtout de rien,
Parce que les paroles, ça nourrit pas son homme,
C’est l’avis et puis c’est avide.

Enfin, on va pas trop se faire du mouron,
Parce que la nature elle est partout,
Si elle peut pas nettoyer suffisamment vite, les insectes le feront,
Ils vont se nettoyer eux-mêmes, comme des grands, comme des glands,
Ils vont se bouffer entre eux, ils ont déjà commencé d’ailleurs,
Et ils ont pas l’air de traîner, du jamais vu dans le mouvement,
Du jamais lu dans les romans, c’est de la réalité toute dégueulasse qu’on voit,
Et ça va pas durer bien longtemps cette histoire,
Du propre que je vous dis, du tout propre qui se prépare,
Après y aura plus personne pour venir se plaindre,
Pas la nature, pas les insectes, pas les autres trucs non plus,
Ce sera le grand calme, mais toujours en mouvement,
Parce qu’au final, la nature, on l’a jamais entendu,
On l’aura vu, ça c’est sûr, mais impossible de l’entendre,
Soit sa voix est trop faiblarde, soit qu’on est sourd,
Soit qu’on gueule trop pour entendre quoi que ce soit,
Si ce n’est des jérémiades de sales gamins pourris gâtés qui vont se prendre une rouste bien méritée.

11/04/10

dimanche 11 avril 2010

Feu, naître sûr, cours

« La fortune que tu disais. C’est ça que t’appelle la fortune ? Mais comment j’ai pu être assez con pour te croire, te faire confiance, oublier tous tes plans foireux habituels et foncer tête baissée dans ce coup minable. Dis-moi que tu m’as manipulé comme une marionnette sans âme. C’est pas possible autrement, tu m’as drogué ou un truc du genre. Vas-y dis le. De toute façon ce qui est fait est fait, alors avoue. Tu savais que ça pourrait jamais marcher. Aller, tu me le dis et on reste amis. Vas-y, je t’écoute.
- Mais pas du tout. C’est la faute à une malchance incroyable et rien d’autre.
- Une malchance ? Tu oses me parler de malchance ? Non mais là tu pousses un peu trop, si tu persistes, notre amitié s’arrête ici même. Alors crache le morceau.
- Mais y a rien à cacher. Si t’y as cru c’est que ça semblait parfait et que ça l’était.
- Parfait ? T’appelles ça parfait ? C’est donc toute la valeur que notre amitié de vingt ans a pour toi ? Tu sais quoi ? Tu me dégoutes. Tu me dégoutes tellement que je pense que cette fois s’en est bien fini de tes conneries. Écoute bien ces mots parce que se sont les derniers qui sortiront de ma bouche à ton intention. A présent tu n’existes plus pour moi. Tu n’as même jamais existé. Un détail de mon passé, rien de plus. Une petite erreur de jeunesse, c’est tout ce que tu es.
- Non mais là tu dramatises un peu trop, non ? Je comprends que c’est plus simple pour toi d’avoir un coupable sous les yeux. Il te faut une raison à notre situation et donc tu me mets tout sur le dos. Je ne t’en veux pas moi, je trouve même ça normal, c’est humain. Mais s’il te plait n’utilise pas des mots comme « plus » ou « jamais » à mon égard. Parce que sans vouloir remuer le couteau dans la plaie, ça risque de pas être très agréable au point où nous en sommes aujourd’hui et pour les prochaines 114 années.
- Ah ouais, et donc tu te dis que par circonstances je devrais oublier, te pardonner, et continuer à partager une connivence sans limite avec toi ?
- Non ce n’est pas exactement ce que je veux te signifier mais le résultat est en effet le même. Donc le mieux, ce serait que tu réussisses à digérer ce petit évènement et qu’on se prépare à notre nouvelle vie.
- QUOI ??!? Alors là tu dépasses toutes mes attentes quand à ta mauvaise fois et ton incompréhension de l’esprit humain. Notre nouvelle vie. Elle est bien bonne celle là. Parce que toi t’appelles ça une vie ?
- Ben on est pas mort à ce qu’il me semble, donc oui, c’est une nouvelle vie.
- Mais c’est tout comme si on était crevé mon salaud. C’est même pire. Au moins dans la mort on essaie pas de te refaire le derrière dès que tu veux prendre une douche. On te force pas à rester dans trois misérables mètres carrés avec un individu que tu méprises. Non, la mort est plus enviable.
- Et ça y est, tu dramatises encore. Quand t’es mort, t’es mort. Tu peux plus rien découvrir, ni espérer. C’est vrai que c’est pas le luxe que je t’avais promis, mais regarde de plus près. On a de la bouffe deux fois par jour sans bouger le petit doigt. On a un téléviseur. On a une bibliothèque. Et j’ai entendu dire que tu pouvais prendre des cours d’anglais, de poésie, de philosophie, de maçonnerie et de ne je ne sais trop quoi d’autre, gratos. Alors c’est quand même plus agréable que la mort.
- Mais à quoi bon mon couillon ? On va crever dans cette prison pitoyable, qu’est ce qu’on en a à foutre de savoir parler douze langues ? Et pis dans la mort j’aurais pas à voir ta salle face d’ordure à longueur de journée. Non je suis désolé, mais ce soir dès que tu t’endors, j’essaierai de te zigouiller et de te rejoindre immédiatement après. C’est la meilleure option.
- Allons, allons, ne nous emballons pas. 114 ans qu’ils nous ont mis. T’imagine comme c’est long 114 ans ? On trouvera bien un moyen de se faire la belle et alors là, à nous la vie de pachas. On sait ce qui a merdé la première fois, on fera pas deux fois la même erreur, je t’assure.
- …
- Ben quoi ? Aller, garde le sourire, on n’a pas encore fini de se marrer, je te le dis !
- …
- Qu’est ce que t’es difficile quand même comme gars. Remarque, c’est pas plus mal, ça me forcera à me creuser la tronche plus rapidement pour pas passer trop de nuits avec ta gueule qui traîne pas terre.
- Bonne nuit.
- Oh le vexé. Ça va, ça va, j’ai compris. On en reparlera demain quand tu seras mieux luné. Bonne nuit mon gros.
- C’est ça, demain… on en reparlera demain… »

10/04/10

samedi 10 avril 2010

La belle conne sommation

Michalon rentrait enfin chez lui après cette éprouvante journée à la recherche de tout ce dont il avait tant besoin pour la semaine au plus et le triste dimanche à venir où tous les magasins seraient désespérément fermés. Le petit camion, généreusement prêté par la compagnie qui avait pu lui fournir tout ce matériel indispensable, était plein à craquer et soupira de joie lorsque le contact fut coupé devant le bâtiment de Michalon. A présent il fallait que les robots montent les quatre étages avec les nouveautés et redescendent avec les anciens ustensiles vieux d’une semaine déjà. La tâche n’était certes pas de tout repos, mais quel bonheur que de pouvoir planifier ces longues heures de loisirs à chaque nouvelle montée. Tout d’abord le grand fauteuil monoplace en velours délicat pris la place du vieux fauteuil de cuir totalement démodé depuis presque trois jours. Ensuite, le nouveau téléviseur armé de la toute dernière technologie d’image super précise plus détaillée que la perception des yeux humains remplaçait le vieux poste qu’il avait tant usé durant les six jours précédents. L’ensemble haut de gamme douze enceintes avec projection sonore extra spatiale effaça la pauvre combinaison de seulement dix enceintes achetée en promotion sur un coup de tête peu réfléchi la semaine passée. Et ainsi se succédèrent les allers-retours robotiques chargés de tout le mobilier et matériel technologique sans aucune valeur qui finissait comme chaque semaine dans les bennes à ordures installées tout le long de la rue remplacés par ces glorieux nouveaux produits de toute dernière génération en accord avec son époque. Les trois voisins faisaient de même mais leurs goûts étaient de piètre qualité pour Michalon qui lui savait repérer les véritables nouveautés tandis que les autres inconscients se ruaient bêtement sur du matériel exposé en plus gros dans des magasins déjà trop vieux. Comme il plaignait leurs pauvres enfants obligés de subir ces objets sans révolution, ces jouets qui leurs vaudraient les moqueries de leurs camarades de classe. Il avait remarqué la veille que le plus jeune partait à l’école avec un ordinateur d’au moins un centimètre d’épaisseur. Cela faisait plus d’un mois que ce genre de concept avait été rayé de l’esprit universel. Et penser au poids de cet objet le troublait fortement. Ces parents étaient ils si irresponsables ? Voulaient-ils que leur fils se muscle autrement que par électrodes ? Cela dépassait l’entendement.
Heureusement la charge et décharge si termina enfin et il pu rapidement oublier cette abomination sociale. Il plaça correctement chaque nouvel élément pour pouvoir en profiter pleinement le lendemain, car la nuit était trop avancée pour savourer immédiatement. Le four à micro-ondes lui offrit tout de même le plaisir d’un repas réchauffé avec l’amour de sa jeunesse flambante. Cependant le distributeur de boissons aromatisées fit un peu trop de bruit, lui rappelant les anciens modèles avec horreur, il devrait aller en chercher un meilleur dès le lundi, signifiant qu’il passerait toute la journée du dimanche avec cet objet honteux.
Il s’endormit lentement dans son lit expansible à triple ballotement vertical, mais les cauchemars vinrent rapidement encombrés son esprit troublé malgré le dissipateur de rêves. Il se vit dans une demeure faite de pierres avec des charpentes de bois nues. Il était attablé avec une famille autour d’une table également de bois probablement anti hygiénique et grouillante de virus. Tous mangeaient une sorte de mélange de légumes et de riz provenant d’une grosse marmite posée négligemment au milieu de la table. Chaque nouvelle bouchée lui arrachait le cœur de dégout et pourtant il ne parvenait pas à interrompre ce mouvement infernal. Aucun téléviseur n’apparaissait dans la pièce, seule une mélodie étrange sans publicité s’échappait d’une petite boîte carrée disposée dans un coin de la pièce. Enfin, un chat couvert de poils vint se frotter à sa jambe, il se mit à hurler à plein poumons et se retrouva assis dans son lit, le corps plein de sueurs moites, les mains et les jambes tremblantes sous l’effet du choc.
Il sortit en courant de la chambre et s’empressa de s’immerger dans le bain d’air antiseptique encore jamais utilisé bercé par une voix décrivant la sortie prochaine du nouveau « body replacement » qu’il s’empresserait d’aller acheter dès sa sortie afin de se débarrasser une bonne fois pour toute de ce cadavre corrompu par ce rêve ignoble.
Dans la rue, les immenses avions poubelles vidaient méticuleusement les bennes débordantes de matériel jeté par chaque habitant puis se dirigeaient vers les entrepôts extérieurs à la ville où tout serait rénové, modifié, maquillé et remballé pour être revendu dès la semaine suivante. Seul Michalon ne pu trouver le sommeil, rongé par l’idée d’une société vivant avec les mêmes objets agressés par le temps et pourtant semblant heureuse… usée, sale et heureuse… Si seulement le « mind replacement » était disponible… Ah, si seulement…

09/04/10

vendredi 9 avril 2010

Optimétisme

Tout est dans le point de vue, alors recule,
On ne peut voir la couleur des yeux la tête dans le cul,
La tour Eiffel est plus petite vu d’en-dessous,
Tout bouge avant que l’on dessaoule,
Le ciel est gris sous les nuages et bleu au-dessus,
On est toujours heureux même en étant déçu,
Tout est dans le point de vue, alors envole-toi,
Tant que la tête reste sur les épaules, un roi est un roi,
La joie est toujours là, même sous un tas d’illusions,
Et on ne sait pas grand-chose avant la conclusion,
Donc, pourquoi se faire du mouron ?
Demande à un musulman de choisir entre du porc et du mouton,
Alors inutile de choisir le malheur dans le bonheur,
Car tu le regretteras lorsque sera venue ton heure,
Nous rabâcher qu’il y a mieux ailleurs est un leurre,
Ton voisin est riche et ta sœur bat le beurre,
On ne s’enrichit pas le passif mais dans le labeur,
Alors souris à tous ceux qui t’entourent,
Car rares sont ceux qui t’insulteront en retour,
Comme quoi on a tous au fond de nous cette vibration,
Mais pour la plupart depuis longtemps en hibernation,
C’est donc à toi de sortir ton soleil,
Et d’apporter l’été sur tout ce qui sommeille.

Tout est dans le point de vue,
Un simple point dans l’univers,
A l’endroit ou à l’envers,
Tourne-toi si tu préfères,
Trouve le bon point, c’est ton repère,
Et ce qui s’en suit est juste pépère.

08/04/10

jeudi 8 avril 2010

Un pneu de peau et scie

Gloire à l’être humain et à son immense sagesse,
Voilà pour le mensonge, maintenant place à la paresse,
Paré de mon pyjama, j’attends que la pluie cesse,
Heureusement c’est pas l’Ecosse, ni la Grèce,
Le cul posé, j’engraisse, occupé à ne rien faire,
La belle affaire, au four un poulet label la ferme,
Dans la solitude je la ferme, mais j’écris,
De la joie, des larmes, des soupirs, des rires et des cris,
Très ou trop, peu critique, je laisse ça à ceux qui ont de l’espoir,
Et tourne en rond autour de ma laisse, bonne poire,
Encore deux pommes et une banane pour ma compote,
Je les trouverais au coin de la rue, là où personne ne complote,
Mais plutôt pelote, se pelle, se plaint de tout et de rien,
Le style aryen passe moyen dans l’univers massilien,
Mais on ne peut pas changer ses gènes,
Qu’ils te plaisent ou te gênent,
Qu’importe après le soleil, des fois il neige,
Ni blanc, ni noir, pour moi tout est beige,
Comme une blague belge qui manque de panache,
Ne cherche pas la confrontation et regarde ma ganache,
Jamais gagnant, si ce n’est dans la défaite,
Pas étonnant que je me cache au moment des fêtes,
C’est un fait, une évidence, rien à prouver,
Pris dans une avalanche, on ne risque pas de me trouver,
La question est : Qui se lancera à la recherche ?
La réponse est : Personne, on a plus de perche,
Alors salutations profondes du fond de la dèche,
Inutile de venir ici, c’est mon terrain, là où je crèche.

07/04/10

mercredi 7 avril 2010

Mauve et rêve ail

« Hey Ruffian, t’as vu les infos ce matin ? demanda Edgard le regard plein de malice.
- Ben non, comment que j’aurais eu le temps de voir les infos ? T’as débarqué à 5h du mat avec ta grande gueule et tes saloperies qui donnent mal au cœur à ma femme, alors non j’ai pas vu les infos. Me dis pas qui s’est passé quelque chose d’intéressant, pour une fois ?
- Et ben si qui c’est passé quelque chose de sacrément intéressant. Et que c’est pour ça que je suis venu de si tôt pour te chercher. Parce que je te connais depuis le temps et que si t’as pas tes 7h de sommeil bien rondes, ben t’es pas de bonne humeur de toute la journée et ça me contamine ma joie habituelle, alors crois pas que je suis passé de si bonne heure juste pour qu’on puisse bosser un peu plus longtemps. Tu me prends vraiment pour le dernier des salopios. Et pis c’est quoi cette histoire avec ta moukère ? Comment ça que je lui donne mal à la panse avec mes belles histoires ? C’est une sacrée chieuse ta baronne. Madame pète plus haut que son trou de balle ou quoi ? Parce qu’il faut qu’elle me dise si mon niveau d’intellect est pas où qu’il faut pour sa sainteté des mouches. Elle est bien bonne celle là. Depuis quinze ans que je vous offre ma compagnie des plus agréables et des plus instructives et voilà pas qu’on me balance de la critique plein la gueule au premier changement de vent. Ah non, je veux bien être gentil et…
- Bon, bon, viens en au fait, ceci n’est pas une pipe.
- Oh l’autre ! T’avais qu’à te coucher plus tôt et tu les aurais gambergé tes 7h de somme. Je parie que hier soir vous avez voulu vous offrir une petit sauterie et que ton petit épagneule il a pas réussi à remuer la queue. Hein que j’ai raison ? C’est bien les grosses ça. Faut que tu trimes toute la journée pour lui foutre de quoi de se gaver comme une oie sur la table et en plus faut combler tous ses désirs perverses quand ça lui chante à la rombière sinon c’est la gueule jusqu’au cheville pendant un mois. Je t’avais pas dit que c‘était une connerie de vouloir s’enturbanner en couple si jeune ? T’as pas gouté à un pour cent de toutes les merveilles moites qui glandent sur le globe et tu veux faire l’aventurier. Mais un aventurier mon perdreau ça se fait avec l’espérience. Y a que ça de vrai dans la vie, l’essspérience.
- Aller, tu m’as saoulé d’entrée aujourd’hui. J’écoute plus tes histoires sinon je vais dégobiller mon pauvre déjeuner tout maigre. Je vais bosser moi, à plus tard mon con.
- Mais qu’est-ce-que c’est que t’es susceptible ce matin. Attends deux secondes. Je vais te dire ce que c’est la nouvelle. Même si je pense que tu vas l’entendre vite fait en voulant aller bosser. Parce que c’est sûr que tu vas pas être déçu en te pointant au turbin. Oh le mec, j’aimerais bien voir ta gueule quand tu vas débarquer devant le bureau du chef. Je vois ça d’ici ! D’ailleurs je crois je vais même rien te dire du tout et que je vais t’accompagner juste pour pouvoir être là quand tu sauras la nouvelle. Aller, on y va, fini ton cawa et passe devant que je me marre !
- … »
Les deux comparses sortent du bistro et prennent le bus 53 en direction du centre ville. Pas un mot n’est échangé, Ruffian fixe la fenêtre à sa droite sans vraiment regarder quoi que ce soit, Edgard scrute tantôt la route, tantôt son ami avec une excitation grandissante. Finalement le bus s’arrête et le chauffeur déclare qu’avec les évènements de hier soir, il ne va pas plus loin, tout le monde descend, Edgard se marre.
« Ben c’est ça la nouvelle ? Faut qu’on trotte pendant tout le reste du chemin ? C’est pour ça que t’es venu plus tôt ? Quelle merde, je te jure.
- Attends, attends, on est pas encore arrivé. Et pis ça nous dégourdira un peu les cannes de finir le chemin à pinces. »
Ruffian commence à marcher en observant le bout de ses chaussures usées. Inutile de levé les yeux car il connait le chemin par chœur et pourrait y aller les yeux fermés. Cependant, après une dizaine de minutes le sol est recouvert d’une épaisse poussière, on ne discerne plus les marquages, les passages piétons ou les habituelles crottes de chiens. Plus ils avancent et plus le tapis de poussière devient épais, alors Ruffian se décide à lever la tête et soudain son cœur oublie les cinq prochains battements, le bas de sa mâchoire s’affaisse devant une vision de fin du monde. Des pompiers, des gendarmes et des militaires bloquent la suite du passage. Le décor est uniformément gris jaune et quelque chose semble manqué dans le ciel.
« Rhésus, marié Josette ! Mais qu’est-ce que c’est que tout ce bordel ? Il a plu de la boue toute la nuit on dirait. Je reconnais à peine le quartier. Et pis toute cette flicaille, qu’est-ce qui viennent foutre ici ?
- Hahaha ! explose Edgard dans un rire profond et sincère. Ben c’est ça la nouvelle mon beau. On est pas prêt de retourner bosser si tu veux mon avis. Par contre, tu peux être sûr qu’on aura du turbin pour le reste de notre existence ! Hohahahahahaha !!
- Mais arrête de tourner autour du puits et raconte ce qui c’est passé. Pourquoi qu’on est pas prêt de bosser ? Le bâtiment est juste… »
Ruffian s’interrompt soudainement les yeux exorbités, les mains moites, le cœur battant à toute allure. Son cerveau vient de réaliser ce qu’il manque dans le ciel. Les cinq nouveaux bâtiments en construction, destinés aux affaires et autres business inconvenants ne sont plus là, à la place il n’y a qu’une belle étendue de ciel bleu paisible.
« Les… les… y a plus… les… mais… comment…?
- Tu te rappelles les ruines qu’ils ont dégottées en creusant pour le nouveau bildingue ? Des trucs anciens qui disaient. Des trucs romains même ou plus vieux encore. Et ben y avait pas que du romain dans leurs ruines ! Il semblerait qu’y avait aussi un peu d’allemand ! Un obus de la guerre qu’ils pensent. Ce serait le gardien de nuit qu’aurait foutu le berzingue en marche en lançant une caillasse pour son clébard. Tu m’étonnes, c’était un beau terrain de jeu pour le clebs, alors le gars tous les soirs il balançait des trucs pour que son fidèle lui rapporte. Ça lui dégourdissait un peu les pattes à la pauvre bête. Pas méchant le bougre. Sauf que hier il a touché le jackpot, en plein dans le mille. Il causait à la radio ce matin, son grand jour de chance si je puis dire. Donc il raconte qu’il a lancé son caillou, un beau lancé, pas un truc de fillette, et que la bestiole est partie comme une furie dans la pénombre. Et d’un coup, bim, il a vu une grosse lumière, tout à trembler, il est devenu tout sourdingue et sans chercher à savoir si son bestiau était vivant il s’est crapahuté sans demander son reste. Apparemment y a un premier bildingue qui s’est cassé la gueule de suite, alors il a continué à galoper comme un dératé en entendant des explosions de partout. Il a cru qu’il se faisait attaquer par les Russes, il disait que ça sonnait russe comme explosion. Alors il s’est pas retourné et il a continué jusqu’à ce qu’il puisse plus respirer. C’est la flicaille qui te la récupéré terré comme une marmotte dans un renfoncement de la rue Michelle, tu vois, là-bas. Le gars y voulait pas sortir. Il disait qu’on l’aurait pas comme ça, qu’il avait connu la guerre lui, et qu’on l’aurait pas avec des déguisements de poulets ! Finalement ils l’ont embarqué par la force et ils l’ont amené à l’hosto. C’est le voisin Bertauld qui m’a sorti de ma pionce et qui m’a fait écouté la radio. Ensuite je suis passé directos chez toi tout excité. Tu comprends maintenant pourquoi que j’étais tout excité ? C’est pas tous les jours qu’on a le droit à un jour de congé ! Et pis va bien falloir les refaire les bildingues, et pis des encore plus hauts et des encore plus modernes, alors on a pas fini de trimer mon pote. Finalement, c’est aussi notre jour de chance, hein, qu’est-ce t’en dis ?
- Ben ouais, mais j’ai quand même de la peine pour le pauvre chien.
- Mais le pauvre chien, il est au paradis des chiens maintenant. Il doit avoir des jambes à tout va pour se trémousser la biroute, alors t’inquiète pour lui mon con. Aller, on va fêter ça. Direction le bistro !
- Si tu le dis. Direction le bistro… »

06/04/10

mardi 6 avril 2010

Les thés d’Inde et scissions

Il crut que le premier jour d’été était déjà arrivé. Après un hiver long et plein de larmes tristes, il ne pensait pas au printemps, mais uniquement à l’été. C’était tout ce qu’il lui restait. Il ne croyait plus en rien depuis des mois alors cette fois-ci, il avait envie de croire. Pour se sentir enfin vivant à nouveau. Ainsi, après une superbe matinée chaude et ensoleillée, il se décida à sortir et s’assit à la terrasse d’un café accompagné d’un simple livre. Il commanda un pastis et entama la lecture derrière des lunettes de soleil qui cachaient la moitié de son visage. Les heures défilèrent bien rapidement, la lumière ne baissait pas en intensité et les verres s’enchainèrent sans en avoir conscience.
Lorsque 19h sonna, il leva les yeux de son bouquin et remarqua qu’une foule diverse avait rempli la terrasse et semblait également savourer ce premier jour d’été. Cependant, il réalisa que tous portaient des vestes avec le col remonté pour s’abriter du mistral glacial qui s’incrustait par le moindre espace libre à travers les vêtements. Ce n’est qu’à partir de ce moment qu’il comprit qu’il n’avait nullement été épargné par le froid venu de contrées enneigées. Son corps tremblait de toutes parts, son torse n’était qu’un bloc de glace, ses doigts de pieds avaient perdu toute sensibilité et la peau de son visage était crispée au point que s’il tentait de sourire ses joues se seraient coupées sous la tension. Une centaine de pages l’avaient transformé en Mister Freeze humain. Il dut faire un effort extraordinaire pour parvenir à se décoller de sa chaise en plastique verte et commença à se diriger vers chez lui à pas lents et robotiques.
Arrivé dans sa demeure, où toutes les fenêtres étaient restées grandes ouvertes, le froid continua de ronger les derniers globules. Il ouvrit les vannes d’eau chaude dans le but de revenir à la vie dans un bain brulant. L’eau s’écoulait si lentement qu’il continua sa lecture en attendant que le niveau atteigne une hauteur respectable. Une page de moins, un nouveau centimètre de plus. Une autre page, mais l’eau ne montait plus, le torrent s’était lui aussi fait surprendre par le froid et le cumulus étant vide jusqu’au lendemain matin, plus rien ne pourrait venir troubler sa pause sculpturale.
Les pages cessèrent également de tourner, et restèrent immobiles sur les jambes du cadavre hivernal. Il avait tant voulu y croire, il voulait tellement retrouver sa vie d’avant, cette vie chaleureuse pleine d’amis et d’amantes, mais cet hiver fut son dernier et plus jamais il parvint à quitter ces quelques lignes au milieu de ce simple livre : La chaleur devenait insupportable et pourtant il fallait continuer à marcher pour sortir de ce désert qui risquait de devenir mon tombeau dans la nuit… dans la nuit…

05/04/10

lundi 5 avril 2010

Faim de lits meubles

« La petite vieille du rez-de-chaussée », c’est ainsi que Bruno aimait appeler la dame de grand âge vivant au pied de son petit immeuble. Sa porte se trouvait au loin dans la pénombre, le long de l’escalier central, si bien que l’on ne pouvait pas la distinguer en entrant simplement dans le bâtiment pour se rendre chez l’un des cinq autres locataires. Ainsi, Bruno ne la croisait que très rarement devant sa boîte aux lettres et jamais ailleurs. C’était comme si elle n’avait jamais franchi la porte d’entrée, si ce n’est le premier jour de son emménagement, ce dont personne n’avait été témoin. Personne ne savait non plus comment elle se nourrissait, ou tout simplement existait dans son appartement. Pour Bruno, la petite vieille représentait l’âme de la bâtisse. Tout d’abord parce qu’elles devaient avoir le même âge, et ensuite parce que jamais l’une ne semblait pouvoir vivre sans l’autre.
Toutefois, un après-midi de mars, alors que Bruno rentrait du travail exceptionnellement tôt et donc d’excellent humeur, il rencontra la petite vieille en train de prendre son courrier et se pris d’une curiosité nouvelle pour cet être finalement inconnu. Une fois les courtoisies et habituelles banalités échangées, il se décida à l’inviter boire un verre et apprécier la vue formidable que le cinquième et dernier étage offrait. La petite vieille ne parue aucunement surprise et accepta bien volontiers l’invitation malgré une certaine tristesse dans son regard. Bruno ne s’en soucia point et pensait déjà aux nombreuses histoires que l’ancienne devait posséder dans l’antre secret de sa mémoire. Elle passa la première, sur un signe du jeune homme, et entama la longue ascension de la multitude de marches. Chacun de ses pas était méticuleusement similaire au précédent, pas plus rapide, pas plus nerveux, mais exactement semblable. Sa main tenait fermement la rampe, se cramponnait, attendait que le reste du corps s’élève, puis reprenait sa glissade vers le haut.
Arrivé au premier étage, Bruno sentit que l’arrivée était encore bien loin et commença alors à poser des questions un peu plus intimes afin de ne pas gâcher les nombreuses prochaines minutes passées dans l’escargot d’escalier. Il apprit que la petite vieille allait bientôt avoir cent ans, qu’elle avait vécu depuis son enfance en ce lieu et qu’elle ne regrettait aucun moment écoulé ici. Lorsqu’ils atteignirent le deuxième palier, le souffle de la petite vieille était de plus en plus saccadé, sa tête de plus en plus basse, son dos plus vouté et sa main se laissait simplement trainer le long de la rambarde au lieu d’attirer le corps dans son chemin, tandis que les mûrs laissaient tomber de gros morceaux de peinture le long de murs et du plafond. L’escalade continua avec plus de lenteur et de faiblesse. Une quinte de toux horrible explosa en même temps que l’immeuble se mis à trembler. Bruno ressentit un mauvais présage et demanda si elle ne souhaitait pas remettre cela à un jour plus radieux, ce qu’elle refusa mollement avec à nouveau cette profonde tristesse dans le regard.
Lorsqu’ils parvinrent à la troisième porte, la main de la désenchantée lâcha la rampe et vint s’écraser le long de son corps sans plus bouger. La minuterie s’éteignit, un terrible bruit de fracas se fit entendre dans l’immensité obscure. Mais ils continuèrent malgré tout.
Un étage plus loin, soit un étage avant la fin la petite vieille tomba à genoux et continua de tousser atrocement. Bruno comprit qu’il devait immédiatement cesser cette montée insolente qui risquait de mettre fin aux jours de sa nouvelle amie mais un nouveau tremblement, plus violent et plus long que le précédent, parcouru le bâtiment. Des bruits de chocs, de craquements, d’impacts et autres phénomènes annonciateurs de drame résonnèrent de toutes parts. Puis, tout s’arrêta, et la vieille reprit sa marche forcée.
Ce n’est qu’en franchissant les dernières marches que Bruno constata l’étendu des dégâts. Son appartement avait complètement disparu. Il ne restait plus que la porte d’entrée entourée de vide et du décor lumineux de la ville. Les mûrs, ses meubles, ses affaires et tout ce qui avaient été, n’étaient plus.
L’ancestrale toussa encore et le plancher fondit en miettes. On pouvait à présent apercevoir le chez-soi du voisin. Encore un toussotement et toutes les portes vinrent lécher le sol de la tête aux pieds. Elle se tourna alors vers Bruno qui ne savait plus comment se comporter face à se spectacle apocalyptique et dit : « Et bien voilà, je pense malheureusement pas que nous puissions poursuivre cette agréable discussion et découverte de l’autre. Il est l’heure que je parte et je le regrette bien amèrement, mais ma vie fut des moins pires et je n’ai pas peur du néant. En revanche, si vous souhaitez poursuivre cette vie qui semble vous convenir, je vous suggèrerais de redescendre au plus tôt et de vous éloigner d’au moins trois rues. »
Quelques instants plus tard, le jeune homme essoufflé traversait la route pour assister, impuissant, à l’effondrement complet de son ancien logement. Corps et âmes unis dans un final spectaculaire. Il se promit alors que sa prochaine et dernière demeure serait une nouvelle construction individuelle qu’il accompagnerait avec une joie constante.

04/04/10

dimanche 4 avril 2010

Choc au La et Chic au Ré

On me dit que c’est Pacques,
Je réponds « amène un pack »,
Y se pointent avec des chocolats,
Je sais que c’est comme la vie, souvent décevant,
Alors je demande du rhum pour accompagner,
C’est la famille qui en fournie tout un panier,
Là c’est mieux, plus la peine de pinailler,
Les idées peuvent se déverser,
Dans un flot continue inversé,
Plus le verre se vide, plus la tête se remplie,
La déprime baisse sa garde puis se replie,
Reste plus que de la bonne humeur,
Et en plus je suis levé de bonne heure,
Alors ça laisse le temps de profiter,
J’aiguise mon humour, le voilà affuter,
Obligé quand on porte un futal en cuir,
Sous un grand soleil je suis prêt à cuire,
Et quand je serais à point,
Ce sera la fin de ce texte. Point.

03/04/10

samedi 3 avril 2010

Con d’âne barre bar

Mais comment avait-il fait pour se retrouver ici ? Lui, le brave Jean, comme on le nommait dans le quartier, comment en était il arrivé jusque là ? Il essaie de se souvenir le point de départ de cette histoire pas bien propre. Les images défilent, il remonte encore un peu plus loin dans le passé. Il y est presque, le flou devient plus net, les visages apparaissent, les conversations se reforment, la scène est parfaitement claire.
C’était le 14 Juillet 2000, voilà déjà dix ans. Le gros Jean, car à l’époque il était plus gros que brave, venait retrouver ses amis au « bar à Queumant ». Ces derniers ne l’avaient pas attendu pour débuter l’absorption de tous les liquides disponibles, avec chacun sa préférence, et le volume des dialogues paraissait comme amplifié au mégaphone. L’énorme salua la foule, s’installa où il restait une banquette de libre et commanda un Rhum Hessa, son favori dans l’établissement.
Après plusieurs tournées offertes dans tous les sens, la plupart des clients se sentaient plutôt à l’envers, sauf le gros Jean. Etrangement il ne ressentait aucunement les effets de l’alcool, même après tant de verres, qu’il osa demander à Bégot le Boss s’il ne se foutait pas un peu de sa face avec les doses de rhum, ce que ce dernier s’empressa de nier et paraître quelque peu vexé. Il ressorti donc la bouteille de rhum dangereusement entamée de dessous le comptoir et en vida le contenu dans le verre anciennement vide. Jean sourit et descendit son godet comme un égaré dans le désert.
Une nouvelle heure s’écoula, tous s’écroulèrent, sauf le sobre Jean, totalement intact. Il monta alors sur une table, leva son verre en l’air et commença ce discours :
« Mes amis de l’aventure, tendez pendant quelques instants vos choux-fleurs flétris et tentez de mémoriser les mots qui vont sortir de ma bouche assoiffée. Voilà de nombreuses années que nous fréquentons ce lieu harmonieux et cultivant pour nos âmes lasses et douloureuses. Jamais je ne me suis plaint, jamais je n’ai été impoli ou désagréable et jamais, au grand jamais je n’ai changé de comportement. Or, aujourd’hui est un soir différent, un événement même, si j’osais m’attribuer tant d’importance, et voici donc la cause et ses effets. Ce soir, pour la première fois de l’histoire de l’Homme, l’alcool ne parvient pas à prendre prise sur les globules d’un corps vivant, et ce corps (silence) ; c’est le mien !
Je peux donc assister aux dégâts qu’il cause sur vos épaves lobotomisées et apprécier cet état de sobriété nouveau. Cette révélation, offerte par je ne sais quelle force extranaturelle, me permet de réagir en conséquences et voici donc ma déduction. A partir de ce soir, je ne toucherais plus jamais à une seule goutte de ce liquide avilissant et je m’efforcerais, par tous les moyens à ma portée, à vous tenir compagnie et vous guider vers une ivresse plus sage et plus saine d’esprit. Je serais votre veilleur, vous assurant la sécurité physique et mentale de chacun de vous tout en conservant ce bonheur d’une euphorie simple. Messieurs, je vous salue bien respectueusement et vous dis à demain pour le début d’une bien belle aventure. »
Et comme il le dit, il ne but plus une seule goutte d’alcool, il resta avec ses amis ivrognes et leur permis de se saouler en toute sérénité tout en découvrant des jeux d’esprit plus stimulants et enrichissants chaque jour grâce à la fraicheur et au dynamisme que la sobriété lui conférait. Et dix années merveilleuses s’écoulèrent jusqu’à ce 14 juillet 2010 où le brave Jean ingurgita de l’alcool à son insu à cause d’une mauvaise blague d’un touriste de l’amicale bouliste de Baden Baden en visite dans la région pour un tournoi européen. Ce triste Jean ne porta aucune attention aux premières gorgées du breuvage. Son cerveau refusait de lier ce goût à ces lointains souvenirs. Puis la réalité frappa un grand coup sur sa nuque et il réalisa ce qu’il venait de boire. Il ne put s’arrêter, il fini son verre et en demanda immédiatement un nouveau. Sa vision commençait à se troubler terriblement, l’obscurité gagnait la pièce, les gens s’effaçaient doucement. Puis ce fut la pénombre absolue. Plus une image, plus un son, la scène avait disparu.
Alors, après de longues minutes dans cet état horrifiant, le faible Jean fut aveuglé par une lumière éclatante. Des voix explosèrent dans ses oreilles, ses bras étaient soudain trop lourds, ses jambes insensibles et son cœur brulant. La lumière, encore trop brillante baissait doucement d’intensité et des formes se dessinèrent. Des formes d’êtres humains. Tout habillés de blanc. S’agitant tout autour de lui en déversant un flot incompréhensible de paroles sans fin. La lumière continua de baisser pour atteindre un niveau tolérable et permettre de discerner clairement des infirmières et des docteurs se mouvoir avec étonnement dans la petite chambre blanche.
« Mais comment ai-je atterri ici ? Comment me suis-je retrouver là ? »

02/04/10

vendredi 2 avril 2010

Poison de la ville

Elle jouait avec son charme comme un enfant joue à faire l’adulte, sans responsabilité. Son rire si fort mais si mélodieux qu’elle prenait plaisir à répandre sur son passage. Ses fesses joliment rebondies qu’elle savait observées lui faisaient accentuer volontairement ses déhanchements. Et enfin, ses yeux, d’un vert de diamant aux milles éclats et subtilités infinies s’attardaient si longuement sur ma personne que non seulement je ne pouvais m’en éloigner, mais j’y étais totalement perdu et sans défense. Ainsi, son petit jeu durait depuis déjà plusieurs mois, lorsque sa meilleure amie fut dans l’obligation de prendre sa place durant quelques minuscules jours insignifiants afin d’assurer son service. Je ne la remarquai même pas la première fois. Elle était là où la déesse de la torture était habituellement mais mon cerveau avait pris cette mauvaise manie de se déconnecter complètement pendant nos entretiens afin de ne pas être lui aussi victime des charmes maléfiques. J’étais donc léthargique au possible, l’œil vide, le cœur battant à peine, le souffle long et imperceptible lorsque sa voix vint déclencher la remise en marche de mon pitoyable appareil à gamberge et là je la vis. La Némésis de la sorcière blonde se tenait devant moi, un immense sourire innocent dessiné sur son visage angélique. Sa chevelure était si sombre et lisse que l’on aurait dit un océan de pétrole, mais sans les bébés phoques et autres bestiaux agonisants. Non, si le paradis avait été d’une couleur, c’était bien celle-là. Sans attendre et soulagé de sortir de l’envoutement satanique quotidien, je pris conscience de mon être et de ma liberté toute nouvelle. Les mots coulèrent naturellement de mes lèvres en réponse aux délices envoyés par cette muse. Le destin semblait s’être lassé de ma passivité et venait de prendre les rênes du carrosse en direction d’un avenir en attende d’accomplissements. La journée ne fut qu’une étincelle, le lendemain une explosion atomique et le troisième jour fut celui du Bigbang. Et je crus enfin pouvoir vivre heureux et communiquer, voir partager ce bonheur. Lorsque le démon repris sa place, elle vit immédiatement que ses maléfices ne fonctionnaient plus. Elle m’interrogea. Je lui parlai alors d’amour et alors, contre toute attente, elle se brisa en minuscules et innombrables petits morceaux, puis disparu. L’illusion s’était envolée.
Aujourd’hui, ma compagne me parle parfois de son ancienne amie évaporée. Elle me raconte les supplices qu’elle a fait vivre à tant d’innocents pour son simple plaisir égoïste. Mais elle m’affirme aussi qu’elle n’a pas disparu et que je pourrais la revoir à nouveau si je le souhaitais. Je ne peux que rire à ce genre de propos et prends encore plus conscience d’avoir quitté l’enfer pour le merveilleux, sans être passé par les cases du milieu. Le destin m’a bien agréablement surpris, à présent, je souhaite qu’il me laisse savourer jusqu’au bout, sans autre surprise, qui serait forcément mauvaise.

01/04/10

jeudi 1 avril 2010

Dix courent, Deux tirant

Salutations hautaines de votre immense souverain. Mon peuple, mon très cher peuple, je t’ai entendu. Ton cri d’une voix unique et puissante est parvenu de la rue à la fenêtre de mon domaine. Et non seulement je t’ai entendu, mais par-dessus tout, je t’ai compris. Or, il se trouve que notre opinion diverge trop grandement sur des thèmes primordiaux. Tu me parles de ton confort personnel, de ton temps de loisir trop bref, de ta nourriture pas assez bonne, de ton lit trop froid, de ton toit percé, de ton sol branlant, de tes mûrs tremblants et de tes espoirs dans l’avenir chancelants. Mais il m’a pourtant semblé que le bonheur de ton très haut était bien plus important que des bassesses de petit être humain insignifiant. Et saches, peuple fier, que lorsque tu me décris tous ce décor merveilleux qui t’entoure comme étant à l’agonie, j’y vois personnellement un monde radieux où les maisons dansent et vivent en harmonie avec Mère Nature. Par contre, en ce qui me concerne, ma si précieuse existence se retrouve saccagée par tes hurlements de nouveau-né insatisfait de son biberon. Ne crois-tu pas qu’un père mérite plus de respect de la part de sa progéniture ? Ne crois-tu pas qu’une mère n’est pas responsable du goût de son lait ? D’après cette colère que tu me témoignes je n’en ai pas l’impression et cela me chagrine. Et bien sur, comme tous bons parents qui se respectent, il faut savoir se montrer sévère pour construire solidement les bases de l’individu en devenir. Tu t’es montré ingrat et capricieux. Tu t’es comporté de façon bien honteuse aux yeux du reste du monde qui attend de voir jusqu’où cette insolence peu aller sans que je réagisse. Alors je ne peux plus attendre. Je pensais que le temps, à lui seul, suffirait à pointer du doigt tes exactions, mais il n’en est rien. Je pensais que tu te fatiguerais la gorge à force de tant de rage vocale, mais il n’en est rien. Alors, dès la fin de ce discours, que tu ne méritais pas, d’ailleurs, la glorieuse armée de notre royaume attristé se répandra sur ton sol troublé et appliquera la sanction tant demandée. Dorénavant, mon peuple bienheureux, tu n’auras plus cette langue encombrante par où est sortie le vulgaire. Ainsi, tu parleras moins et j’espère, réfléchiras plus. Si toutefois tu persistais, je n’ose te spécifier l’étendue de la prochaine sanction, en cas de persistance dans le mauvais chemin.
Que le silence soit.
Bonne soirée, peuple pardonné.

31/03/10