jeudi 1 avril 2010

Dix courent, Deux tirant

Salutations hautaines de votre immense souverain. Mon peuple, mon très cher peuple, je t’ai entendu. Ton cri d’une voix unique et puissante est parvenu de la rue à la fenêtre de mon domaine. Et non seulement je t’ai entendu, mais par-dessus tout, je t’ai compris. Or, il se trouve que notre opinion diverge trop grandement sur des thèmes primordiaux. Tu me parles de ton confort personnel, de ton temps de loisir trop bref, de ta nourriture pas assez bonne, de ton lit trop froid, de ton toit percé, de ton sol branlant, de tes mûrs tremblants et de tes espoirs dans l’avenir chancelants. Mais il m’a pourtant semblé que le bonheur de ton très haut était bien plus important que des bassesses de petit être humain insignifiant. Et saches, peuple fier, que lorsque tu me décris tous ce décor merveilleux qui t’entoure comme étant à l’agonie, j’y vois personnellement un monde radieux où les maisons dansent et vivent en harmonie avec Mère Nature. Par contre, en ce qui me concerne, ma si précieuse existence se retrouve saccagée par tes hurlements de nouveau-né insatisfait de son biberon. Ne crois-tu pas qu’un père mérite plus de respect de la part de sa progéniture ? Ne crois-tu pas qu’une mère n’est pas responsable du goût de son lait ? D’après cette colère que tu me témoignes je n’en ai pas l’impression et cela me chagrine. Et bien sur, comme tous bons parents qui se respectent, il faut savoir se montrer sévère pour construire solidement les bases de l’individu en devenir. Tu t’es montré ingrat et capricieux. Tu t’es comporté de façon bien honteuse aux yeux du reste du monde qui attend de voir jusqu’où cette insolence peu aller sans que je réagisse. Alors je ne peux plus attendre. Je pensais que le temps, à lui seul, suffirait à pointer du doigt tes exactions, mais il n’en est rien. Je pensais que tu te fatiguerais la gorge à force de tant de rage vocale, mais il n’en est rien. Alors, dès la fin de ce discours, que tu ne méritais pas, d’ailleurs, la glorieuse armée de notre royaume attristé se répandra sur ton sol troublé et appliquera la sanction tant demandée. Dorénavant, mon peuple bienheureux, tu n’auras plus cette langue encombrante par où est sortie le vulgaire. Ainsi, tu parleras moins et j’espère, réfléchiras plus. Si toutefois tu persistais, je n’ose te spécifier l’étendue de la prochaine sanction, en cas de persistance dans le mauvais chemin.
Que le silence soit.
Bonne soirée, peuple pardonné.

31/03/10