mercredi 21 avril 2010

Le Mont Hargne

La promenade en montagne, c'est génial et c'est donné,
Pas les petites montagnes qui se montent en une demi-journée,
Non, je cause des vraies montagnes, au-delà de l'ennui,
Celles où il faut au moins y dormir une nuit,
Car toutes réflexions qui dépassent la journée ouvrent l'esprit,
Le reste n'est qu'un petit sentiment éphémère à moitié prix,
Donc, quand on crapahute, il y a plusieurs méthodes,
Il y a celle où le gars est têtu comme un colosse de Rhodes,
Il repère le sommet d'entrée de jeu, se dit "j'y vais",
Et ne le quitte plus des yeux jusqu'à l'arrivée,
Par moment il va avoir l'impression que le but s'éloigne,
Il tentera d'accélérer le pas et se fatiguera plus, j'en témoigne,
Ensuite il ralentira sous la torture de l'effort,
Et finalement le lendemain reprendra la marche, résigné et moins fort,
Se disant que l'abandon c'est pour les fiottes et les lâches,
Et lui bien entendu, n'en est pas une, alors il marche,
Il fixe le sommet et le haït un peu plus en s'approchant en désespoir,
Au final il plantera son drapeau satisfait de cette victoire,
Qui confirme en effet qu'il n'est pas une fiotte, Hourra !
Et il reproduira toujours le même schéma jusqu'au jour où, ah,
Comme tout individu dans sa vie, il rencontra l'échec et plus la gagne,
Et à partir de ce moment il cessera de monter les montagnes,
Il n'aura plus la moindre estime pour lui-même, sans position,
Son comportement envers autrui se dégradera jusqu'à l'implosion.
Ensuite il y a la méthode du gars relax et réfléchi qui rien n'omet,
S'il monte une montagne ce n'est pas uniquement pour poser le pied au sommet,
Ce n'est pas pour justifier le matos dans son futal,
C'est avant tout pour le plaisir de découvrir la montagne,
Toute la montagne, où du moins celle sur son chemin et ses pourtours,
Ainsi tout au long de la marche il observera ce qui l'entoure,
Inutile de fixer le sommet car du moment qu'il suit un chemin,
Qu'il aura soigneusement choisi et qu'il pourra modifier du jour au lendemain,
Ses pas le mèneront forcément jusqu'au sommet malgré la difficulté,
Car sans sommet, il n'y a qu'une plaine sans souci pour insulter.
Ainsi notre aventurier sera également fatigué par ce sport,
Mais chaque pas sera une récompense à ses efforts,
La beauté de la nature le comblera et l'encouragera à poursuivre,
Et donc lorsqu'il arrivera enfin au sommet dans un battement de cuivre,
Il n'aura pas la satisfaction simpliste d'avoir surmonter l'épreuve en question,
Mais il sera enrichi par tout ce qu'il aura pu contempler durant son ascension,
Il sera un autre homme, ou en tout cas un homme plus grand.

Malheureusement, à notre époque, certains cherchent à éviter cette marche,
Ils se servent d'outils qu'ils ne comprennent pas pour atteindre le but,
Comme par exemple utiliser un hélicoptère piloté par un étranger,
Et simplement dépasser le sommet avec l'impression d'avoir accompli,
Quelque chose... quelque chose de grand mais qui reste si petit.
Bientôt tout le monde pourra atteindre ces sommets sans effort,
En restant assis sur son canapé tout cuir,
En visionnant sa nouvelle télé trois dimensions,
Sans comprendre que la dimension la plus importante se trouve en nous,
Et ne peut être simulé par des moyens techniques aussi modernes soient-ils.
Mais libre à chacun de choisir son mode de satisfaction,
Je continuerai de gravir la montagne où je suis,
Même si je ne sais toujours pas si ce chemin mène à sommet,
A cause des constantes modifications du paysage par l'homme moderne.

20/04/10