dimanche 11 avril 2010

Feu, naître sûr, cours

« La fortune que tu disais. C’est ça que t’appelle la fortune ? Mais comment j’ai pu être assez con pour te croire, te faire confiance, oublier tous tes plans foireux habituels et foncer tête baissée dans ce coup minable. Dis-moi que tu m’as manipulé comme une marionnette sans âme. C’est pas possible autrement, tu m’as drogué ou un truc du genre. Vas-y dis le. De toute façon ce qui est fait est fait, alors avoue. Tu savais que ça pourrait jamais marcher. Aller, tu me le dis et on reste amis. Vas-y, je t’écoute.
- Mais pas du tout. C’est la faute à une malchance incroyable et rien d’autre.
- Une malchance ? Tu oses me parler de malchance ? Non mais là tu pousses un peu trop, si tu persistes, notre amitié s’arrête ici même. Alors crache le morceau.
- Mais y a rien à cacher. Si t’y as cru c’est que ça semblait parfait et que ça l’était.
- Parfait ? T’appelles ça parfait ? C’est donc toute la valeur que notre amitié de vingt ans a pour toi ? Tu sais quoi ? Tu me dégoutes. Tu me dégoutes tellement que je pense que cette fois s’en est bien fini de tes conneries. Écoute bien ces mots parce que se sont les derniers qui sortiront de ma bouche à ton intention. A présent tu n’existes plus pour moi. Tu n’as même jamais existé. Un détail de mon passé, rien de plus. Une petite erreur de jeunesse, c’est tout ce que tu es.
- Non mais là tu dramatises un peu trop, non ? Je comprends que c’est plus simple pour toi d’avoir un coupable sous les yeux. Il te faut une raison à notre situation et donc tu me mets tout sur le dos. Je ne t’en veux pas moi, je trouve même ça normal, c’est humain. Mais s’il te plait n’utilise pas des mots comme « plus » ou « jamais » à mon égard. Parce que sans vouloir remuer le couteau dans la plaie, ça risque de pas être très agréable au point où nous en sommes aujourd’hui et pour les prochaines 114 années.
- Ah ouais, et donc tu te dis que par circonstances je devrais oublier, te pardonner, et continuer à partager une connivence sans limite avec toi ?
- Non ce n’est pas exactement ce que je veux te signifier mais le résultat est en effet le même. Donc le mieux, ce serait que tu réussisses à digérer ce petit évènement et qu’on se prépare à notre nouvelle vie.
- QUOI ??!? Alors là tu dépasses toutes mes attentes quand à ta mauvaise fois et ton incompréhension de l’esprit humain. Notre nouvelle vie. Elle est bien bonne celle là. Parce que toi t’appelles ça une vie ?
- Ben on est pas mort à ce qu’il me semble, donc oui, c’est une nouvelle vie.
- Mais c’est tout comme si on était crevé mon salaud. C’est même pire. Au moins dans la mort on essaie pas de te refaire le derrière dès que tu veux prendre une douche. On te force pas à rester dans trois misérables mètres carrés avec un individu que tu méprises. Non, la mort est plus enviable.
- Et ça y est, tu dramatises encore. Quand t’es mort, t’es mort. Tu peux plus rien découvrir, ni espérer. C’est vrai que c’est pas le luxe que je t’avais promis, mais regarde de plus près. On a de la bouffe deux fois par jour sans bouger le petit doigt. On a un téléviseur. On a une bibliothèque. Et j’ai entendu dire que tu pouvais prendre des cours d’anglais, de poésie, de philosophie, de maçonnerie et de ne je ne sais trop quoi d’autre, gratos. Alors c’est quand même plus agréable que la mort.
- Mais à quoi bon mon couillon ? On va crever dans cette prison pitoyable, qu’est ce qu’on en a à foutre de savoir parler douze langues ? Et pis dans la mort j’aurais pas à voir ta salle face d’ordure à longueur de journée. Non je suis désolé, mais ce soir dès que tu t’endors, j’essaierai de te zigouiller et de te rejoindre immédiatement après. C’est la meilleure option.
- Allons, allons, ne nous emballons pas. 114 ans qu’ils nous ont mis. T’imagine comme c’est long 114 ans ? On trouvera bien un moyen de se faire la belle et alors là, à nous la vie de pachas. On sait ce qui a merdé la première fois, on fera pas deux fois la même erreur, je t’assure.
- …
- Ben quoi ? Aller, garde le sourire, on n’a pas encore fini de se marrer, je te le dis !
- …
- Qu’est ce que t’es difficile quand même comme gars. Remarque, c’est pas plus mal, ça me forcera à me creuser la tronche plus rapidement pour pas passer trop de nuits avec ta gueule qui traîne pas terre.
- Bonne nuit.
- Oh le vexé. Ça va, ça va, j’ai compris. On en reparlera demain quand tu seras mieux luné. Bonne nuit mon gros.
- C’est ça, demain… on en reparlera demain… »

10/04/10