samedi 17 avril 2010

Bio man et farce jaune

Un beau jour de printemps, mon ami Romulus quitta l’espèce humaine pour devenir un roi parmi les chats. Ses si belles bacantes qui nous faisaient tant rire devinrent le symbole d’un respect immense dans son nouveau monde. Transformées de simples poils inutiles à un organe vitale qui permet de percevoir au-delà de nos sens communs si basics, je l’envie.
La paresse qu’on lui reprocha si souvent est à présent un trésor de sagesse que jamais un autre matou n’oserait critiquer.
« Tu dors trop, espèce de fainéant » lui répétaient sans cesse ses congénères, ce dont il répondait calmement avec un petit sourire en coin : « mais c’est pour mieux te connaître, insolant ! ».
Cette époque me manque et ses paroles me reposaient tellement. Combien d’autres génies nous quittent ainsi chaque jour sous les moqueries imbéciles de la masse accablante ? Demain ils seront tous oubliés tandis que les mêmes idiots trouveront une autre cible à ennuyer. Demain je souhaite que ce soit mon tour. Mais que deviendrais-je ?
Il fut un temps où l’on riait de ma grande taille et de mes maigres jambes. Aurais-je été autruche ? Car le temps poursuit ses ravages et me modèle différemment de mes attentes.
Il fut un temps avant cela où l’on riait de mes oreilles et de mon nez. Comme j’aurais été respecté parmi les éléphants. Mais déjà l’uniformisation était à l’œuvre et bientôt disparurent ces qualités.
Ensuite, on ne voulait plus rire alors on s’interrogea sur la petitesse de mes yeux. Jugés arrogants, pervers, menteurs, sournois, tristes, bêtes, trop petits pour les moins imaginatifs, je me voyais taupe, isolé au cœur de la terre, invisible mais au courant de toutes les œuvres honteuses qui continuaient à s’accomplir au-dessus de ma tête.
Mais rien ne se passa. Chaque matin je retrouvais ce corps d’humain. Chaque jour je retrouvais ce monde vulgaire. Chaque soir je me couchais en espérant devenir une nouvelle créature qui aurait enfin la place qu’elle mérite.
Ô Romulus, pourquoi m’as-tu abandonné ainsi ? Me laissant seul au milieu de ce peuple attendant la prochaine tonte en bêlant dans la discorde la plus chaotique de cet enclos économico-comiquo-gouvernemental.
A présent, le soir, je commence à souhaiter me réveiller simple brebis. Ainsi, moi aussi je pourrais faire semblant de protester contre les barrières qui me réconfortent. Mais au fond de moi, je sais que même ainsi je serais galeuse, trop gaulois pour être engloutit mais sans potion pour guérir, j’attends et entends ce rire de canari qui me broie les entrailles.
Je t’en prie Romulus, viens me trouver dans mon sommeil et mets fin à ce souffle nocif qui persévère à sortir de ce corps solitaire.
J’attends…

16/04/10