vendredi 16 avril 2010

Un mauvais saoul veut nuire

Et le temps tourna…
Les tentures virèrent au sombre, la lumière disparut derrière un immense drap d’obscurité qui recouvrit la ville d’un silence apaisant et pourtant légèrement effrayant. Les volets se fermèrent en chœur, les portes se verrouillèrent, les visages se crispèrent et le calme annonciateur de tempête se répandit dans chaque cellule vivante. Les rues s’étaient vidées naturellement telle une bouteille d’eau percée, le ciel semblait descendre lentement pour écraser le monde comme une voiture à la casse. Les prévisions météo n’avaient aucunement mentionnées ce genre de phénomène et le doute vint donc s’installer dans le cœur de chacun. Etait-ce quelque chose de soudain et d’inattendu ou bien au contraire certaines personnes étaient au courant mais avaient préféré garder le silence afin de ne pas créer un mouvement de panique générale. Le plus inquiétant était également le fait qu’il n’y avait pas le moindre pillard. Tout le monde avait réagit exactement de la même façon sans s’être concerté, sans s’être regardé d’un air interrogateur, sans avoir eu besoin de spécifier l’attitude à adopter. Normalement se sont plutôt les animaux qui sont capables de percevoir le moindre changement dans l’atmosphère et de fuir avant même de savoir réellement ce qu’il se passe. Lorsqu’une forêt est en feu, ils n’ont pas besoin de voir les flammes pour comprendre que le danger est proche. Peu avant un tremblement de terre les oiseaux sont les premiers à s’éloigner et sont tous déjà loin lorsque le sol se met à bouger malgré le fait qu’ils soient bien entendu les moins en danger de tous les animaux. Et bien, à ce moment inexplicable, même les êtres humains avaient entendu leur instinct et ne le remettaient pas en question. Cependant, personne n’avait fuit. Tout le monde était soit rentré chez lui, soit rentré dans un lieu quelconque qui paraissait sûr. Chercher un abri était le mot d’ordre intérieur de tous. Attendre sans mot dire était la suite. Pas de pourquoi, pas de doute, pas d’objection, tous acceptèrent la consigne imperceptible, nouveaux nés, enfants, adultes et vieillards. Concevoir l’idée d’un enfant ne pas s’interroger est quasiment infaisable. Autant se dire que l’eau ne mouille pas. Et pourtant, ce fut le cas, dans toute la ville et sans doute le reste du monde. L’inconcevable prenait place irrémédiablement, implacable, tout puissant et sans pitié.
Il est difficile de dire combien de temps dura le phénomène. L’instinct et les réflexes altèrent la perception des sens. Si l’on vous jette du sable au visage vous fermerez naturellement les yeux mais vous serez incapables de dire à quel moment exact vous les avez fermés. Etait-ce lorsque vous avez vu le mouvement du bras ? Etait-ce lorsque vous avez perçu le sable se déplaçant dans l’air ou peut-être au moment où celui-ci entra en contact avec votre corps ? Ou peut-être même avant tout cela, inconsciemment, les circonstances tentaient à montrer que du sable allait entrer en contact avec vos yeux et vous les avez donc fermés. Imaginez alors que cet instinct ou ce réflexe qui vous fait fermer les yeux prenne le dessus sur votre personnalité durant plus d’une seconde, plus d’une minute. Vos autres sens sont atrophiés et la perception du temps devient ainsi totalement déformée.
Toutefois, lorsque mon esprit parvint à reprendre le dessus sur cet étrange évènement commun je pense qu’il avait du s’écouler environ entre une et deux heures, car une fois le ciel redevenu bleu il faisait encore jour tandis qu’avant je sirotais mon thé de 16h sur ma terrasse. Bien entendu il m’aurait suffi de regarder l’heure sur mon téléphone ou mon ordinateur pour être plus précis, ce dont évidemment j’avais l’intention de faire si j’avais pu. Car je ne m’efforce pas de retranscrire ces faits s’il n’avait été question que d’un ciel un peu plus gris que d’habitude et d’individus rentrant chez eux comme des robots. Non, si je me sens obligé de retracer cette expérience c’est que le pire est arrivé ce jour-là. En effet, lorsque j’ai repris possession de mes moyens je me trouvais seul au bord d’une plage entre Cassis et Marseille. Pour tous les êtres humains que j’ai questionné depuis, il n’y a jamais rien eu à cet endroit, si ce n’est des rochers, des calanques et quelques bâtiments universitaires ou pas. Cassis a toujours été ce petit village touristique durant l’été et Marseille continue d’être considéré comme la deuxième capitale ou une simple grande ville selon les individus. Cependant, ce qui rend mon expérience si peu crédible ce n’est pas que je prenais un thé sur ma terrasse puis que je me suis réveillé au milieu de nulle part. Ce qui est et sera pour toujours incroyable pour tous c’est que j’habitais la capitale de la France, Marseille. Avant que tous mes voisins ne disparaissent, ainsi que ma maison, Cassis n’était qu’un quartier de la capitale qui s’étendait encore au-delà. Je ne demande à personne de me croire, car cela ne changerait rien à la disparition de ma vie et d’une si belle partie de ma ville, mais ce que je souhaite ici c’est prévenir ceux à qui cela pourrait également se produire ou même c’est peut-être déjà produit. Mes propos étant absolument impossibles à prouver je n’y reviendrais ou n’en reparlerais jamais. De nombreux plaisantins en manque de rigolade tenteront de me contacter et me faire parler, mais je n’en ferais rien. En revanche me oreilles restent grandes ouvertes, donc s’il existe un être ayant souvenir de ce monde évaporé, je l’écouterais jusqu’à en être persuadé et alors je répondrais.
Pour conclure j’écrirais que tout ce que nous croyons posséder n’est peut-être pas ou du moins, peut ne plus être, alors profitez-en mais ne vous y attachez pas trop…

15/04/10