Couscous Voltaïque
Tous les avions au sol, abus d’aérosols, la Terre en a ras le bol, à la Cantonna elle relève le col et cogne. Ah bon, l’être humain a du mal à comprendre, des petits tsunamis et autres tremblements ne suffisent pas à lui faire écouter alors la belle a mis le paquet, les fourmis restent sur le parquet et pourtant les gars ne sont toujours pas inquiets.
L’individu apprend de ses erreurs, c’est un fait, mais parfois le groupe prend le dessus sur l’erreur individuelle qui se dissout dans la masse et entraîne ce même groupe sur le chemin de ses erreurs. A cela se mêle le désir d’argent qui permet également à certains de noyer leurs erreurs pour le profit.
Prenons un être lambda, nommé El. Précisons que El n’est pas espagnol ou mexicain, il est un citoyen du monde, voilà tout, et dans ce monde il n’y a pas de voitures, de camions, d’avions ou tout autre moyen de transport ni argent et tout le monde marche sur de simples routes en terre depuis la nuit des temps gratuitement.
Donc, El se promène tranquillement dans la rue sur sa bicyclette toute neuve qu’il vient lui-même d’inventer, il se déplace relativement vite par rapport aux piétons et à l’effort minime qu’il a à fournir pour faire avancer ainsi son deux roues sur cette route relativement lisse. El est extrêmement satisfait de l’invention de ce véhicule car il lui permet d’aller plus vite sans trop se fatiguer, ainsi il se sent supérieur aux autres mais en plus il peut rendre visite plus souvent à sa famille et ses amis qui habitent à une bonne heure de marche. El se déplace chaque jour un peu plus loin car il a l’impression de pouvoir atteindre des lieux rarement vus et retourner dans son nid douillet le jour même.
Cependant, un jour qu’il allait au-delà de là où il n’avait jamais été, son vélo devint de plus en plus difficile à faire avancer. Il s’arrêta donc et regarda d’où pouvait bien venir le problème. Ses roues s’enfonçaient plus que d’habitude dans le sol à cause du peu de passages humains qui normalement tassent la terre et la rende plus compact. El décida donc de rentrer en poussant son vélo, et en rentrant il croisa d’autres individus avec de nouvelles bicyclettes. Il fut surpris mais rigolais intérieurement en pensant au chemin meuble qui se trouvait plus loin. Quelques heures plus tard, les inventeurs de vélos le rejoignaient en poussant leur triste fardeau. Une fois au village ils se réunirent et réfléchir.
Après des jours de réflexion douloureuse un nouvel arrivant se joignit au groupe et leur annonça qu’il avait trouvé le moyen de remédier à ce problème de sol mou. Il appelait ça « du béton ». Le principe était très simple, avec un mélange subtile de diverses matières disponibles tout autour d’eux il suffisait de recouvrir le sol de cette matière et après quelques heures il n’y avait plus rien de mou, que du solide, rien que du solide. Le groupe de cycliste se mis immédiatement à la tâche et commença à recouvrir chaque route de béton.
El comprit dès le début qu’ils n’auraient jamais assez de matières premières pour recouvrir plus d’un kilomètre de chemin. Il proposa donc aux artisans des environs de fournir ces matériaux tandis que lui leurs fourniraient des vélos. Il comprit aussi que les nouvelles routes s’abimeraient avec le temps à cause du nombre croissant de cyclistes et installa donc des péages (à payer en matières premières) à certaines intersections pour pouvoir financer la réparation des routes mais également des nouvelles grâce au bénéfice ainsi obtenu.
Bientôt les péages lui rapportaient tant qu’il se retrouvait avec tant de matériaux qu’il put commencer à recouvrir plus que les routes de béton et s’imaginait un monde recouvert de béton où il pourrait se rendre n’importe où sur sa bicyclette sans être prisonnier de ces chemins bondés. Il proposa donc aux autres humains de l’aider à réaliser ce rêve en échange de la gratuité de toutes les futures routes. La majorité accepta en demandant tout de même de laisser les parcelles de récoltes intactes.
Les années s’écoulèrent rapidement et bientôt le béton recouvrait la majorité de la planète. Tous les champs laissés libres mourraient sans explication. Les lacs se vidèrent lentement mais irrémédiablement. Le ciel commença à s’assombrir et les esprits à s’échauffer. Un soir, une foule immense s’empara d’El et l’emmena en place publique pour le questionner :
« El, qu’as-tu fait de notre belle planète ?
- Mais je n’ai rien fait, je ne suis qu’un pauvre cycliste qui aimait à parcourir les étendues peu connues.
- Tu ne devais faire que des routes gratuites pour tous, ce que tu as fait avec une certaine aide, mais qu’as-tu fait aux champs ?
- Mais je le répète, je n’ai rien fait. Si vous n’aviez pas tous voulu une bicyclette, le monde serait le même et je serais le seul à pousser mon étrange véhicule sur les chemins mous tandis que vous me croiseriez en riant de ma lenteur et de ma peine. Si vous n’aviez pas rempli ma modeste route de vos familles nombreuses voleuses de rêves, je ne vous aurais pas proposé d’élargir celle-ci à ce point. Si vous ne m’aviez pas fourni tous les matériaux pour recouvrir le monde je n’aurais fait que le frôler de mes roues solitaires. Je regrette, mais c’est à vous qu’il faut faire tous ces reproches et c’est à vous de trouver une solution car moi je ne suis qu’un pauvre inventeur de futilités.
- Très bien, tu es donc coupable de la situation actuelle indirectement, certes, mais coupable tout de même. Nous attendrons donc tu nous sortes de là en sachant que chaque jour des milliers d’hommes et de femmes mourront de faim et viendront hanter tes nuits. Toutes personnes ayant des propositions est libre de se présenter à El. Tu peux rejoindre ta demeure, assassin. »
Et ainsi El commença à détruire les routes une à une pour redonner place à la nature, mais les cyclistes ne pouvant tolérer une nouvelle erreur de sa part le pendirent par les pieds en plein milieu d’un champ de sable qui se répandit finalement sur le reste du monde.