Poison de la ville
Elle jouait avec son charme comme un enfant joue à faire l’adulte, sans responsabilité. Son rire si fort mais si mélodieux qu’elle prenait plaisir à répandre sur son passage. Ses fesses joliment rebondies qu’elle savait observées lui faisaient accentuer volontairement ses déhanchements. Et enfin, ses yeux, d’un vert de diamant aux milles éclats et subtilités infinies s’attardaient si longuement sur ma personne que non seulement je ne pouvais m’en éloigner, mais j’y étais totalement perdu et sans défense. Ainsi, son petit jeu durait depuis déjà plusieurs mois, lorsque sa meilleure amie fut dans l’obligation de prendre sa place durant quelques minuscules jours insignifiants afin d’assurer son service. Je ne la remarquai même pas la première fois. Elle était là où la déesse de la torture était habituellement mais mon cerveau avait pris cette mauvaise manie de se déconnecter complètement pendant nos entretiens afin de ne pas être lui aussi victime des charmes maléfiques. J’étais donc léthargique au possible, l’œil vide, le cœur battant à peine, le souffle long et imperceptible lorsque sa voix vint déclencher la remise en marche de mon pitoyable appareil à gamberge et là je la vis. La Némésis de la sorcière blonde se tenait devant moi, un immense sourire innocent dessiné sur son visage angélique. Sa chevelure était si sombre et lisse que l’on aurait dit un océan de pétrole, mais sans les bébés phoques et autres bestiaux agonisants. Non, si le paradis avait été d’une couleur, c’était bien celle-là. Sans attendre et soulagé de sortir de l’envoutement satanique quotidien, je pris conscience de mon être et de ma liberté toute nouvelle. Les mots coulèrent naturellement de mes lèvres en réponse aux délices envoyés par cette muse. Le destin semblait s’être lassé de ma passivité et venait de prendre les rênes du carrosse en direction d’un avenir en attende d’accomplissements. La journée ne fut qu’une étincelle, le lendemain une explosion atomique et le troisième jour fut celui du Bigbang. Et je crus enfin pouvoir vivre heureux et communiquer, voir partager ce bonheur. Lorsque le démon repris sa place, elle vit immédiatement que ses maléfices ne fonctionnaient plus. Elle m’interrogea. Je lui parlai alors d’amour et alors, contre toute attente, elle se brisa en minuscules et innombrables petits morceaux, puis disparu. L’illusion s’était envolée.
Aujourd’hui, ma compagne me parle parfois de son ancienne amie évaporée. Elle me raconte les supplices qu’elle a fait vivre à tant d’innocents pour son simple plaisir égoïste. Mais elle m’affirme aussi qu’elle n’a pas disparu et que je pourrais la revoir à nouveau si je le souhaitais. Je ne peux que rire à ce genre de propos et prends encore plus conscience d’avoir quitté l’enfer pour le merveilleux, sans être passé par les cases du milieu. Le destin m’a bien agréablement surpris, à présent, je souhaite qu’il me laisse savourer jusqu’au bout, sans autre surprise, qui serait forcément mauvaise.