mercredi 14 avril 2010

Disque ou rat, none hymne

« Bonsoir mesdames et messieurs, je vous prierais de bien vouloir m’accorder quelques misérables secondes de votre temps au combien estimé. Ou pas, quelque soit votre choix, continuez à savourer vos verres que je n’oserais gâcher avec de tristes vers.
Ainsi, me voici, comme certains à tenter de fuir ses soucis, dans ce bar, debout ou assis, j’assiste à la joie qui se barre dare-dare une fois la route reprise dans la crise. Mais là n’est pas le sujet de mes propos trop propres, j’ai peur que se posent mes mots dans la réalité de cirrhose pas si rose qui compose ce merveilleux terrain de jeux. Cette peur est sans doute dictée par le changement que va entraîner irrémédiablement, ou juste diablement, les paroles qui s’apprêtent à quitter l’inconsistance de mes pensées connes et insistantes. Observez comme je tourne et détourne autour du pot, de ma peau tel un joueur d’appeau traquant un canard, et bien ici c’est moi le connard.
Mais assez, je le dis en ce vendredi, espérons saint, et surtout pas ranci ou plein de ronces, si je suis montée sur cette petite scène sans estime, c’est pour déclarer à cette maigre foule de fous et de saouls qu’une maladie terrible me ronge. Attention à ceux qui rient, ceci n’est point un mensonge. Et pourtant vous ne pouvez concevoir comme j’aurais aimé que cela fût le cas.
Donc, voilà, cette horreur qui me dévore de l’intérieur, autant l’âme que le corps, vous l’avez sans doute tous croisée un jour, alors que pour vous elle n’a fait que dire « bonjour », pour moi elle s’est installée et ne semble aucunement intéressé par un départ imminent. Le pire, vous me direz, c’est que je l’ai aidée à s’installer. Sa compagnie discrète m’était extrêmement agréable, inutile de le nier, c’est sans doute là que je fus bien niais. J’ai beaucoup ri et cesser de pleurer grâce à sa présence réconfortante. Elle était là tandis que tous m’avaient abandonné, comment aurai-je pu lui fermer la porte au nez et me satisfaire de cette solitude aride ? Je le comprends aujourd’hui, il aurait suffit d’un simple « non » ou d’un « pas ce soir » et elle serait parti dans une autre demeure plus triste et pitoyable. Mais à ce moment de ma vie, il n’y avait nulle part sur Terre plus triste et pitoyable que la misérable entité humaine qui se dresse devant vous.
En revanche, je tiens à souligner que si j’expose ainsi la tragédie qui a pris place dans ma chair et mes sens, ce n’est pas uniquement pour tenter d’ancrer définitivement celle-ci dans la réalité de notre société troublée, mais c’est également car je sais que cette charogne n’a de cesse de vouloir trouver de nouvelles victimes innocentes et vulnérables. Cette raison me donne la force et le courage de tenter de la jeter hors de chez moi et aussi de répandre le mot de sa présence possible en chacun de nous, de vous ou de vos amis. Alors écoutez-moi si vous en avez encore l’énergie. Rappelez-vous des signes qui font que lorsque vous laissez cette gangrène s’installer au plus profond de votre être, il devient bien difficile de lui faire quitter les lieux.
Mais qu’importe, ma bouche s’assèche dangereusement à chaque nouveau mot prononcé et je ne pense pas être capable de pouvoir avancer plus longtemps dans la description de cette immondice malsain qui a corrompu tout ce que je fus. Je finirais donc sur cette phrase qui me hante depuis déjà trop longtemps sans jamais avoir réussi à passer la frontière de mes lèvres :
Bonsoir mesdames et messieurs, je m’appelle Mano, et je suis un alcoolique.
- Bonsoir Mano, SANTEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE !!! hurla la foule en réponse les verres brandis en l’air. »

13/04/10