mardi 13 avril 2010

À jeun, Hymne aux billets

La journée se terminait enfin. Une matinée abominable au bureau à causer avec tous ces abrutis pour leur refourguer la maison de leur rêve en ruine. Suivi d’un déjeuner plus arrosé que nourrissant pour oublier la tête de ces maudits clients larvesques. Même chose l’après-midi, jusqu’à 16h, où là j’ai cru pété les plombs avec des macaques centenaires qui voulaient placer leur misérable retraite dans un de mes merveilleux taudis. Heureusement la petite Jessica avait fini de taper tous mes contrats et j’ai pu l’embarquer avec moi jusqu’à ce petit hôtel discret où j’ai pris l’habitude de relâcher mes nerfs lorsque la tension devenait trop intense. Les trois heures de cabrioles m’ont finalement plus fatigué que réveillé, mais elles en valaient tout de même la peine. A présent je rentrais chez moi retrouver ma très chère petite épouse qui me comblerait sans doute d’un de ses fabuleux repas accompagné du récit simpliste de sa journée sans évènement ; le véritable repos de l’âme.
Lorsque j’arrivais, l’odeur d’une cuisine raffinée préparé pendant de longues heures combla mon nez d’émerveillement. Je jetais négligemment mes affaires sur le sol et m’installa immédiatement à table où Sonia me rejoint le sourire aux lèvres et les mains pleines : « Bonsoir ma chérie, tu es à nouveau resplendissante, le seul sens à ces journées de tourmente, et cette odeur, tu t’es encore surpassée !
- Oh mon cœur, c’est la moindre des choses pour compenser ce stress constant que tu dois affronter chaque jour.
- Que ferais-je sans toi ? Je te le demande peut-être chaque soir, mais la question m’interpelle sans cesse. Comment était ta journée, mon amour ?
- bla bla bla, commença le moulin à paroles relaxantes pendant que je me servais des quantités astronomiques de chaque plat. »
Une bonne heure plus tard, la fin du repas se rapprochant dangereusement, mon ventre de plus en plus tendu et mes testicules toujours aussi vide, je commençais à préparer mon retrait stratégique :
« Oh mon rayon de soleil ! Ce repas fut sans aucun doute l’un des meilleurs de toute mon existence. Seule toi même peux parvenir à faire mieux, et à présent j’ai l’impression que je pourrais fermer mes yeux en tant qu’homme le plus heureux sur Terre et ne pas souhaiter les rouvrir, car le reste du monde n’a rien de mieux à m’offrir, c’est impossible. Avoue que tu es un ange venu m’accompagner jusqu’au paradis.
- Tu exagères, ce n’était rien de bien exceptionnel. Et si j’ai pu préparer tout ça, c’est bien uniquement grâce à toi, mon cœur.
- J’aimerais tant te remercier en te prouvant mon amour durant de longues heures de sexe torride, mais j’ai bien peur que ces maudits clients m’aient pris toute mon énergie et peut-être plus.
- Mais ne t’inquiète pas pour moi, voyons. Je vois bien à tes yeux à quel point tu es exténué et je suis en train de te faire couler un bon bain bien chaud pour t’ôter les derniers relents de tension. Il est sans doute presque prêt, tu peux venir et retirer tes vêtements. »
Ce que je m’empressais de faire avec un certain plaisir narquois jubilant au fond de mes tripes. Je me glissais dans l’eau presque bouillante et poussais un petit soupir jouissif. Sonia commença alors à me masser le dos, relâchant effectivement cette dernière tension résiduelle. Mes yeux étaient de plus en plus lourds et mon cœur de plus en plus léger. Sonia me souriait :
« Voilà, relaxe toi. Sens-tu comme tes muscles deviennent mous ? Tu ne peux déjà plus bouger tes jambes. Tes bras vont bientôt les rejoindre dans le monde du sommeil éternel. Laisse-toi aller. Tu te sens bien.
- Oh oui, je sssuis bien… Telllllllemmmmmment bien… Mais mes… mmmm…
- Oui, tu es bien. Relaxe-toi. Rien ne va plus t’arriver. Tu es bien. »
Et effectivement, j’étais bien. Aucun remords, aucun stress, aucune idée négative. Je tournais une dernière fois la tête vers mon épouse si heureuse qui me souriait et ses mots me parvinrent difficilement :
« Dors mon cœur. Dors. L’heure est venue de payer… »

12/04/10