Tout chez l'œuf, on...
" Mais je te dis que ça ne risque rien, mais après tu fais comme tu veux, si tu préfères jouer à faire la merde posé sur ton cul, hésite pas, tu restes là, t'attends, tu pègues, tu crèves, c'est pas mon problème, mais viens pas te plaindre si retrouves tout seul avec ta main comme seule amie...
- J'ai donné mon avis, ça pue ton truc, et question merde, tu vas t'y retrouver jusqu'au cou, alors c'est plutôt toi qui devrais pas venir te plaindre par la suite."
Ah, je n'aime pas avoir tort. Cette difficulté de revenir sur une idée, baisser les bras, s'avouer vaincu, renoncer, abandonner, ancrer ses propos dans l'erreur, reconnaître son imperfection, ses faiblesses... son humanité... je n'ai jamais été bon à ça...
Il y a pourtant quelque chose que je commence à comprendre. Je n'apprends pas de mes erreurs. Je n'y arrive pas. Je me suis construit une sorte de carapace réfléchissante où les soucis rebondissent et disparaissent dans le néant. Du moins c'est ce que j'ai toujours voulu croire.
Une sale journée ? Mais c'est pas grave, demain tout sera oublié et je serais le même bloc de granit avec ce sourire ignorant. La vie est belle. Tout roule impeccable. Ce n'est que du bonheur.
Et voilà qu'un jour je découvre le fond du trou. Je pensais y avoir traîné suffisamment longtemps pour pouvoir l'appréhender tout en douceur. Mais je me trompais. Encore une fois. Le fond, je ne l'avais jamais vraiment effleuré. A toujours fuir, je passais au-dessus et y jetais les ennuis du jour. Ainsi je pouvais continuer tranquillement mon chemin fleuri sans regarder ce qui se passait derrière.
Et puis voilà, il arrive un moment où le fond est tellement rempli qu'on ne peut plus le survoler. On se cogne dans un immense tas gluant sans issu. Et on coule, coule, lentement vers le véritable fond. Forcément il est bien plus difficile d'affronter une montagne qu'une petite bouse, mais sur le moment, on préfère oublier. Vivre au jour le jour. Garder le sourire. Carpe diem. C'est ce qu'on me conseillait aussi. J'ai dû mal comprendre ou mal appliquer la leçon. Pourtant je savais qu'il fallait se méfier mais trop gentil, trop bon, trop con.
Donc me voilà, à croupir dans la moiteur d'un puits que personne ne trouvera jamais. Pas une âme qui vive à au moins vingt bornes. Pas moyen d'escalader. Pas moyen de bouffer quoique ce soit. Même l'herbe refuse de s'aventurer dans ce traquenard. Même l'herbe est moins conne que moi...
Heureusement que j'avais mon petit sac salvateur avec moi. Comme toujours. Une bouteille d'eau... bien que l'eau soit le seul truc qui ne manque pas ici. Deux barres de céréales, que j'économise bêtement, avec un semblant d'espoir. Ce misérable cahier où j'avais l'habitude d'écrire les idées potentiellement intéressantes et qui conservera mes dernières pensées... non pas qu'elles valent le détour, mais les écrire m'aide à passer le temps plus sereinement. A éviter de me taper la tête contre la paroi pour en finir plus rapidement.
J'ai aussi ce stylo presque vide qui me permettrait de m'ouvrir une veine ou la carotide, mais je suis tellement douillet que je ne ferais que m'égratigner et rendre la fin encore plus douloureuse. Alors je préfère l'utiliser dans sa fonction première...
J'ai aussi mon appareil photo, qui me permet de prendre des photos de ma face pour constater la dégradation flagrante et fulgurante de ma face de cake avarié. Je peux également constater que si les premières photos comportaient un certain humour, celui-ci à tendance à s'évaporer encore plus vite que ma rage de vivre. Je commence à me dire que j'ai bien mérité toutes ces conneries, que je n'ai que de regrets pour toutes les fois où je me suis comporté comme un con. Fuir, fuir, fuir... il n'y avait qu'un endroit sordide comme ici qui pouvait me permettre de constater le désastre que j'avais été et suis encore pour les quelques prochaines heures.
En fait, je ne vais rien regretter. J'ai oublié mon existence toute ma vie, je ne vais pas me mettre à l'affronter dans ses derniers instants. Allez, encore une photo avec le sourire, ça fera de mal à personne. Une photo et je vais dormir, la lumière commence à se faire trop discrète, l'eau est vraiment glaciale je ne pense pas que j'aurais la force de sourire demain matin... si je passe la nuit... et à quoi bon la passer ? Si ça pouvait se finir dans mon sommeil je mourrais presque heureux... aussi heureux que je l'ai été... aussi malheureux aussi...
Alors à demain... si le diable existe...