Raidi hors blouse, note
Je bouffe du griot, du griot, et encore du griot. Pas la cerise, non, mais le conteur africain. D'ailleurs, il n'est pas rouge mais bleu. Bleu comme le blues. Bleu comme les fleurs. Mais pas bleu comme l'apprenti.
C'est de la musique rythmée, c'est du talent de tous les côtés de l'oreille, mais c'est du miel. Il raconte des jolies histoires qui émerveillent mais pas qui réveillent. Je rêve de polémiques, d'attaques politiques, d'agressions linguistiques, et là ce n'est que de la musique et des paroles sympathiques.
Mon taf, c'est l'image, l'image qui bouge, qui danse, qui parle... mais je la fait bouger selon les souhaits. Un enfant qu'on met au monde mais que l'on retire immédiatement de la main des parents. Si ce dernier devient un assassin vingt ans plus tard, les parents biologiques seront-ils responsables ? Et pourtant je sens le poids de la culpabilité devant ces images où coule mon sang mais pas mon enseignement.
Aujourd'hui, je peux encore choisir. Le cœur du griot a bon fond et la création finale regroupe deux esprits en collaboration pour le meilleur. Peu de sacrifices. Aucune honte dans les plans et le montage. Et surtout un véritable plaisir amical de créativité et d'enfumage.
Demain, lorsque l'argent aura complètement abandonné mes poches déjà maigres, je devrais fermer les yeux. Retour à l'esclavage moderne. La démocratie du "cause toujours". Se rabaisser, s'aplatir, se taire, pour donner vie à l'inanimé, l'inexcusable, le vendu, le vendeur, le propagandiste... triste perte de contenu et contenant... car les gens veulent qu'on lave les têtes avec du vide en vidéo pour pouvoir se lever le lendemain et aller bosser sans se questionner...
Après-demain en revanche, lorsque le verre sera plein, la rage débordante, la culpabilité trop lourde, alors je sortirais de mon lit douillet à l'odeur de merde et je marcherais avec arrogance vers le conflictuel... mon corps supportera les coups car mon esprit aura durci son armure pendant ces méprisables années... et j'avancerais, droit devant moi, ou en courbes vicieuses, pour terrasser cet ennemi que nous avons laissé se dresser au milieu du chemin de la liberté...
Il faut donner pour recevoir... je donne peu, mais alors qu'est que je reçois... pour le moment j'encaisse les baffes afin de mieux tout rendre lors de ma sortie du coma... alors préparez les joues, il y a des revers qui approchent... ça va partir bien moyenâgeux... fini le sournois contemporain, retour à la base de l'arbre généalogique pour du carnage dégueulasse... ou de la poésie désespérée... qui vivra ne mourra pas...