mercredi 15 décembre 2010

Père Iode, glas hier

Une température glaciale, l'impression d'avoir une peau de marbre. Les nerfs constamment tendus. Les pupilles atrocement dilatées. Les âmes deviennent des ombres. Les odeurs se figent dans l'air mais l'on sent la mort qui rode. Patiente et attentive. Elle nous guette. Sachant la victoire inévitable sur nos misérables carcasses.
La nourriture est notre seconde pire ennemie. Sans aucun de mèche avec le climat, elle semble si rare et si faible. Plus rien de gras. Plus rien de solide. Plus de goût. Plus de renouveau. Un simple et unique repas éternel et lent. Une marmite de bouillon sans fond. Des bols semblables. Du vide avec une forme et une petite consistance. Un bol que l'on tentera tous de finir avant d'en finir avec nous-même.
J'ai déjà vu partir deux compagnons. Littéralement partir. Leur esprit quitta soudainement leur corps. Alors ces derniers, n'ayant plus de maîtres, se mirent à marcher droit devant eux dans la neige et la tempête. En moins d'une minute on ne discernait même plus leur fantôme.
Ensuite j'ai tout un tas d'anciens êtres humains se mutiler, se dévorer entre eux, se suicider en groupe, et d'autres choses sans nom... Tous ces gens avaient le même regard. Vide, sans espoir, sans croyances, plein d'incompréhension. Et malgré les dix années qui se sont écoulées depuis le grand manteau blanc, personne ne s'y est habitué et personne ne croit vraiment à des jours meilleurs. Je ne pourrais pas définir ce qui nous maintient en vie. L'abandon semble total, et pourtant nous continuons d'exécuter les tâches de survie minimum. Des zombies... rien de plus...
Je continuerais à survivre et ces petites notes me permettront de rester un peu connecté avec la réalité et les souvenirs de notre ancienne vie. Je n'arrêterais que lorsque le dernier homme aura donné son dernier souffle...
Le silence...
… et ma respiration...

14/12/10