jeudi 16 décembre 2010

L'eau m'a à battre

" Je ne saurais tolérer pareil langage dans mon humble et paisible demeure. Je vais donc avoir le désagréable regret de vous raccompagner à la porte. Mais ne m'en veuillez point, vous êtes responsables de votre propre sort. J'ai eu la bonté de bien vouloir vous accueillir dans mon édifice festif et vous en avez atrocement profité sans la moindre honte ni respect. Ce triste châtiment n'est que juste payement pour un tel comportement. Je sais d'ailleurs que l'absence de ma délicieuse personne sera inévitablement votre seconde peine. Dès lors, toute rancune sera dissipée et votre désir de pouvoir me voir et m'ouïr à nouveau l'emportera sur les autres émotions futiles et faiblardes dont vous êtes dotés.
Mais je parle, je parle et je vous vois commencer à vous ennuyer, à vous interroger sur le sérieux de mes propos, et ce n'est pas raisonnable. La sentence a été donnée, on ne peut revenir sur la parole du maître des lieux, alors il faut appliquer ce qui fût dit. Je vous prierai donc de regrouper vos affaires dans le calme le plus complet et de vous diriger avec la même quiétude vers la sortie. S'il vous plaît, ça ne sert à rien de parler, de se plaindre, de quémander ma grâce, vous avez entendu le jugement, merci de vous y plier. Voilà, faites comme vos camarades, la petite veste sur le canapé, le sac sous la chaise, voilà, on garde le rythme, c'est bien tout ça. Maintenant, par là. Allons-y, on ne rouspète pas, je vous ai déjà dit.
Parfait, tout le monde a ses affaires ? Et bien, passez une bonne fin de soirée, dormez bien, méditez sur votre attitude, corrigez votre diction et vos paroles, ensuite nous pourrons tenter de nous fréquenter sur des bases plus solides. Au revoir mes chers amis.
- Heu Sam... le truc c'est qu'on est pas chez toi là... c'est chez moi et j'ai pas envie que tout le monde se barre maintenant... En plus personne a rien fait de mal, t'as trop picolé, encore une fois... Je t'ai demandé d'arrêter ces comédies de Louis XIV, c'était marrant au début, maintenant ça me fait peur...
- Par la couronne qui se dresse sur ma sainte tête. Que veux-tu péon ? Ne crois-tu pas en avoir fait suffisamment pour ce soir ? Il te faut en rajouter en insultant ta seigneurie ? Tu veux que je te fasse jeter dans mes geôles ? Avec cent coups de fouet ? Ou deux cents peut-être, tu m'as l'air bien échaudé ?
Mes gardes, mes gardes. Venez m'ôter cette vision de décadence. Mon propre peuple me donne la nausée, demain je ferais abattre la moitié des hommes, cela ne peut plus durer ainsi, j'entends les anglais qui se moquent de nous dès que le vent du Nord se lève.
- Bon, sa seigneurie ira bien s'allonger cinq minutes avant de revenir aux nombreuses affaires qui l'appellent. Suivez-moi mon bon roi. Voilà, on se tient à mon bras, on essaie de pas vomir, on garde le bec bien clos, et on avance. Voilà, encore trois pas...
- Halte... mais que fait ma garde ? On kidnappe le roi... à l'aide... un lit... à l'aise... oui, voilà, allongé, ça va mieux... que mon armée soit prête à mon réveil, le sang va couler, ma vengeance... holala, terrible, ma vengeance... hop hop hop, un carnage, on va rire, ah qu'est-ce qu'on va se marrer... au réveil... voilà, comme ça, au réveil...
- Bon, les amis, désolé pour ce petit interlude théâtrale, que la fête reprenne et dès l'aube nous décapiterons ce bon vieux roi qui nous exploite ! Vive la République !"

15/12/10