jeudi 2 décembre 2010

C't'étagère bée

De l'urine verbale, de la petite pisse lexicale, de la grosse merde littéraire, de l'ignorance lexicale, ce n'est pas ce dont à quoi j'aspire et pourtant je m'y noie jusqu'au coup, je patauge dans ce sérieux faussement intellectuel, dans ces excréments expérimentaux qui voudraient porter le blason de la révolution génialissime...
Plus je fréquente des personnages cultivés et plus je me vomis dessus et sur eux par la même occasion. On se fout vraiment de notre trogne mais avec une telle sévérité qu'on ne parvient même pas à se détacher de cet univers grandiloquent qui se proclame savoir suprême et absolu.
" Oh mon Dieu, mais quelle vulgarité...
- Que c'est mauvais, ces tentatives de modernisation de notre belle langue immuable.
- Mais quelle honte de se répandre ainsi dans un tel ramassis d'ignominies simplistes sans profondeur ni fondement.
- Un bel essai qui ne mènera sans doute nulle part non pas faute d'essayer mais plutôt par un manque de talent évident.
- De la littérature populaire pour les pauvres qui malheureusement ne lisent pas et entraineront cette œuvre dans le néant qui les attend eux-mêmes.
- Si Frédéric Dard écrivait pour les ménagères en se moquant avec arrogance de l'Académie, celui-ci écrit pour encore plus dépourvu de culture qu'il ne mérite même pas qu'on en parle.
- Bla bla bla, voilà qui résumerait à merveille ce torchon de mots qui insulte nos si grands écrivains.
- De l'anglais, du français, de l'espagnol, encore quelques langages et nous aurons la paix universelle pour que plus jamais ne se reproduise ce genre d'infamie."
Mais allez-y, vomissez tant qu'il vous plaira. Car si vous pouvez vomir c'est que votre estomac est déjà trop plein. Les critiques et lectures des plus Grands me permettent de poser en numérique ce que ce monde refuse de voir et d'affronter. J'en paye un tribu bien lourd par des formes épuisées, des idées usées, des sens vides, une légèreté enfouie sous terre et un humour terrassé.
Que suis-je devenu en voulant ancrer l'ironie de tous les jours sur du papier vierge d'espoir et à l'avenir limpide ? Je me rends compte d'avoir perdu quelque chose dans cette irréalité mais également dans la réalité quotidienne. Je me suis alourdi. Mes doigts écrasent le clavier avec une lourdeur abominable. Mon cerveau s'est enfermé dans un recoin livide de l'existence. Je boude constamment. Je n'ai plus la force ou l'envie de rire. Je n'ai plus l'envie ou la rage du monde pourtant si drôle. Moins blasé qu'avant et pourtant sans motivation. L'exception ne semble plus exister aujourd'hui. Tout est plat. Je suis passé des torrents joviaux de la joie sans désir à la plaine aride de la satisfaction universelle. Il n'y rien de bien joli à voir ici. C'est le calme. Il ne se passe rien de non prévisible. Il ne se passe rien tout court. On se masturbe en groupe sur la généralité flagrante. On applique bien gentiment les règles centenaires. On s'abaisse, s'agenouille, se courbe, se plie, accepte l'esclavage et refuse le défi, on bande mou et c'est tout.
J'étais bien mieux avant toutes ces conneries. J'aimais tellement emmerdés le galvaudage et les lois, me moquer de ce sérieux coincé du cul qui défini les règles de la beauté et du plaisir, et malgré tout, aujourd'hui, je baisse mon pantalon et attends calmement le gourdin que l'on me glissera dans l'orifice fécal...
S'il vous plait, je vous prie, approchez, n'ayez pas peur, amenez votre quenelle, qu'importe la taille, je suis prêt, les fesses bombées, je suis ouvert à vos principes fondamentaux, je les accueille à cul ouvert, je suis là, j'attends, alors allez-y, enculez-moi...
Foutue chienlit, dans quel bourbier me suis-je avancé, je ne souhaitais pas grand chose, juste offrir et voilà que j'ai perdu ma liberté mais gagné un superbe paquet de chaînes rouillée qui m'empêche de me marrer comme avant. Mes bouteilles de picrates ont toutes le même goût, mon rhum est industriel et sent pisse même coupé au jus d'orange, mes clopes me pourrissent les poumons et la gorge sans soulagement, les chattes sont sèches comme le désert en été, les films de boules sont surzoomés, le soleil est glacial, l'herbe est verte pâlichonne, mon basilic végète, et mon chat gerbe ses boyaux sur les tomettes... J'en viens à regretter le bon vieux temps sans illusions, sans espoir, complètement libre et ironique... Je n'ose imaginer l'année à venir... et les possibles autres à suivre... Rendez-moi mon innocence et ma dérision... laissez-moi chier tranquillement en lisant du Céline et en me fendant la gueule, peinard sur mon trône... saloperie de sérieux, crève la bouche ouverte, personne ne regrettera...

01/12/10