Caisse qui tue, rat conte...
La neige s'abat sur le pays, écharpes et gants sont de rigueur, fumée qui sort des bouches tremblantes, la tête rentrée dans les épaules, l'amabilité semble être parti hiverner et l'amour s'est envolé pour l'autre hémisphère, bien au chaud...
Les soupes sont les bienvenues. Seules amies qui réconfortent réellement l'âme et le corps. Tout le reste est givré. Tout le reste est déjà loin. Le réchauffement climatique a cette fâcheuse tendance à refroidir les hivers. Aujourd'hui c'est pire que jamais. Demain qu'est-ce que ce sera ? Et cette capacité à oublier si rapidement les moments horribles n'aide pas beaucoup à s'habituer. La surprise annuelle. La mauvaise nouvelle récurrente.
Bon, note pour plus tard : ça ne sert à rien de remuer ces idées nocives dans sa tronche. On sait très bien que l'hiver est difficile, mais il y a des gens qui crèvent de froid dehors, d'autres qui crèvent de faim, et certains, les deux... alors un peu de respect et relativisons...
Il y a un an je souffrais le martyr, je perdais un poignet, tétanisé par la douleur, les jointures titanisées, la liberté presque disparue, l'espoir d'un jour meilleur inexistant, et puis tout s'est lentement dissout dans les vagues du temps... je sais que j'ai souffert mais je ne parviens pas à me revoir, à ressentir à quel point, à mesurer correctement ce passé... mon cerveau n'a pas enregistré cette information, il l'a jugée inutile, il l'a jetée, il a gardé le souvenir de ces vacances inattendues... rien d'autre... seul la joie est restée, comme si le passé était constitué d'instants jouissifs entourés de néant. Je n'existe vraiment que lorsque je suis heureux ? Le reste du temps je ne suis qu'une coquille vide qui flotte sur une rivière calme menant à de vertes prairies où broutent de jolies brebis...
En un an, j'ai perdu ma femme, mon poignet droit, mon taf... il y a un an je pensais qu'ils étaient ce qui me définissait et puis, les jours passants, les expériences nouvelles se produisant d'elles-mêmes, j'ai été redéfini... toujours le même mais pourtant différent... il n'y a que la mort qui entraîne une perte définitive... le reste n'est qu'évènements, surprises, espoirs, désespoirs et plein d'autres trucs plus ou moins sympas...
Décousu... conflit d'émotions... bagarres de sensations... un fouillis de pensées... un beau petit bordel interne... mais le temps passe et ce n'est pas ces petites interrogations qui l'arrêteront... voilà au moins une bonne nouvelle...