Sans, ti es de là, l'hache thé
Un regard, une réalité violente qui parcourt mes veines, une sensation de désolation intérieure, au fur et à mesure qu'avance la soumission à cette paire d'yeux tranchants comme des lames de cutter. Je sens le désert s'étendre dans mon corps, la sécheresse remplace la flotte qui me composait... vais-je m'écrouler, statue trop ancienne, trop passive, qui se contente de subir les ravages du climat. Je ne peux déjà plus remuer, mon cœur se ralentit inexorablement. Ma volonté n'existe déjà plus, esclave volontaire prisonnier de son propre à l'inactivité. Croyant choisir la voie la plus simple je me suis engagé dans un sens unique qui se referme derrière moi. Le sol se modifie à chaque pas, d'une douce herbe verte des charbons ardents sont apparus, éparse au début, mais je vois bien qu'au loin il ne reste qu'eux, dominants destructeurs de la paix, je paye à présent ce mauvais choix.
Il y a bien cet immense oiseau qui plane bien haut dans le ciel au-dessus de ma tête mais je pourrais dire s'il s'agit d'une géante colombe salvatrice ou d'un vautour patient qui connaît mon avenir. Le soleil m'empêche de le discerner correctement et me brûle les rétines à chaque tentative. Je ne crierais pas au secours. Je ne pourrais d'ailleurs pas, mes cordes vocales honteuses refusent de m'obéir et se moquent de moi d'un rire intérieur arrogant et sincère. Il n'y a pas de pitié dans ce lieu sans issu, parce que personne ne la mérite. On hérite de ce que l'on ne souhaitait pas méditer. Un simple obstacle que l'on ne veut pas franchir, une tentative de détour simpliste et nous voilà enfermé dans la sphère obscure de la lâcheté. On aimerait pouvoir se racheter mais il est trop tard, il n'y a plus rien à vendre ici et mon âme ne m'appartient plus. Je n'ai plus rien à offrir si ce n'est ce rire sans espoir qui dépose le point final à la fin de ma réponse idiote à la question complexe de l'existence.
Voilà, j'arrive au bout de mon chemin, mes pieds carbonisés ne quitteront plus jamais ce sol, je n'ai plus qu'à attendre que mes genoux cèdent et laissent tomber le reste de mon corps dans les braises punitives. Alors je m'enflammerais une dernière fois et ma conscience pourra se dissoudre et disparaître pour toujours. Ce n'est qu'un pauvre moment à passer, l'obstacle final, sans suite, sans continuité, sans autres épreuves, rien que le vide, rien. Mes jambes tremblent, l'instinct de survie envoie ces ultimes ressources pour me maintenir debout mais je sais qu'il ne tiendra pas longtemps. J'aimerais qu'il renonce comme j'ai renoncé. Qu'il abandonne enfin ce combat perdu d'avance car c'était au croisement de la facilité et du courage que j'avais le plus besoin de lui mais qu'il n'a point pipé mot. Tous ces maux, il les a mérités autant que moi. Renonce, renonce et viens avec moi dans l'éternel néant.
Mes genoux cèdent... je sens le vent dans mes cheveux, une descente vers la rivière de lave... pourquoi dois-je vivre ce dernier instant au ralenti ? Des images fusent dans ma tête rafraichie par la légèreté de l'abandon... Devrais-je avoir des regrets ? Je n'en ai aucun, tout a été mérité... Ce sort est mien... je l'ai su lorsque la peur m'a fait tourner les yeux vers la verdure... impact avec le sol... mes mollets se réchauffent si rapidement dans cette lenteur extravagante... il ne me reste plus qu'à balancer mon torse vers l'avant et tout sera fini... mon dernier geste... la dernière étincelle de volonté... le souhait que tout s'arrête... lutte contradictoire face à l'instinct primaire... je force pour basculer en avant... une simple pression et la gravité s'occupe du reste...
Voilà, c'est fait, je peux fermer les yeux et apprécier la douleur brûlante qui va dévorer mon corps... Mais quelque chose se referme sur mes épaules... sert, et sert encore, puis me tire vers le haut... la pesanteur est impuissante, mon être se soulève... je sens le vent, plus fort... si je pouvais encore sentir mes pieds je pense que je ne sentirais que le vide sous eux... le vent est si frais, si revigorant...
Ce n'était donc pas un vautour...