mardi 30 novembre 2010

Lame ou raie, terne hell

L'amour m'a rendu toutes mes émotions,
Ce grand amour, que l'on hurle sur les toits,
Que l'on vante, que l'on cherche, que l'on envie,
Mais qu'en savent ceux qui en parlent tant ?
J'étais désintéressé de tout, plus libre que le vent,
Sans tristesse, sans peur de la perte, sans honte,
A présent je crains tout, je tremble, je brûle,
Je me sens consumé par toutes ces choses oubliées,
La paix m'a quitté, l'amour est entré avec son armada,
Il dominait cette armée, plein de charme et de promesses,
Alors je l'ai laissé entré, je l'ai accueilli à bras ouverts,
Mais lorsque j'ai pu voir les fléaux qui le suivaient,
Il était déjà trop tard, la porte ne pouvait se fermer,
Haine, colère, rage, violence, souffle ardent de destruction,
Il n'y a pas assez de place pour cet amour,
Il faut faire le vide tout autour de lui, d'elle, de moi,
Je souhaite le néant pour pouvoir le remplir,
Mais rien ne cède, tout est si solide et statique,
Inébranlable façade de pourritures suintantes,
C'est dans le fumier que poussent les roses,
Mais cette odeur m'empêche d'en apprécier la beauté,
Elle me pique les yeux, me fait serrer les points,
Une assiette, un verre, une bouteille, une chaise,
Des livres, des bibelots, une armoire, des vêtements,
Tout s'envole dans ces pièces exigües,
Tout y passe et mes mains prennent tant de plaisir,
A lancer ces objets idiots pour les voir se briser,
Se mélanger, se corrompre, mourir, ou juste s'allonger,
Méprisables matières sans intérêt, sans réflexion,
J'aimerais pouvoir les écraser tous en même temps,
Leurs faire subir la puissante rage de mes mains haineuses,
Mais ils sont si stupides qu'ils s'y refusent et regardent,
Sans expression, dans le fond de mes yeux rouges,
Je les entends presque rire de me voir ainsi,
Mais il est trop tard, la porte a été ouverte,
On m'a expulsé de mon château d'insouciance,
A présent je ne peux plus y retourner...

Je nage de toutes mes forces dans cette mer d'amour,
Je ne souhaite qu'une chose, en sortir, retourner sur la terre ferme,
Car les poissons carnassiers qui y vivent veulent ma peau,
Il n'y a pas d'humour dans cette pataugeoire,
Que des émotions changeantes comme le climat,
Parfois c'est le grand calme, un superbe soleil me réchauffe,
Mais à d'autres moments, la tempête m'emporte,
Je peste contre cette flotte salée qui me déchire la gorge,
Les habits trempés qui me collent comme pour m'étouffer,
Et le ciel qui se me pousse à hurler ma colère,
Un défit, je suis plus violent que lui, plus fort,
Plus sincère, plus vrai, unique, et je le surplomberais,
Un jour je serais au-dessus de lui pour lui pisser au visage,
L'amour m'a trouvé et s'est posé sur moi comme une armure,
La colère est mon épée de feu qui nettoiera ces eaux,
Le sérieux est mon bouclier qui renvoie les crachas du ciel,
Je suis le pitoyable grand chevalier plein de peur et de violence,
Pour conserver ce misérable présent je détruirais le reste,
Mon fléau ne s'arrêtera que lorsque le vide aura repris ses marques,
ô Amour, je te hurlerais sur les toits,
ô Amour, j'anéantirais ceux qui parlent de toi,
ô Amour, je suis ton étendard, et seul je te préserverais,
Car tu ne peux exister qu'en nous deux,
Car je t'ai accueilli à bras ouverts avec ta terrible légion...

29/11/10