mardi 16 novembre 2010

Guerres, ils ont

Le jeune génie décida rapidement de synthétiser la toxine venue de l'espace en très grande quantité et de la répandre dans toutes les sources d'eaux potables et dans l'air grâce à des ballons atmosphériques. En moins d'une année la moitié de la population était contaminée, les guerres prirent naturellement fin, plus personne ne voulait faire de la pub ou des bénéfices, les banques et le commerce s'effondrèrent, l'être humain redécouvrit le plaisir de la culture et de l'aide collective. Tout le monde participait collectivement à un effort pour que la nature reprenne sa place dans une euphorie jamais connue sur la planète. Les derniers Hommes non contaminés attrapèrent le virus simplement par contact avec ces individus joyeux et le bonheur gagna la totalité du globe.
Seul le jeune chercheur, qui approchait les cinquante ans s'était volontairement protégé des effets de la substance pour garder le même désir de connaissance et d'analyse. Après avoir constaté les résultats merveilleux dont il était en partie responsable, il lui vint la terrible sensation que dans un tel bonheur, sans nuisances, sans peur de la mort, sans envie d'en savoir plus sur l'existence, l'Homme ressemblait à un vulgaire animal rieur et niais. Pour avoir conscience de son bonheur, il faut avoir connu le malheur. Or, ici, plus personne ne se faisait de soucis. Il chercha donc l'antidote dans les restes de son laboratoire isolé. Il fallait tuer la bactérie sans nuire au reste du corps. Avec son génie, cela ne pris que quelques mois. Derrière son microscope la toxine disparaissait sans laisser de traces en laissant toutes les cellules intactes. Il commença donc à produire son remède en énormes quantités dans une immense cuve. Comme il ne possédait plus suffisamment de moyens pour le répandre sur toute la planète il le modifia pour celui-ci se mêle à l'air ambiant et s'envole avec l'aide du vent.
Le 23 mai 2049 il ouvrit la cuve et un triste nuage gris s'évapora dans l'atmosphère. Les premiers individus atteints semblèrent sortir d'un rêve et reprirent conscience de leur existence. Malheureusement, l'envie de retourner dans le rêve étant bien trop forte ils commencèrent à massacrer avec une violence abominable ceux qui étaient encore heureux de vivre. Le remède mis plusieurs mois à parcourir le globe, la mort l'accompagnant de près. Le pauvre chercheur compris qu'il était bien trop tard pour appliquer un tel remède. Avoir conscience de son bonheur après avoir connu le malheur est une chose, mais perdre un bonheur sans questions et se retrouver face au non-sens de la vie était bien trop dur à supporter pour les êtres humains. La population planétaire se suicida ou extermina son prochain dans une rage incommensurable et la majorité des êtres humains disparue rapidement de la surface terrestre. Les derniers survivants, sans intérêt pour la procréation, continuèrent à errer sans but, se nourrissant tout juste pour maintenir leur squelette debout, jusqu'à ce que la mort les arrache à ce monde dévasté.
Le coupable du désastre mourut le dernier avec un sourire sur le visage. L'Homme était trop imparfait pour pouvoir s'adapter à l'univers avec un certain respect pour lui-même... il mourait en sauveur...

15/11/10