Trou bleu passe âgé
Victime d'une sorte d'entourloupe que j'ai toujours du mal à saisir. Quelque chose de plutôt athée je dirais. Je revois bien tranquillement assis dans mon fauteuil aspirateur. Le téléphone sonne. Je réponds. Tiens un pote qui veut aller se boire une petite bière à la crèmerie du coin. A deux pas. Un effort minime pour une petite joie facile. Je dis d'accord. Sans chercher beaucoup plus loin. J'enfile une paire de pompes. Pognon, téléphone, clés. Je suis prêt, j'y vais.
J'arrive le premier mais une connaissance traîne au bar. Je salue. Commande un pastis. Commence la discute. Ça me cause d'une soirée à côté. Avec jolie terrasse feuillue. Alcool et bonne humeur. Mon pote débarque à deux de tension. Salue. Commande. Se mêle à la discute. Cette histoire semble le réveiller un peu. Il propose qu'on picole un peu ici histoire de se donner la pêche et qu'ensuite on se joint à la fête. Vote unanime. Les verres s'enchaînent. La mémoire se trouble.
Dans un hamac avec un verre de trucs exotiques à la main. Une grenouille qui me croasse des paroles que je ne comprends pas. Je rigole. M'arrose le gosier. Pas dégueu. La lumière s'évapore.
Allongé dans la pelouse. Une bouteille de whisky à la main. A moitié pleine. Je descends une rasade pour me raccrocher à la réalité. Je suis entouré de grenouilles. Elles croassent en chœur. Elles gloussent aussi. Je m'entends parler mais je ne parviens à saisir les mots. Elles gloussent encore. J'en embrasse une, dévoré par une envie soudaine de goûter ces ravissantes créatures. Elle est délicieuse. Je me retourne et goûte la seconde. Elle est encore meilleure. Je me rafraichi avec le sky. Je me sens bercé. Caressé de toutes parts. Je ferme les yeux.
L'impression d'être sur des montagnes russes. Des spots de toutes les couleurs me flashent la gueule. Mon corps gesticule dans tous les sens sur le rythme des vibrations dans le sol. Il y a foule dans cet endroit que je n'arrive pas à bien distinguer. Je transpire. J'ai soif mais je n'ai rien dans les mains cette fois-ci. C'est plutôt sympa cette danse. Et j'ai l'impression que tout le monde est à poil ou à caleçon. Des seins qui rebondissent dans l'air sur la droite, sur la gauche et droit devant. Tiens, voilà une paire qui m'offre un autre cocktail tropical. Ça se boit tout seul et ça réveille bien. Je commence à reprendre conscience. Je me frotte contre ce corps rosé et charnel qui se dandine si joliment devant moi. Et le monde repart en fumée.
Il fait jour. Le petit matin je dirais. J'entre dans une boulangerie, tiré par les deux grenouilles de l'autre rêve. Elles commandent tous les gâteaux et pâtisseries qu'il existe sur la planète. Je rigole. Elles gloussent et croassent. On se retrouve tous les trois autour de ma table de salon. Café et croissants. Je suis tellement fatigué mais tellement bien. Le café me réchauffe. On se glisse sous les couvertures. La poche de chaleur démarre. Le sommeil ne se fait pas attendre.
Et là je me réveille. Le plafond me fixe. Je repense à tous ces rêves et essaie de comprendre à partir d'où ils commencent. Une peau douce se frotte le long de ma cuisse. Une main fine me parcourt le torse. Une autre. Puis une autre. Et enfin une quatrième. Mes questions s'envolent.