Monte âge, Vie des hauts
On n'a rien à dire alors on cause... sauf aujourd'hui... plongé dans l'ambiance du tournage, du montage, immersion totale dans cet univers égoïste où autrui n'existe plus. Le monde n'existe plus que derrière les petits écrans de monitoring. Quel est ce personnage qui gigote sur le rythme de la musique et des paroles ? Ce n'est pas moi, c'est un double fictif venu de l'imaginaire. Il existait dans ma tronche et se dessine doucement sous mes directives. Moi, moi, moi et lui. Bientôt il n'y aura plus que lui. Plus réel que moi. La caméra ancre une personnalité étrange dans notre univers. Il vient d'ici, il se transforme au moment du "rec", et évoluera au fur et à mesure des "cut" et des "edit" pour devenir cet individu figé et pourtant tellement plus mouvant que moi.
Je l'ai rêvé, Sony ne l'a pas fait, c'est un de ses collègues qui m'aide et ce n'est pas un cadeau. La solitude n'est qu'un concept qui n'a aucune prise sur ce monde que je modèle. La concentration est si intense que les heures s'enfuient sous mon regard. Les repas sautent. Les amis poursuivent leur vie. Je ne suis plus qu'un fantôme. Une apparition dans la neige d'une télévision sans spectateur. Il y eu la recherche, maintenant il y a la création. Plus rien n'a d'importance en dehors d'elle. L'ectoplasme dépense toute son énergie avant de s'évaporer à la fin de cet acte imaginé mais pas imaginaire.
Ensuite, il y aura une autre phase. Celle du jugement. Sans intérêt pour le moment. Le monde sera le même qu'avant que je le quitte et restera le même après que je sois revenu avec cette chose venue d'ailleurs. Il n'y a pas de désir de changement. Juste un geste. Comme une partie de foot entre amis. Seul le ballon compte pendant la durée du match, puis, au coup de sifflet final, on retombe au même endroit qu'en entrant sur le stade. Il faut être à un niveau bien plus élevé pour pouvoir influencer les masses. Je suis tout en bas. Je n'influence rien mais je libère cette créature qui me ronge de l'intérieur et demande à sortir. Lorsqu'elle sera loin, il faudra juste se remettre à la recherche d'autre chose. Et peut-être qu'un jour, je tomberai sur cette créature lumineuse qui sera le petit grain de sable capable de briser l'immense machine mondiale pour en fabriquer une meilleure.
Mais pour l'instant, il n'y a que celle-ci, faible, presque vide, sans fond, qui sort à toute allure pour s'échouer dans la virtualité infinie. Elle hurle, se débat, implore pour sortir, alors je l'aide. Je l'aide pour que sa voix ne m'importune plus et que je puisse vite retourner à la recherche d'une plus belle. Car je le sais, elle est là, cachée, discrète, loin, très loin dans un recoin de ce cervelet en agitation. Et je refuse de m'abandonner à une vie concrète et monotone avant de l'avoir trouvée et faite sortir...