mercredi 20 octobre 2010

Gérant contré lu six fers

Un ami m'a dit qu'il avait croisé Lucifer et que celui-ci lui avait proposé d'acheter son âme. Mon ami a tout d'abord rigolé, mais il comprit dans le regard de son interlocuteur que ce dernier ne mentait pas et n'avait pas que lui à rencontrer, âmement parlant. Il considéra donc la proposition. Que pourrait-il souhaiter de si important qu'il sacrifierait l'éternité de sa mort ? Quelque chose qu'il ne pourrait pas acquérir par le travail, la chance ou une arnaque quelconque.
Après cinq bonnes minutes de réflexion qui décideraient du reste de sa vie et de sa mort, il regarda le diable droit dans les yeux et dit : " Je voudrais être une femme célèbre ! ".
Ce qu'il devint instantanément. Et bien que reine d'Angleterre n'était pas vraiment ce à quoi il pensait en faisant ce pacte, il me confit souvent qu'il est plus heureux qu'avant. Même si la mort est plus proche qu'auparavant et que l'enfer risque d'être difficilement agréable après une telle fin de vie. Il apprécie son nouveau rôle.
Il m'a raconté, un jour qu'il venait de recroiser le diable, que ce dernier lui a offert l'existence de la reine car elle avait fait comme vœu d'être un jeune opportuniste avec un beau corps. Il avait donc simplement inversé les deux esprits.
Plus tard, alors que je me promenais avec lui dans ses jardins, il m'arrêta brusquement et me montra un grand jardinier d'au moins deux mètres qui lisait un journal, allongé dans une brouette. Il me dit que c'était lui. Lucifer. Celui qui réalisait le souhait des opportunistes. Il me poussa dans sa direction pour que je puisse moi aussi avoir un vœu.
Le diable leva les yeux. Me dévisagea de la tête aux pieds et me demanda ce que je foutais devant son soleil. Il n'avait pas une grande pause et souhaitait profiter de la chaleur des derniers rayons du mois d'août. Mon ami lui dit que je souhaitais aussi vendre mon âme. J'étais un créatif, j'avais plein d'idées de bonheur, plein de concepts géniaux et mon âme devait surement valoir la peine d'un petit vœu.
Le diable reprit son étude de ma personne. Regarda mon ami et lui dit que je ne valais rien. Personne n'offrirait le moindre souhait à une épave maigrelette comme moi. Mieux valait voir du côté de Dieu, si lui ne pourrait pas avoir pitié d'une de ses si misérables créations. Ce dont il doutait, vu l'intérêt inexistant qu'il portait pour ces insectes.
Je libérais donc la vue du soleil à l'ingrat et quittais mon ami, le cœur lourd. La bouffe de château est décidément trop grasse pour moi.

19/10/10