lundi 18 octobre 2010

Bourré gym

- Mais calme-toi mon ami. Ce n'est qu'une idée que tu te fais. Tu imagines cette maladie, elle n'existe pas, concentre-toi et tu le comprendras. Ne laisse pas ton esprit jouer contre toi.
- Ta gueule vieillard. Je sens bien mon estomac qui tente de digérer tous mes organes. Je le sens tirer mon foi, mes intestins, mon cœur, mes poumons... Bientôt il s'attaquera à mes nerfs et aux muscles de mes jambes. Je ne serais alors qu'une pauvre épave allongée sur le sol attendant que mon estomac m'avale tout cru. Il faut que ça cesse. Il faut que je l'empêche. J'ai besoin de lui, mais il faut l'affaiblir pour qu'il arrête son processus d'absorption. Je ne suis pas un putain de plat principal. Je vais te le calmer ce salopard.
- Mais arrête de penser dans la même direction illogique. Te mutiler ne réglera aucun problème. Il faut que tu sois en accord avec ton corps. Écoute-le. Laisse le te guider, laisse-le te montrer ce dont il a besoin.
- Mais je vois bien de quoi il a besoin. Il souhaite ma mort et la sienne. Il veut mettre fin à ce régime drastique que je lui impose. Il veut de la bidoche. Du sang. De la mort. Il me ronge de toute part pour ne plus avoir à digérer le moindre légume. Je serais son dernier. Incapable de bouger. Dépossédé de mes organes moteurs. Une cible bien facile. Du sang, et encore du sang. Il me consume comme une cheminée joue avec les bûches. Je suis devenu son combustible. Il ne tolère plus mes principes, mes idées, mes convictions, mon amour de la vie, ma haine de la mort... Il ne me supporte plus. Il me digère...
- Bon... J'ai l'impression que tu t'emballes de plus en plus. Essaye de prendre un peu de recul. Si vraiment tu t'auto-digère, cela ne va pas se faire dans les cinq prochaines minutes. Alors, oublie ce qu'il t'arrive et pense plutôt à ton existence. Ton mode de vie. Ces fameux principes que ton corps te reproche.
- Je ne remettrais jamais mes principes en cause sous la menace de cellules stupides attirées uniquement par la propagation. Non, je serais un exemple pour cet univers. Je montrerais le chemin qu'il faut suivre. Je ferais renoncer les hommes à leurs destructions violentes. Je les ferais s'aimer et aimer le monde. L'harmonie est possible... Haaaaaaaa... Et ce maudit estomac qui continue... sans relâche...
- Mais, si tu dis que ces cellules s'orientent principalement dans un concept de propagation. Pourquoi tenteraient-elles de te tuer et par conséquent de se détruire elles-mêmes. Il y a quelque chose qui ne marche pas dans cette théorie.
- Mon attitude pourrait entraîner un changement général du comportement cellulaire à travers l'univers. Toute vie agirait dans le bien des autres et ainsi renoncerait à cette idée de domination sans pitié. C'est pour cela que mon estomac préfère se tuer que d'être l'initiateur d'un tel changement.
- En même temps, il n'a pas complètement tort. Le comportement et les actions de l'Homme sont de plus en plus complexes et tentent de prendre conscience de leur impact sur l'environnement. Il y a de plus en plus de contraintes, l'Homme cherche à maintenir un niveau de vie agréable tout en sacrifiant certains loisirs nuisibles. Il ne peut pas se transformer entièrement et oublier ces millions d'années d'évolution pour reprendre du début. Il faut faire un tri et continuer d'évoluer avec cet environnement altéré.
- Maudit sois-tu. Ces propos me donnent envie de vomir. Mais je n'ai déjà plus rien à vomir pour réagir à ce choc qui frappe mes oreilles. Ce sont aussi tes cellules qui parlent pour toi et tentent d'intervenir dans ce changement fondamental que je suis en train de démarrer. Mais je lutterais jusqu'à la mort, sans crainte, et même si je disparais, ma conscience influencera les générations à venir. Mon mouvement est inaltérable. Je suis un immense rocher descendant une montagne et je ne m'arrêterais qu'à son pied. Même mort je roulerais encore et encore.
- Oui... très bien... j'ai eu de la compassion, de la peine, de l'amitié pour toi, mais là je vois que tu souffres d'un truc pas propre dans la tronche alors je vais pas continuer. C'est pire que de causer à un mur. Et en fait tu sais quoi ? Je pense que j'ai envie de te voir te faire digérer par ton estomac. Rien que pour le principe. Par curiosité scientifique je dirais. Donc vas-y, garde bien toute cette merde en tête et fais-toi bouffer. Envois le spectacle, je suis au premier rang...
- Pauvre être asservi. Ton esprit n'est déjà plus en ton pouvoir. Chez toi les cellules ont agi différemment. Elles ont attaqué directement le cerveau pour que tu ne te rendes pas compte de ta captivité. Je ne peux rien pour toi mais mon action saura venger ton esclavage. Au revoir ancien ami. Nos chemins se séparent ici.
- Mais non, attends. Laisse-moi au moins t'accompagner sur ton lit de mort. Tu ne vas pas refuser à un pauvre idiot de veiller ton deuil ? Je serais muet comme ta tombe...
- Non, ce n'est plus la peine. Ma conviction et ton exemple d'abandon m'incitent à lutter plus âprement et à rester en vie jusqu'à ce que mon œuvre ne puisse plus être inversée. Cet estomac pitoyable n'aura jamais la force que je possède pour m'empêcher de changer le monde. Mon cœur ne s'arrêtera qu'à la fin de ma conquête et pas avant.
- Ah... ben c'est presque décevant du coup... donc tu fais quoi là ? Tu continues ton régime ? Une partie de cartes ça n'enfreint pas tes principes, ça te dit ?
- Heu ouais, une partie de carte ça me branche bien. Allons-y !

17/10/10