jeudi 30 septembre 2010

Rond rot ne ment mais si feu ment ?

Mais quel est donc ce bruit qui me vrille la conscience en tous sens ?
Ce n'était qu'un petit bourdonnement au début... brrr... brrr... qu'il faisait de temps en temps... j'aurais pensé n'importe quand, mais maintenant que j'y repense... il y avait un point commun à chaque moment... lequel ? Je ne sais pas mais je le sens...
Ensuite le bourdonnement devint un ronronnement... Au début intermittent puis doucement il devint constant... J'aurais presque pu trouver ça berçant si je n'avais pas eu besoin de toute ma concentration pour tenter de résoudre les vrais et faux problèmes de la vie... Moins je parvenais à me concentrer et plus le ronronnement devenait profond et présent... Mais je parvins à vivre ainsi pendant plusieurs années... de tristes et muettes années... Et je m'enfonçais un peu plus chaque jour dans l'incompréhension du monde jusqu'à ses plus simples bases...
C'est le jour où ces messieurs de l'État sont venus me rendre une morne visite dans mon maigre appartement que le ronronnement a commencé à muter. J'en étais bien entendu au point où je ne parvenais ni à entendre ce qu'ils tentaient de m'expliquer, ni à comprendre le sens de tout ce cinéma... En tout cas ils ont mis quelques unes de mes affaires, caleçons, chaussettes, pantalons et pulls, dans mon sac à dos et m'ont entrainé avec eux en prenant soin de garder mes clés... Impayés, redevable, dépossédé, plus rien, inconscient, irresponsable, grave, inadapté, très grave, irrespectueux, fou, associable... et ce bruit qui se transformait en sirène dans mon âme et qui m'empêchait de réfléchir, de tenter de comprendre... Un sifflement horriblement aigu qui ne permettait même plus de me mouvoir seul... sssiiiiippppp... sssiiiiiiiiiippp... et puis, dans un état proche du légume, le son a atteint son paroxysme... boommm ouuuiinnnnn... boommm booommm ouinnnnnn... si violent que mes yeux ne purent même plus envoyer d'informations à mon cerveau... une belle confiture dans la tête, c'est tout ce qu'il me restait... Je suis totalement incapable de dire combien de temps ce ramdam à duré car je n'étais plus dans ce corps pris d'assaut par un bruit que personne ne pourrait imaginer et dont je ne pouvais pas parler... Le supplice me tortura sans relâche... Si j'avais su jusqu'où irait ce son, j'aurais renoncé à la vie il y a bien longtemps... mais il était trop tard... tellement trop tard...
Et puis un jour, je ne sais pas pourquoi, le bruit s'est arrêté... ou mon esprit est parvenu à prendre le dessus et à l'ignorer totalement... Je pus recommencer à penser, à réfléchir, à jouer dans ma tête... mais uniquement dans ma tête car les seules images que je pouvais voir étaient celles que j'imaginais... mon corps ne bougeait que dans cet espèce de rêve où j'étais prisonnier mais libéré du son... je pouvais même fredonner, chanter, hurler sans que le bruit ne me gène... j'étais à nouveau vivant...
Et finalement, d'un seul coup, j'ai senti quelque chose glisser sous mes doigts... puis mes bras, mes jambes, mes pieds... le sens du toucher me revenait... le temps a commencé à reprendre ses droits et les journées me parurent atrocement longues et difficiles... lorsque la vue me revint, je découvris une pièce entièrement blanche et presque vide si l'on oublie les étranges instruments médicaux qu'il y avait... une charmante dame venait me rendre visite plusieurs fois par jour pour un entretien corporel relativement basic et m'offrir quelques paroles en tout genre... C'est elle qui remarqua que mes paupières bougeaient et qui ramena tout un tas de docteurs et autres énergumènes à peine humains... il me semblait avoir toute l'attention du monde rien qu'en bougeant mes paupières... j'étais heureux...
Il me fallut un an à partir de ce moment là pour pouvoir me servir de mes mains et de mes bras... les jambes refusant toujours d'obéir à ma volonté... et ma langue semblant bien trop lourde pour permettre un quelconque dialogue... mais au moins je pouvais écrire et donc communiquer... ces jours furent plaisants... je décidais donc d'écrire les vagues souvenirs de mon ancienne vie et de ce que j'avais pu ressentir jusqu'à ce jour... mais plus j'essayais de me rappeler et plus ma tête me faisait mal...
C'est alors que hier soir, alors que je forçais de tout mon être pour me souvenir de qui j'avais bien pu être, qu'un bourdonnement familier résonna très loin dans mon cœur... je n'hésitais pas un seul instant sur l'attitude à adopter et rédigeais rapidement ce petit papier... ceci est la marque de mon passage sur cette terre... ceci est un adieu...

29/09/10