dimanche 8 août 2010

Véto sur le lever tôt

A l'aide, au scandale, à l'attentat, à l'assassinat, je vous en supplie, interrompez cette agression sonore. J'avouerais tout, j'abandonne, j'abdique, je suis vaincu, anéanti, mort, incapable de bouger, prisonnier de mon propre corps, je ferais tout ce que l'on voudra si l'on arrête ce bruit de torture. Que voulez-vous savoir ? Répondez, bon sang... par pitié, ça ne se fait pas de traiter ainsi un pauvre être humain. Je ne peux même pas ouvrir les yeux, qu'est-ce que vous m'avez fait ? Répondez...
Oh, merci, vous avez éteint cette maudite sourdine assourdissante, étourdissante, pas ravissante un brun, qui me vrillait les nerfs et me paralysait la réflexion. Donc, maintenant, réfléchissons à la situation présente et passée. Je me rappelle être rentré de bonne heure hier soir... heu, de bonne heure ? Ah non, je me souviens, je pensais de bonne heure car il était en fait six heures du matin et je me suis donc dit il est tôt en m'effondrant comme une sale épave rouillée dans mon lit bordé. Je me souviens pas très bien ce qui a pu me mener à une telle heure en partant pour aller boire un petit pastis vite envoyé... j'ai du rencontrer quelqu'un qui m'a entrainé dans un enfer de degrés et de liquide, mais je ne vois pas qui... mes kidnappeurs ont sans doute dû me droguer, ce qui a effacé mes souvenirs de la veille... cela semble logique...
Donc mon dernier souvenir remonte à ce matin 6h... en supposant que je n'ai pas été sévèrement anesthésié pour m'aider à traverser la frontière vers un pays obscur d'Europe de l'Est et être revendu dans le même temps... dans ce cas il peut être n'importe heure de n'importe quel jour... et mes souvenirs ne me seront que de peu d'utilité... je suis donc mal parti... en revanche, si nous sommes bien le même jour et que je me trouve encore en France, il doit y avoir des personnes qui vont s'inquiéter de mon absence... Que devais-je faire aujourd'hui ? Aller bosser comme d'habitude... Donc mes collègues vont se faire du souci...ils m'attendent depuis 9h du matin... soit trois heures après être rentré chez moi... trois heures... trois ? Juste trois ?
Je me rappelle soudain les critiques de ma qualité professionnelle. Très bon effectif avec de nombreuses ressources et initiatives, mais avec un problème de ponctualité à résoudre rapidement... combien de fois suis-je arrivé en retard ? Combien de fois suis-je resté dans mon lit à dormir en oubliant cette saleté de boulot ? Resté au lit ? Resté à dormir tranquillement malgré l'alarme du réveil hurlant à plein speaker pour me sortir de ma transe relaxante ? Trois heures ? Je n'aurais dormi que deux heures avant d'entendre cette sonnerie ? Cette cloche alarmante qui détruit les rêves et profane l'activité cyclique de mon corps fatigué ? Mais, ne serait-ce pas ce son agressif que j'ai pris pour une manipulation de tortionnaire ? Cette paralysie de mes membres ne serait-elle pas la cause d'un manque abominable de repos ? Suis-je encore allongé confortablement dans mon lit à penser à ce non-sens et préparer mon prochain retard astronomique ? Oh, non... tout mais pas ça... kidnappeurs, montrez-vous... laissez-moi entendre une voix dictatorial me menaçant de perdre la vie si je ne révèle pas les informations inutiles que je cache secrètement dans le fond de ma tête alcoolisée... Oh, non... j'ai encore perdu prise sur la réalité et vais me retrouver chez le directeur pour le discours monologuant qui impose la culpabilité... non... pas cette fois... je préfère replonger dans mon imagination et attendre que le soleil se couche pour reprendre l'apéro interrompu de la veille...non, il faut que ce soit clair, je ne pourrais arriver tous les matins avant l'heure autorisée par mon organisme... il me faut plus, bien plus de sommeil... merci...

07/08/10