Un con crée du concret qu'on crédibilise
La tête emberlificotée dans un astre satellitaire à la Terre. Voilà, pas perdu dans la voûte stellaire mais tout de même pas les deux pieds ancrés dans la réalité pesante découverte par Newton. C'est ça, le poète se promenait tranquillement dans le monde des idées, son corps physique et contraignant abandonné contre le tronc d'un arbre, il gambadait à loisir dans l'infinité de l'impossibilité lorsqu'il aperçu au loin une petite lucarne plus lumineuse que toutes les étoiles. Difficile de résister à une curiosité abondante, alors il s'approcha fougueusement, un petit saut par ci, un battement d'aile par là, la lucarne devenait de plus en plus précise. Un carré entouré d'un contour chromé, une vitre à peine visible, et derrière une lumière incompréhensiblement puissante et pourtant si facile à regarder que l'on ne peut plus en détacher ses yeux. Le rêveur caressa les bords de cette étrange fenêtre suspendue dans le vide. Il voulu l'ouvrir mais rien ne bougea. L'objet était d'un seul et unique bloc et rien ne bougeait. Pourtant il s'agissait bien d'une fenêtre mais la lumière derrière venait d'ailleurs. Un autre monde. Un aperçu de quelque chose de supérieur à son être. Un concept nouveau, une vérité différente, un ailleurs plus grand que cet infini. Il continuait de regarder la lumière pour y chercher un contraste, un objet, une structure, une forme vague, une fumée mouvante, n'importe quoi qu'il puisse rattacher à sa connaissance. Mais il ne vit rien. Du moins c'est ce qu'il cru après avoir fouillé intensivement du regard cet autre monde. Puis, son esprit commençant à s'habituer à cette lumière il compris que toutes choses étaient contenu dedans. Il ne fallait pas chercher à y voir un objet solide défini par des mesures intangibles, concret, dur, tactile ou odorant. Son esprit parvint à y voir le monde de l'autre côté de la lucarne mais ne pouvait y poser des mots, des descriptifs, une idée, une sensation claire. Tout son être comprenait la vie qu'il observait mais ne pouvait être expliqué par un seul sens dans une seule dimension. Cela ressemblait plus à la perception de la compréhension. Le sentiment d'une clarté indescriptible mais évidente. Alors, lentement, le bout de ses doigts posés sur la vitre commencèrent à passer au travers de la fenêtre. Une chaleur sentimentale lui serrait le cœur avec une force et une délicatesse incroyablement désirable. Le bonheur absolu et la futilité de son existence hésitante le pressèrent dans des bras impalpables et inébranlables. Il vit le sens du mouvement chaotique de son univers et sourit. Il venait de comprendre le sens de chaque atome, de chaque être, de la vie et pourtant, un nouveau monde bien plus grand et complexe s'ouvrait à lui. Il s'apprêta à passer la tête par la fenêtre alors que ces deux bras étaient déjà de l'autre côté lorsque la fade lourdeur concrète de notre univers le rattrapa brutalement. Une simple pomme sans importance visible venait de s'abattre sur le haut de son crâne. Sa vision et sa perception se troublèrent. La compréhension si nette s'évapora et seule l'interrogation restait, stagnante, empuantissant l'air alentour. Il observa la pomme inerte à ses pieds et sentait son être se refermer sur une connaissance qu'il avait tenu un instant dans le creux de ses mains. Il voulut la retenir mais la réalité de notre univers l'empêchait de continuer à percevoir ce que la lumière lui avait offert. Cependant, le regard plongé dans le rouge luisant de la pomme il parvint à garder une étincelle de cette connaissance. Un pressentiment s'ancra au fond de lui. Les mots remuèrent tout autour et prirent place en une suite compréhensive d'idées. Bien sûr il manquait encore un mot pour définir ce pressentiment de réalité. Cette connaissance gravée dans son âme tournant autour d'un noyau central n'avait pas encore de nom, mais il avait réussi à garder une minuscule pièce de ces vérités qu'ils avaient compris durant un bref instant. Depuis ce jour il ne réfléchit plus jamais sous un arbre, mais la lucarne ne se représenta pas sans doute parce qu'il souhaitait tant la revoir pour la traverser et ne plus revenir.