Rang contre étaux n'hante
C'est alors que je me baladais tranquillement que le fou fit irruption sur mon chemin. Le choc fut brutal et nous nous retrouvâmes tous deux au sol. C'est ainsi qu'il commença son étrange dialecte : " Oh, 'spèce de sale con... tu vois où que tu fous tes panards ? C'est si complexe que ça de pas percuter les badauds ?
- Je regrette mais il me semble bien que c'est vous qui m'êtes rentré dedans à une allure folle...
- Folle ? Folle qui me dit l'aut' cruchon. Non mais il est flambant le zigue. C'est pas mon allure qu'est folle, c'est la planète, la nature, les humains, les consciences collectives, les règles, la justice, la consommation, la médecine, le temps, le climat et la gravité. Mais moi, j'ai rien de folle. Je pratique la liberté dans toute son envergure. Rien de plus. Alors va pas me cracher des mots insultants après m'avoir collé le cul sur le béton.
Tu me donnes envie de te foutre des claques. Faut te sortir de ton cauchemar. Je vais te réveiller l'esprit moi, ça te fera du bien, tu vas voir. Vas-y, aide-moi à me relever que je t'en colle une sur le coin de la mâchoire. Allé, remue-toi bon sang. Zou, zou, debout.
- Oui, ça va, une seconde. Mais attention, pas de menaces, pas de violence. Je vous relève et nous pouvons poursuivre notre route qui semble aller dans des directions opposées.
- Voilà... Aïe... ah, putain le plumeau m'a déboité le coxis, je me sens tout frêle. Tu m'as refilé ta mollesse, je la sens qui m'empêche de respirer. Ordure va ! Tu la mérites ta torgnole. Tends-moi la joue, tu vois bien que je suis tout bloqué là. Approche, bordel de bordel, c'est un service que je te rends et tu me regardes comme un criminel. Non, mais je te jure. D'où que tu sors luron ?
- Heu, non je suis désolé, mais je dois y aller. Merci quand même de proposer. Au revoir, monsieur.
- Hop hop hop... non mais te débine pas comme ça. C'est la vermine qui te ronge le mental qui parle pour toi. Elle veut pas que tu sortes de ton coma. C'est ton parasite. Ta gangrène. La laisse pas décider pour toi. T'as un libre arbitre, non ? Alors vas-y, utilise le. Je sais que t'as pas l'habitude, vu ta dégaine, mais essaie. Il va pas te tuer tu sais. Allé, un petit effort. Approche-toi un peu. Voilà, c'est ça, viens voir par là. Écoute pas la sale petite voix qui te dit de te barrer depuis toujours. Prends-toi en main mon gars. Approche. "
Et bizarrement, je m'approchais. Poussé par ses paroles ou une sorte de rébellion intérieure. Je m'approchais encore un peu et la claque tomba comme un électrochoc. Foudroyante, fatale, tout chancelant, les idées se remuèrent dans mon crâne endolori. Lorsque je parvins à ajuster ma vision, le fou n'était plus là. Je regardais tout autour et ne pus le voir nulle part, comme s'il n'avait pas été là un instant auparavant. Du coup je voulu reprendre mon chemin, mais quelque chose avait changé au fond de moi.
Je remis en question le rail que mes pieds suivaient. Je sortis de la voie et m'en allai vers l'inconnu, gouter à la liberté... pour la première fois...