Laisse qui ? Nos tiques !
La vie, c'est comme du ski nautique. Le monde est ton bateau. Il te tracte dans une direction, tu peux un peu aller à droite et à gauche, mais toujours dans le sens du bateau. Lorsque tu lâches la poignée, tu te mets à flotter à la surface de l'eau, le bateau s'éloigne, puis repasse, te tourne autour mais ne te tire plus. Tout le long de ton avancée tu tomberas souvent si tu n'es pas doué. Selon le sens du courant il y a plus ou moins de vagues dans différentes directions. Donc selon où se dirige le bateau tu es plus ou moins influencé par les vagues, rendant l'avancée aisée ou cauchemardesque. Heureusement tu peux demander au bateau de prendre les vagues plutôt de côté que de face, ou inversement. Ce changement de point de vue te permet de facilité un peu plus le voyage mais le plus difficile reste toujours la position. Le moindre écart, la moindre instabilité dans l'équilibre et les forces de frottements et c'est à la flotte. Stagnant, porté par la mer, dans l'attente du bateau à contempler le décor presque vide. Avec l'expérience on est supposé apprendre à mieux tenir sur ces saletés de skis. Mais on ne peut pas être bon dans tous les sports, donc si jamais tu n'es pas fait pour le ski nautique, tu auras beau recommencer et recommencer encore, t'entraîner, te concentrer, y mettre tout ton cœur, tu ne seras jamais bon... si tu as tout de même un peu chance, tu pourras pratiquer dans des lieux différents à chaque fois. Sur l'océan, sur la mer, sur un lac, dans une piscine. En pleine été sous les tropiques, en plein hivers au pôle nord, dans la tempête ou dans l'huile. On peut également réussir à suivre le bateau sans tenir sur les skis. Pour les plus tenaces, les persévérants, les têtus, les têtes de mule, qui se laisse ballotter violement par l'impact de l'eau solide et la tension insoutenable dans les bras et les mains. Mais le paysage change, l'horizon se rapproche, le temps s'écoule et puis un jour, fatigué, on laisse aller et on coule. Mais il n'y a pas de meilleur skieur. Que l'un fasse des pirouettes, des zigues et des algues en zig-zag, d'une main, d'une jambe, à l'endroit, à l'envers, ou qu'un autre se laisse tranquillement bercer en faisant la planche et observant le ciel bleu où flotte des oiseaux, il n'y a pas de meilleur. La question est plus de pouvoir apprécier ses capacités et les conditions dans lesquelles elles nous plongent. D'ailleurs nous devrions oublier le ski nautique qui est bien trop agressif et irréfléchi, trop fondé sur l'instinct et la folie. J'ai envie de savoir ce qu'il y a sous la mer. Un monde immense attend sous nos pieds sans que l'on ose y aller parce que nos pieds semblent prisonnier de ces saletés de skis. Mais qu'est-ce qui nous empêche réellement de nous déchausser et de prendre une belle paire de palmes pour glisser vers ce monde sous-marin. Là-bas nous serons tels des oiseaux dans le ciel...