Là, ça scinda qu'au thé
... et ce fut lorsqu'elle plongea dans mon moi intérieur que les choses commencèrent à se corser. La garce avait osé.
Des années de concubinage et une fidélité sociale solidement ancrées dans notre relation n'avaient pas suffit à lui faire renoncer à la recherche de ce qui était si proprement enfoui dans ma personnalité. Il a fallu qu'elle continue, lentement, secrètement, à remuer mes pensées dans tous les sens, permis ou non, pour trouver ce que je ne voulais pas partager avec elle. Le secret ne devait pas exister entre nous d'après ces concepts idiots. Nous ne sommes qu'un. Une seule personne devenue complète grâce à l'union de deux êtres différents. Alors il fallait que nous soyons entièrement ouverts l'un envers l'autre. Rien ne pourrait l'empêcher de m'aimer... soit disant... alors je devais m'ouvrir...
La drogue et l'alcool ont sans doute participé à la révélation que je lui avais faite. Mon autre face a profité d'un moment de décontraction pour prendre les rênes et tenter sa chance en plein jour, devant celle avec qui le monde me paraissait moins pénible. La lame du couteau pénétra sans résistance dans l'abdomen de son ami d'enfance. Son regard se vida de toute expression. Ses lèvres s'entrouvrirent une dernière fois et cessèrent enfin de clapoter pour produire des paroles pitoyables qui me vrillaient les nerfs depuis qu'elle me l'avait présenter. C'est elle qui avait voulu voir ce qu'il se cachait au fond de moi. Et cet ami abruti était la parfaite occasion de lui montrer qui j'étais vraiment. Un génie à la tolérance limitée qui souffrait silencieusement chaque fois qu'il devait rencontrer ces humains sans cervelle qui piaillaient sans fin à ses oreilles fragiles.
Voilà qui je suis mon amour... un purificateur d'atmosphère... un relaxeur d'ambiance... un nettoyeur de larves qui travaille patiemment et minutieusement pour rendre mon univers plus vivable. En temps normal je ne m'attardais pas sur ces minables individus qui formaient l'entourage de ma belle. Mais elle voulait tellement savoir... et cet espèce de connard qui ne continuait à corrompre mes réflexions avec des insanités verbales passibles de la peine capitale dans un monde dirigé par l'intelligence. Certes ce n'est pas notre monde, mais celui vers lequel l'évolution naturelle nous mène. Alors pourquoi ralentir les choses en simulant de l'intérêt pour ce genre de créature arriérée ?
Son amour immuable sembla tanguer quelques secondes dans ses yeux. Elle ne parvenait pas comprendre la situation. Le sang de son ami se répandait sur le plancher et toucha l'un de ses pieds. Elle se mis donc à hurler hystériquement... son quotient intellectuel venait de s'effondrer lamentablement et seul son instinct animal dominait encore... elle voulu fuir mais ses jambes refusaient de lui obéir, alors je m'approchais d'elle plein de tristesse et le couteau entra dans son ventre dans un bruit de déglutition envoutant. Son corps s'affala lourdement dans mes bras. Je la retins, observant sa dernière expression, et elle me dit dans un murmure tout juste audible : " mon dieu, mais pourquoi, pourquoi... ? ".
Comble de la question sans sens et sans intérêt. Je l'avais donc bien mal jugée depuis notre rencontre. Elle n'était pas différente de tous ces cadavres pourrissants au fond du lac. Elle méritait bien son sort et je m'en voulu d'avoir gâché tant de temps à vivre dans l'erreur... plus jamais je ne jugerais trop rapidement un de ceux que je crois sortir du lot des primates... plus jamais...