Mais a coule pas…
Retour du bon côté des choses… Ni à droite, ni à gauche, pas au milieu, pas devant ou derrière, pas plus au-dessus que dessous, mais tout simplement du bon côté… mais si vous voyez où c’est, vous y êtes déjà ou y avez déjà été au moins une fois. On y a tous été. Pas forcément dès le début d’ailleurs, mais quoi qu’il arrive on y passe et on s’en rappelle un tant soit peu. Le véritable problème se trouve plus dans la difficulté à rester ou revenir du bon côté. On y peut rien, pas moyen de tracé une carte avec le chemin joliment dessiné pour se retrouver du bon côté. Une fois qu’on se retrouve en face, là où ça pue, la merde qui colle aux semelles, le ciel tout gris jaune pisseux, pas de sourire, pas d’ambiance, personne pour t’aider à sortir de là parce que tout le monde veut se barrer mais avant les autres et de préférence tout seul de peur qu’il y ait plus assez de place du bon côté. Alors on se lasse vite des claques en pleine gueule et on se fout dans un petit trou, la tête basse, le dos courbé, en attendant que la planète face un pivotement et qu’on se retrouve du coup du bon côté sans trop de casse. Voilà ce qui s’est passé cette fois-ci dans le cas présent. Tête baissée, je fermais ma gueule, tout dépité, demandais rien à personne, m’occupais de dégun, muet comme un cabanon, et tout d’un coup, bim, comme ça que ça m’est tombé dessus. Rien compris, cherche pas à comprendre non plus, c’est le genre de truc qui t’arrive pas suffisamment souvent pour que tu puisses te permettre de tout gâcher avec des conneries de réflexions sur l’existence passée. Alors voilà, je me retrouve là, peinard, je sais pas pour combien de temps, mais je me fais pas d’illusions, ce sera bref quoi qu’il arrive, parce qu’une vie ici c’est une seconde en face. Je sais pas pourquoi mais là-bas tout est long. Le temps n’en fini plus. Rien ne se passe. La stagnation néfaste de l’échec. L’inavancée absolue du mouvement. Tandis qu’ici, tu profites, tu découvres, la réussite est toujours une surprise, mais le temps galope, il matte pas en arrière, il fonce, à toute allure, vers on ne sait trop où mais il a va vite. La contemplation se doit d’être rapide. Rien ne s’arrête ici. Mais je sens que c’est bientôt fini pour moi. Le bon côté semble irrésistiblement vouloir me fuir. Mais je le laisserais pas se faire la malle comme ça, je l’ai à l’œil le zigue… je l’ai à l’œil…