mercredi 28 juillet 2010

Con, j'onc t'y vite

Il a bu l'abus tel un obus au coin de la mâchoire.
- Ce sera cinq euros qu'on lui demande au marché noir.
- Comment ça, cinq cent balles pour trois Ricard ? Vous m'avez pris pour votre toquard les gars !
Et commença alors le début des dégâts. Après la régalade vint l'heure de la débandade. Une bande de vigiles agiles s'insinue à l'insu du consommateur usé dans son dos désabusé.
- On veut pas payer sa 'tite note, à ce qui paraît ? lance un premier goret.
- Prends gare être hagard, si tu ne t'égares des parages avec tes gars, ça va partir en dérapage, je vais m'agiter, vous allez cogiter et hésiter, je vais en profiter pour vous phagocyter à coups de phalanges, vous allez vous affaler et voir les anges, le patron va trouver ça étrange et vous envoyer à la plonge sans allonge, la haine de l'injustice vous ronge, cette défaite ressemble à un songe où trois singes se font sécher par un type éméché, alors vous allez vous arracher et moi je vais marchander avec l'évêché de cette crèche parce que je suis trop à la dèche et que si on me pousse le derche ça m'allume la mèche de ma tension atomique... et ça... vous voulez pas que ça arrive... non ?
- heu... ose le premier macaque,
- ben boss, on fait quoi ? propose un deuxième,
- il m'a filé la migraine ce zouave avec ces bizarreries qui sonnent drôle dans l'esgourde... suppute un troisième,
- bon, c'est un mec qui doit avoir du pognon pour causer comme ça tout bourré, on va lui foutre la paix un instant et voir si y fout pas le bordel dans le gourbi en attendant qu'on trouve mieux... conclue le plus gros gorille,
- Sage décision digne des trois singes de la sagesse, et voilà le maître de cet établissement qui se présente guidé par un bon sentiment et le regard plein d'estime. Salutations tavernier ! salut l'homme ivre,
- Oui, c'est ça, qu'est-ce que c'est le problème monsieur ? On veut pas payer ? On a bu et on veut pas payer ? Et on démantèle mon escouade de gorilles avec des sornettes ? Monsieur cherche les ennuis ? Monsieur à des tendances suicidaires et vient semer la zizanie chez les honnêtes travailleurs ? Ce n'est pas très correct monsieur. Je m'insurge devant de tels comportements. Je proteste. J'appelle à l'aide. Police. Police. Mais que fait donc la police ?
- Tavernier, silence. Ces mots m'élancent la panse. Retour indécent de nourriture précédente. Précisons la situation avant de s'éparpiller dans des supputations pleines d'usurpations. Ma passion de la boisson s'est donc délassée dans ce lieu joliment agencé. J'ai suivi la cadence intense, sans en chercher le sens et sans regarder mes finances. Et c'est là que vous faîtes preuve de médisance, car d'habitude plein d'aisance, je me trouve ce soir démunie par coïncidence. Ma présence entre en concordance avec mes souffrances. Après une errance sans intermittence sur les ports de plaisance du sud de la France, je me lassai de ma propre complaisance dans l'ignorance. Si je vous semble nu à l'instant, sachez que mes vêtements d'or dorment dans mes immenses demeures. Alors laissez-moi aller pour l'heure et demain je reviendrais faire votre bonheur.
- Non mais c'est que monsieur aurait tendance à essayer de me prendre pour l'enclume du village. Mais c'est que je suis pas né du dernier ouragan, moi, monsieur. On me le fait pas le coup du milliardaire qu'a oublier son larfeuille chez bobonne. On en voit jamais des milliardaires, nous, monsieur. Ici c'est pas un coin où qu'ils se perdent les milliardaires. Je sais pas pourquoi mais c'est comme ça. On s'y fait comme on peut. Par exemple en redessinant le sourire des petits poivrots qui veulent se faire une cuite à l'œil de bibi. Allez les gars, amenez-moi c'te cruche dans la ruelle, on va lui offrir le digestif maison !
Les gorilles s'emparent du type chétif et le trainent aisément en arrière boutique. Une petite porte mène sur un fond de ruelle lugubre. C'est là que le véritable milliardaire reçu son digestif maison et ne se retrouva plus jamais à errer n'importe où. Le sens de la survie venait de lui être révélé.

27/07/10