Chaud taille me…
On avait plus rien à crouter dans la turne, les regards vides et affamés se reflétaient les uns dans les autres, les idées se croisaient sans jamais être formulées à haute voix. Envie de becter et de rien d’autre. Bâfrer à tout prix. Et sur le moment le prix était plutôt simple… le zigouillage… l’arrêt d’un cœur battant… le meurtre…
Mais peut-on réellement considérer cela comme un meurtre ? Quoi qu’il arrive nous allions tous crever la bouche ouverte dans ce trou perdu et aucune de ces morts n’auraient servi à qui que ce soit parmi nous. Voilà ce que chacun remuait dans sa petite tronche désespérée. On avait tous le choix… tuer pour vivre avec la conscience tâchée ou être tué pour faire vivre… le dilemme était posé, chacun le comprenait mais personne ne parvenait à choisir.
C’est Tito qui se décida le premier. Du haut de son mètre quatre vingt dix, avec des mains de la taille de trois têtes humaines, il se tourna vers Edzo qui somnolait, lui serra le coup, et ne lâcha plus pendant ce qu’il me parut des heures. Personne ne bougea… personne ne put l’empêcher… car au fond de nous, nous respections son choix… sa capacité à avoir accepté de perdre sa morale…
Je sortis alors mon petit canif et le tendis à Tito. Il commença à découper des morceaux de viande sur le cadavre de notre ami… il m’en offrit un bout que la faim m’ordonna de prendre sans plus de réflexions. Les autres acceptèrent aussi l’offrande et chacun se mit à survivre avec l’esprit torturé.
Je ne saurais dire combien de temps ce festin dura, mais bientôt il ne restait qu’un pauvre petit tas d’os et d’excréments. Le jeu du choix reprit place. Silence… idées de meurtre et de survie… regards pesant sur Tito qui avait réussi à franchir le pas une première fois… La faim s’installa lentement…
Finalement, Tito se leva les yeux brûlant de rage, la haine de se sentir juger sans âme, l’attente insistante qu’il reproduise son geste, il prit Robin et lui fracassa la coloquinte sur le mur rugueux en hurlant comme un animal torturé. Ensuite il attrapa David et Pierrot et explosa leur tête l’une contre l’autre. Le sang giclait de partout. Je ne bougeais pas, serein, sans peur de vivre ni de mourir. Claude sauta alors sur le dos de Tito et tenta de l’étrangler. Celui-ci se laissa tomber sur le dos, un bruit d’os brisés résonna dans la pièce et le silence revint. Tito se releva et me regarda de toute sa hauteur. Il ne restait plus que nous. A présent nous avions de quoi manger pendant des semaines mais je compris que j’avais une bête assoiffée de mort face à moi. Il se jeta brutalement sur moi, aveuglé par la folie, je m’emparai d’un tibia d’Edzo et le levai au-dessus de ma tête. La masse inerte et horriblement lourde de Tito s’effondra, je me dégageai rapidement de cette odeur de mort et restai debout sans idée…
Soudain la porte métallique s’ouvrit, les caméras entrèrent et m’entourèrent de leur flash. Des micros attendaient une réaction. Le présentateur les écarta, me prit la main droite et la leva en l’air : « Bravo Mano, vous êtes le vainqueur du plus grand reality show mondial ! Que ressentez-vous à cet instant ? »
Le monde avait eu sa dose de violence et d’inhumanité, il faudrait bientôt trouver un nouveau concept encore plus désenchanté…