mardi 20 juillet 2010

Ah, lait de

« Bonjour messieurs, je me présente, Loyd Saint Dicks, homme d’affaire et représentant physique d’une grande célébrité souhaitant garder l’anonymat. J’ai dans cette mallette la somme de cent mille euros en espèces, petites et moyenne coupures avec numéros non consécutifs. Cette somme messieurs sera versée à celui d’entre vous qui acceptera de donner un coup de pouce. Un simple mais ferme coup de pouce. Rien de plus, rien de moins. La seule et unique règle à cette proposition est celle qui consiste à ne pouvoir révéler à qui vous donnerez ce coup de pouce. Voilà, que celui qui est intéressé s’approche. A moins que vous ayez des questions, bien sûr.
- Oui, j’aimerais savoir en quoi consiste le coup de pouce exactement, sans avoir besoin de connaître l’identité de qui que ce soit.
- Et il s’agit d’un coup de pouce, comme je l’ai déjà expliqué plus haut il me semble. Je vois quoi d’autre ajouter à cette formulation qui est d’un français irréprochable et sans ambigüité quelconque. Autre chose messieurs ?
- Heu ça se passe où le coup de pouce ?
- Dans la salle d’à côté. La personne est allongée sur un lit et patiente jusqu’à l’appui de l’un de vous.
- Oui, très bien mais moi je veux savoir c’est quoi le coup de pouce ?
- Monsieur, je suis désolé mais je n’ai pas de temps à perdre à répéter la même séquence de mots parfaitement claire et distincte. Peut-être devriez-vous vous retirer et laisser l’opportunité à vos camarades.
- Moi, j’accepte. Je n’ai pas de question inutile. Dites-moi simplement ce que je dois faire.
- Parfait monsieur. Je prierais donc les autres de bien vouloir quitter ce bâtiment et retourner vaquer à quelques occupations routinières sans jamais spécifier ce qui vous a été proposé ici.
- … mais non, c’est un scandale… je ne… non laissez-moi, j’accepte aussi, regardez moi, je suis physiquement mieux présentable que ce monsieur et … non, arrêtez…
- Voilà qui est mieux. Avant de vous remettre la mallette je vous demanderais de bien vouloir signer ce contrat précisant que vous acceptez bien la somme ici présente pour donner un coup de pouce.
- Très bien. C’est signé… et maintenant ?
- Je porte la mallette pour vous, allons dans la chambre afin d’exécuter l’acte cité précédemment. »
Les deux hommes entrent dans la pièce avoisinante. Un homme célèbre souhaitant garder l’anonymat est allongé sur un lit. Un docteur est assis à ces côtés avec divers outils de soin répartis sur une petite table.
« Voilà l’individu devant recevoir le coup de pouce. Il vous laisse libre de choisir l’œil que vous désirez.
- L’œil ? Comment ça l’œil ? Quel œil ?
- Et bien il a deux yeux comme vous et moi, et nous n’avons payé que pour un coup de pouce, donc il va falloir choisir le droit ou le gauche si je ne méprends.
- Un coup de pouce… l’œil… pouce… dans l’œil ? Non mais je… coup de pouce ? non mais… dans l’œil ? dans l’œil… ah c’est rude ça quand même…
- Monsieur semble moins confiant. Votre mallette vous attend. Il n’y en a pas pour trois heures. Un seul coup. Simple et profond. Tout le pouce en fait pour être parfaitement exact. Sinon c’est un coup de phalange. Nous avons payé pour un pouce entier.
- Bon… très bien… cent mille euros… allez… cent mille euros… »
L’homme s’approche de la star allongée. Ses yeux sont ouverts et fixe l’homme, sans expression.
« Bonjour… heu… je vais vous donner votre coup de pouce… vous êtes toujours partant ?
- Monsieur ne vous répondra pas. C’est pourquoi il utilise un représentant. Et je ne pense pas qu’il resterait patiemment allongé si son intention était de faire le dégonflé et de s’enfuir comme un faible mortel.
- Bon, j’y vais… ce sera l’œil droit… »
Le pouce s’enfonce profondément dans l’orbite. Un bruit de succion résonne dans la pièce presque vide, rapidement suivi d’un hurlement. L’homme retire son pouce, s’essuie brièvement sur le drap, s’empare de sa mallette et quitte la salle sans se retourner, ni prononcer la moindre syllabe.
« Espèce de petit enculé. Tu vas voir ce qui t’attend. Tu vas voir ce qu’il en coûte de crever l’œil d’une star. Ah tu croyais te faire cent mille jolis euros et partir en Bretagne en profiter jusqu’à la fin de tes jours ? Mais tu peux toujours rêver. On se reverra au palais de justice espèce d’ordure. On se reverra, et d’un mauvais œil…
- Monsieur ne devrait pas s’emporter. Nous avons quand même insisté pour qu’il vous permette d’entrer dans l’histoire. Un œil est finalement bien peu cher payé. Vous ne trouvez pas ? »

19/07/10