Le char bon de l’eau co-motive
Il court, il court le petit gars, le petit salarié de sale boîte, il passe vite fait par ci, et repassera aussi vite par là, c’est la course contre la montre, plus le temps de vivre, ni de survivre d’ailleurs, il suit simplement le courant du temps le pauvre gars pas malheureux mais pas heureux non plus. Une âme qui flotte entre deux univers. Ni vivant, ni mort, il est et c’est tout. C’est déjà pas mal d’ailleurs. Un rouage. Un petit rouage pas particulièrement vital pour le système. Une sorte de pièce en rabe qui sert à pas grand-chose. Mais qui sert quand même. Une pièce de tuning du monde. Une fausse prise d’air sur le capot de la société. Alors on la laisse posée cette pièce mais le jour où on se lasse, on tire un coup et ça dégage. Dès le lendemain personne se rappellera qu’il était là. Parce qu’il ne peut pas laisser de souvenirs mémorables. Il sert à que dalle. Il ne modifie rien au mouvement de roue. Alors il s’oublie vite le gars. Il se remplace facilement. Parce que les pièces comme lui, y en a toute une panoplie dehors.
Le petit gars aurait voulait être plus. Il s’en fou qu’on l’oublie mais il aurait aimé avoir une meilleure prise sur l’existence. Parce que courir c’est bon pour la santé, mais courir vers rien, dans le vide, ça démotive. Un passager de locomotive plutôt qu’un morceau de charbon. C’est ça, il aurait voulu être charbon. Se consumer pour donner la force à la machine d’avancer. Même un tout petit peu. Juste un petit peu. Un simple charbon pas mémorable mais essentiel.
Tant pis, c’est ça la pseudo vie. On veut être charbon et on est juste client sans tune, viré au premier contrôle, jeté sur la chaussée. Le petit gars s’usera alors lentement par l’érosion. Et du coup le temps passera moins vite et peut-être qu’un jour il sera trouvé par une autre âme en ballade et que leur union donnera une petite barque qui disparaitra sereinement sur l’océan.