Lape lui du jour
Plic…
Ploc…
Voilà comment ça commence… Une petite goutte minable… puis une seconde… et d’un coup ça part en apocalypse… Rythme de batucada endiablé sur mon casque, les jambes fouettées avec violence par de simples gouttes d’eau… Les habits imbibent doucement le liquide… Et soudain, l’horreur de l’hiver oublié revient me glacer les os… La chemise totalement trempée se colle à mon torse… Les membres se refroidissent à une vitesse ahurissante, la tête tourne, les mains se flétrissent, les jambes serrent le réservoir en quête d’une once de chaleur, les pieds se dissolvent, la nuque se frise, impossible de tourner la tronche, raide comme un ballet brosse, les dents commencent à claquer, l’esprit tente de s’éloigner vers un lieu plus estival composé de palmiers et d’une plage de sable fin battu par le soleil, mais rien y fait, la chemise se décolle, laisse une courte pause pour l’inspiration puis revient se coller plus agressivement et plus froidement qu’à l’instant d’avant, la fin du voyage n’arrivera jamais, le temps se ralenti, la route crache des torrents de toutes parts et attendant l’inclinaison trop prononcée pour m’emmener dans un ailleurs plus froid encore, les aiguilles d’eau se plantent de plus en plus sur mes cuisses, fakir non consentant je serre les dents entre deux claquements, la peur n’a même pas sa place dans cette enfer de glace, le cerveau n’arrive plus à gérer l’extérieur, il subit les douleurs du corps, il ne peut s’en échapper, il cherche une porte de sortie mais il n’y a que la route dégoulinante, motard perdu dans l’anonymat solitaire de son avancée désespérée vers là-bas, quelque part devant, toujours devant, regarder au loin, se concentrer, oublier, prendre une patiente indomptable, se moquer du temps, se moquer du climat, du jeu de la nature, salutations à toi grand-mère nature, aujourd’hui tu me pisses dessus rit de ma condition misérable et volontaire, alors je ris avec toi, le respect face à ta force est inévitable, tu montres une nouvelle fois que c’est toi qui domine, et que nous ne sommes rien, de pauvres grains de sable portés dans tes bras vers où bon te semblera, là-bas, au loin devant…
Suis-je arrivé un jour ? Sans doute, la nuit tombe, je suis couché, l’eau me caresse encore les os, la mâchoire est douloureuse d’avoir tant claqué, le cœur retrouve lentement un rythme plus calme, la journée s’efface, une autre prendra bientôt sa place…