mercredi 9 juin 2010

Faut, est-ce poire ?

« Paris, Paris, ha t’as voulu voir Paris ?!
- Ben non, j’ai rien demandé, moi…
- Et ben tu vas la voir Paris. Et pis t’as intérêt à te faire plaisir. Faudra pas geindre, ça sert à que dalle de geindre. Alors tu vas visiter. C’est joli comme patelin, tu verras.
- Mais j’aurais jamais le temps de visiter, je vais creuser, tu te rappelles ?
- Mais tu vas la fermer ? T’es pas encore parti que tu commences déjà avec de la jactance toute négative. C’est propre ça comme comportement ? Tu veux que je t’en colle une direct ? J’ai dit pas râleries. Alors tu mets ton plus beau moral, tu fais ta valoche, et tu parts pépère…
- Ben j’ai pas le choix de toute façon. Et pis je vais y aller en courant non plus. T’as vu la chaleur qui fait chez nous ? Par contre c’est sûr que là bas je vais galoper comme une petite jouvencelle. Faudra suivre le rythme de la foule. Au trot, tout le long, deux jours intensifs, avec la petite pause du soir pour se remettre la masse cérébrale à la bonne place, l’imbiber de bonne humeur, la faire chanter, la faire rayonner de tous les côtés. En fait je sens je vais me faire plaisir. Je vais voir du nouvel horizon, c’est bien ça, les nouveaux horizons. Et y aura aussi des nouvelles ganaches, donc des nouvelles idées, des concepts, des perceptions, de la variété. Moi, j’aime bien ça la variété. Ha, ça y est je suis au taquet. Je sens toute les bonnes vibrations qui montent de partout dans mes muscles. Aller, c’est parti, j’y vais. Excellent !
- Ho, doucement… Mais regarde-toi comme tu t’excites comme une puce dans un cirque. T’es pas bien ? Tu vas pas résister longtemps au pays de la ruminance. Y aura des gens c’est vrai, mais y aura pas de joie. Elle est interdite la joie là-bas. C’est condamnable par la loi. Ils vont te foutre dans un cachot pendant dix jours si tu te pointes avec cette énergie. Je le sens pas du tout ce voyage en fait. Tu devrais peut-être annuler. Appelle le boss, dis lui que tu viens chopper un sale truc. Une maladie tropicale contagieuse qui t’empêche de te déplacer. Repose ce sac. Va t’allonger cinq minutes. Faut réfléchir là. J’aime pas quand tu te mets dans des états pareils. Et c’est moi qui ramasse les morceaux après. Alors va t’allonger. Respire à fond…
- Non, mais ça va bien, franchement.
- Oh, putain, t’entends la voix que t’as ? C’est pas normal. Tu couves un truc, c’est pas bon du tout. Tu vas me claquer dans les pattes. Je le vois venir. C’est pas bon du tout… pas du tout…
- La voix ? La voix que j’ai ? Non, mais là tu pousses le bouchon. Je te rappelle que tu crèches dans ma tronche. Alors si t’es pas content tu te casses. Je t’ai pas forcé à t’installer là. Si le décor ne plaît pas à monsieur, il peut aller se trouver une autre tête. Moi j’ai la grande forme. Je veux voir Paris, oh oui, je vais voir Paris.
- Non mais on aura tout entendu. Tu m’as pas forcé ? J’espère tu te fous de ma gueule. Parce que si je suis là c’est parce que t’étais qu’une pauvre merde sur un trottoir quand j’ai eu pitié et que je suis venu t’aider. Mais je vois qu’on oublie vite. Tu me rappelleras quand tu seras encore au plus mal. Et ça va pas tarder. Je le vois dans ton dedans. C’est tout pourri. Ça sent pas bon. T’es gangréné de l’espérance mon pauvre. Y a plus aucune chance que tu t’en sortes. Tu sais quoi, je me casse. T’as gagné. Va crever tout seul dans ta capitale de minables et surtout n’essaie pas de me rappeler. T’es tout seul mon gros et tu vas le rester jusqu’à ce qu’on retrouve ton cadavre desséché dans une ruelle moite. Adieu, et je vais pas te dire qu’on a passé de bons moments. C’était l’enfer. Depuis le début c’est l’enfer. Alors meurs lentement et en souffrant, charogne. Je me casse…
- Oh, putain. Ça va moins bien d’un coup. Tu m’as encore bousillé la motivation. C’est toi qui devrais crever dans une ruelle obscure. Ah, c’est sympa de m’abandonner maintenant. Je m’en rappellerais. Tu n’as jamais eu de cœur de toute façon. Bon vent mon salaud… Et à bientôt… »

08/06/10