Comptine puis condor
Petite fête entre amis et connaissances. Une trentaine de personnes en tout. Les boissons descendent à allure régulière sans précipitation. Après quelques heures la plupart des invités se sont plus ou moins croisés en lançant deux trois paroles communes. Des groupes se forment tout de même sur des tons différents. Enfin Carlos, barbu d’un bon mètre quatre vingt dix, voix qui porte et regard convivial se dirige au milieu de la terrasse et commence ainsi : « mesdemoiselles, mesdames et messieurs, veuillez porter toute votre attention durant un bref instant vers moi, je vous prie… C’est bon, tout le monde m’entend correctement ?
Très bien…
J’ai donc une petite activité à proposer pour relaxer les esprits. Ce n’est ni très long, ni un gros effort, mais les résultats sont extrêmement bénéfiques pour la communauté. Je vais citer une série de noms parmi vous. Lorsque vous entendrez votre nom, je vous prierais de vous mettre en file indienne face à moi. Ceux qui n’auront pas été cité auront deux possibilités. Soit vous vous mettez en file indienne à gauche de la file des élus. Soit vous continuez à vaquer à vos occupations sans vous occupez du pourquoi et du comment. Par contre vous ne pourrez pas revenir sur votre décision. Alors réfléchissez un minimum sans non plus vous brûler un neurone. Est-ce que tout le monde à bien compris ? ».
La petite foule acquiesce pleine d’interrogations.
« Parfait, alors voici la liste des élus.
Yvan…
Serge…
Béatrice…
Pascal…
Ju…
Pierre…
Et Louise…
Voilà, en ligne. Merci. Inutile de continuer à jacter, vos pouvez fermer vos clapets. Je sais à quel cela doit être dur pour vous, mais ce ne sera pas très long.
Pour les autres, ceux qui le souhaitent peuvent se mettre dans la seconde file. Mais rappelez-vous, si vous n’y êtes pas, vous ne pourrez plus y entrer…
Allez, on se décide…
Voilà, c’est bon. Tout le monde est bien sûr ? Par contre la file des non élus, si vous pouviez reculer jusque derrière la fin de la première file. Voilà, encore un peu… Parfait…
Maintenant, je demanderais aux élus de fixer un point loin devant vous. Vous ne devez plus bouger. La tête bien droite. Les bras le long du corps. La bouche close. Respirez calmement…
Je vais me mettre devant la seconde file. Je vais alors commencer la séance relaxative. Vous devez me suivre de près et faire la même chose que moi. L’important est de conserver le rythme jusqu’au bout…
Pour ceux qui ne me voient pas, faites comme votre voisin de devant. Et surtout gardez le rythme, c’est très important pour le bon déroulement de l’opération…
Et surtout, ne vous posez pas de questions. Il vous suffit de copier le mouvement sans réfléchir. La moindre interrogation pourrait être désastreuse. Alors soyez attentif et laissez agir votre corps. Eloignez votre esprit quelques instants et tout se passera à merveille…
Vous êtes tous près ? Elus, on regarde devant soit… On respire et surtout on ne bouge pas…
Alors c’est parti… »
Carlos décroche une énorme baffe sur la nuque de Louise, la dernière de la file de élus, puis avance d’un pas et reproduit le geste avec Pierre, et ainsi de suite jusqu’à Yvan, le premier de la file. Les non élus semblent d’abord surpris pas la violence du clac sur ces nuques fraichement ouvertes mais sans réfléchir commencent à suivre le mouvement en rythme. Une sorte de musique simpliste faite de clac et de cris prend place. Les élus n’ont pas le temps de réagir et dès que l’horrible vérité se prépare dans leur cerveau une autre baffe tombe et coupe les flots des pensées. Dix huit baffes pour chaque élu en quelques secondes. Ceux restés à l’écart regardent avec effarement la scène. Certains regrettent de ne pas être entrés dans la file des claqueurs. Tous les élus sont choqués, totalement amorphe, incapable de comprendre ce qui est arrivé, la nuque rouge brulante, le cerveau bloqué, le regard vide.
Carlos retourne au centre de la terrasse : « Voilà mesdemoiselles, mesdames et messieurs, c’était l’instant de relaxation ultime. Le calottage des cons. Car il y a en effet environ 20% de cons dans chaque groupe d’individus. Ces cons occupent souvent la majorité des conversations. Dirigent les dialogues sur des thèmes qui n’intéressent pas grand monde autres qu’eux-mêmes. Les autres subissent, au fond d’eux se forme une sorte de boule d’ennui qui se transforme bientôt en haine, puis en colère et finalement en rage avant d’exploser. Parfois des années plus tard, sur une personne innocente le plus souvent…
Cet exercice permet donc à chacun de nous d’extérioriser cette réserve de pus et de repartir totalement serein. Les cons, eux, prennent enfin conscience de leur état et pourront enfin commencer à vouloir corriger ce défaut. Le souvenir rougeoyant sur leur nuque leur rappellera pendant longtemps qu’ils ont été nocifs à beaucoup de monde et qu’il faut rattraper ce temps gâché…
De même pour les claqueurs, rappelez-vous ce soir, et méditez également sur votre conduite envers autrui, car il est toujours possible qu’un jour, vous soyez dans l’autre file…
Merci à tous pour votre participation, vous pouvez reprendre où vous en étiez avant que je ne vous interrompe. Une bonne soirée à tous ! »