Peau qu’ère
« Bon, c’est à toi de miser au lieu de rêvasser, essaie de rester concentré bordel, je vois pas comment t’as fait pour remporter autant de pognon ce soir, t’es complètement ailleurs.
- Ah merde, désolé, ce qui me laisse rêveur c’est cette nouvelle main, comment est-il possible quelle soit encore meilleure que les précédente ? Franchement les gars si j’étais marié je me ferais du souci pour mon couple, parce que c’est pas fidèle d’avoir un si bon jeu. Je relance de cent.
- Ferme la bon sang, soit tu dors soit tu fais que jacter, c’est pas jouable ça. Je suis.
- Je suis, et je relance de cinquante.
- Ah ben vous avez pas peur vous. Je suis gentil avec vous, je vous annonce que je vais encore tout rafler et vous persistez, je peux plus rien pour vous là, vous auriez mieux fait de me laisser dormir. Mais bon je suppose que la défaite vous rassure quand à la fidélité de vos pauvres femmes. D’ailleurs je sais pas comment qu’elles peuvent faire pour supporter des losers comme vous. Absent toute la nuit et retour les poches vides, elles feraient mieux d’aller voir ailleurs les coquines.
- Mais tu vas la fermer, en plus tu deviens insultant.
- Bon ça va, ça va. Cette susceptibilité m’amène à croire qu’il y a du vrai dans ce que je dis. Mais ne vous inquiétez pas, je vais repartir tellement plein de fric que la semaine prochaine je sortirais vos femmes pour leur offrir un peu de luxe et de plaisir.
- Je vais te casser la gueule si tu continues, alors ferme là, c’est la dernière fois que je le dis.
- Et ben ça devient de mieux en mieux. Autant de stress me fait penser que tu n’as encore qu’une pauvre paire minable. Y a que le silence de Joe qui ne me rassure pas. Il aurait peut-être enfin réussi à avoir quelque chose de jouable. Mais vu sa chance habituelle, il se verrait vainqueur avec un seul as. Donc, la tension devenant intolérable pour vous deux je vais mettre fin à vos souffrances pour ce soir. Tapis.
- Ah ben c’est beau ça. Donc si tu perds on va devoir te supporter encore des heures. Si on se couche, c’est pas tellement mieux. Et tu m’énerves tellement que je souhaiterais presque tu gagnes. Alors tapis.
- Pareil, tapis.
- Aller, montre un peu ce fameux jeu si merveilleux.
- Oh, je vous en prie, j’aimerais rire une dernière fois pour ce soir, montrez un peu à quel point vous êtes misérables et à quel point j’ai vu juste. Vas-y Joe, montre nous ton as.
- Désolé, mais tu t’es gouré mon petit père. Couleur. Bim, dans ta face. Et qui c’est qui rigole maintenant ? Hein, qui c’est qui se marre là ?
- Ah, joli, et toi Tony, montre ta paire un peu, montre que j’avais pas tout faux.
- Je sens que ça va pas être fini. Tu t’es aussi planté sur mon compte. C’est un full qui me rendait si nerveux espèce de con. Alors vas-y, montre le ton jeu si génial.
- Ah, j’avoue je me suis trompé sur tous les deux. Sans doute à cause de l’excès de confiance que peut donner la célèbre et pourtant si rare Quinte FLUSH ! Merci messieurs, merci, vous avez été des compagnons agréables mais comme je vous l’ai annoncé tout à l’heure vous rentrerez les poches vides vaincus par ma magnificence. Vous pourrez conter mon histoire à vos enfants si un jour vos misses acceptent de refaire l’amour avec de tels minables. Ce fut un honneur de me voir jouer, je vous laisse à votre pitoyable existence et m’en vais fêter ça avec des dames de valeur. Au revoir messieurs, j’espère que vous parviendrez à trouver le sommeil malgré une telle humiliation.
- Pierrot ? Pierrot, réveille-toi. Pierrot, un petit effort.
- Hein, quoi ? Qu’est-ce que ? Oh putain qu’est ce que je fous là ? Quelle heure il est ?
- Il est 2h passé. Tu t’es endormi sur ta bouteille de rhum, tout seul.
- Oh putain, 2h ? Oh non, ma partie de poker… Oh non, mais je jouais si bien ce soir. C’est pas possible que je l’ai ratée… J’aurais dû me douter qu’une chance pareille n’arrivait qu’en rêve… Quel con… quel con…»