L’étang mot derme
Le petit salopiot se présenta au bureau de recrutement des livreurs de publicités anti-nonconsommation. Le regard plein d’envies et les couilles lourdes il portait l’accoutrement des fiers consommateurs d’inutilité et de mode éphémère. Petite chemise avec blasons, pantalon coloré composé de diverses logos, chaussures différentes de deux marques associées, montre dernier cri qui peut tout faire sauf donner l’heure, chapeau de paille et de cuir doublé de velours, lunettes à verres blancs en accord avec le reste et l’oreillette téléphonique surdimensionnée pour pouvoir montrer le nom des plus grands. L’arrogant était fier et bien portant et représentait à première vue le candidat idéal pour défendre les lois pour la surconsommation individuelle.
« Bonjour monsieur, je me présente, Jacques Adidas, protecteur de notre ère et défenseur de l’esthétique moderne. Je souhaiterais postuler pour un poste de livreur émérite de publicités de raison.
- Bonjour monsieur Adidas, veuillez remplir ce formulaire et me le remettre dans la propreté de ma main dès que ceci sera fait. Merci de votre compréhension et de votre temps perdu à ne pas consommer. »
Le prétentieux pris les papiers et les rempli à toute vitesse tout en consultant les nouveaux spams salutaires sur son téléphone. Après quelques brèves minutes, il tend les documents à guichetier comateux.
« Voilà les papiers demandés, monsieur. Il n’est nulle part demandé de justifier son dévouement aveugle pour la juste cause de notre société liberticide. Cela m’étonne au plus haut point d’interrogation, je me suis donc permis d’écrire quelques précisions supplémentaires à l’arrière de ces maigres feuilles.
- C’est extrêmement sain de votre part et sera retenu avec toute l’attention de notre groupe de sélection impartiale. Nous vous contacterons dès délibération. Merci encore pour votre perte de temps non consommatrice.
- Excusez-moi, mais je tiens à insister sur mon souhait infini de participer à votre groupe libérateur. Je sens au plus profond de moi-même que ma participation sera des plus salutaires et saura apporter bien plus d‘une à l’édifice sociétaire. Je voudrais donc avoir un entretien immédiatement.
- Je regrette mais nous avons de nombreuses demandes et celles-ci doivent être traitées dans l’ordre de dépôts. Vous ne voudriez pas voir ce superbe système d’une complexité informatique inhumaine se briser sous les poids de vos extravagances ?
- Tout au contraire, monsieur. Mais je ne peux m’empêcher de penser que les autres candidatures ne sont là que pour ralentir mon intervention dans ce monde en manque de repères. Ma présence est requise à l’instant et chaque minute passée à remplir ces documents et à en discuter ne fait qu’entraver ma prise de poste. J’entends la foule s’égarer sous l’horreur de mon absence. Je me dois de commencer à servir notre glorieuse nation dès maintenant.
- Votre insistance est toute à votre honneur mais comme vous le signalez, chaque instant à discuter ralenti ce système fragile. Veuillez donc attendre que l’on vous contacte.
- Monsieur, vous présentez ici des signes flagrants de non participation à la merveilleuse machine de consommation. Ces minutes perdues symbolisent votre souhait d’assassiner la gloire du culte. Pouvez-vous appeler un de vos supérieurs afin que nous mettions un terme à ces palabres blessantes ?
- Très bien, ne bougez pas. J’appelle l’ordre. »
Le guichetier appuie alors frénétiquement sur un énorme bouton rouge ancré au milieu de son bureau. La lumière se met à clignoter dans toute la pièce, une alarme résonne brutalement et une troupe de gardes armés de bâtons électrisants entrent et se mettent à battre violemment le jeune con qui se débat en hurlant. Après de longues minutes de souffrance, ce dernier s’évanouit sous les chocs et se retrouve menotté et traîné dans une salle adjacente.
« Quel est le jugement pour cette ordure anti capitaliste, patron ?
- Coupable d’entrave à la consommation et usurpation de prétentions nobles. Enfermez-le à vie.
- Très bien patron, considérez ceci comme fait. A la gloire des grandes marques.
- A la gloire des plus grands. Disposez. »
La garde s’éloigne, une petite salopiot se présente au guichet en observant la scène avec respect et satisfaction.
«Bonjour monsieur, je me présente, Carla Coste, protectrice de notre ère et défenseuse de l’esthétique moderne. Je souhaiterais…