mardi 4 mai 2010

L’aval, heure de la scie est-ce ?

C’est certes l’heure de la sieste. Après l’effort, café et confort, je m’endors. La lumière du ciel grisâtre se tamise doucement, la pénombre étend son grand drap sur mes paupières lourdes, je sombre dans un monde fait d’évènements de la matinée et d’une irréalité absurde mais nécessaire.
Des lieux étranges se forment et se transforment avant de pouvoir y entrer pleinement, le ronronnement d’un moteur semble me suivre sans que je puisse voir le moindre véhicule, des vignes sortent du parquet de lambris et les raisins murissent à tout allure avant de devenir un liquide qui coule, limpide, des branches feuillues pour colorer le bois sous mes pieds. Les murs s’émiettent en silence laissant apparaître une immense paroi de verre qui m’entoure. Le vin monte le long de mes chevilles, son odeur délicieuse emplit lentement mes narines, mon palet salive et mes pupilles se dilatent sous le désir rouge qui commence à remplir cette pièce de verre et de vignes. Bientôt, le niveau de ce nectar dépasse mes hanches et soulève mon corps, libre de s’allonger pour flotter en cercle à l’intérieur de ce verre géant. Je me retourne pour plonger ma tête sous la surface et ouvre ma bouche qui se rempli de goût et d’enchantement. J’avale et soudain une explosion d’émotions envahit mon esprit troublé. Qui suis-je ? Qu’importe. Quel est le sens de tout ceci ? Qu’importe. Le vin me porte dans les profondeurs de mon rêve et mon conscient s’évapore complètement, incapable de pouvoir comprendre la magie de cet univers, incapable de pouvoir l’enregistrer dans la mémoire endormie. Je disparais de l’existence, vais là où l’Homme n’a pas sa place ou son mot à dire. Les mots n’existent plus, la compréhension est au-delà du sens. Le temps a cessé d’être, je ne saurais jamais ce qu’il s’est passé là-bas mais mon cœur en porte le souvenir et refuse ou ne peux le communiquer à mon cerveau.
Lorsque je m’éveille enfin, une demi-heure s’est écoulée et pourtant j’ai l’impression d’avoir vécu une vie de bonheur loin d’ici. La sérénité a pris la place de la fatigue. Une paix intérieure domine tout mon être. Cette sieste fut la meilleure et pourtant je ne pourrais jamais l’expliquer et je sais que demain elle ne sera déjà plus qu’un vague souvenir imaginaire. La pluie molle me rabaissera le moral et tentera de m’amener des idées tristes. Mais à l’instant, je suis incroyablement reposé et me sens d’attaque pour affronter cette journée de grisaille, car mes yeux la repeignent aux couleurs d’un arc-en-ciel et ma joie restera inaltérable jusqu’au prochain jour.
Certes, ce fut une bien belle sieste.

03/05/10