Lame or d'argent
On nous dit "fumer tue", mais si je ne m'abuse c'est avant tout la vie qui tue, parce que sans elle faut y aller pour crever. On nous dit aussi que ça peut provoquer une mort lente et douloureuse, et là c'est quand même le comble de la contradiction. Parce qu'on veut vivre le plus longtemps donc la mort est plus longue puisque dès le premier battement de cœur on passe son temps à mourir. Donc si je fume je risque de mourir plus tôt que prévu et pourtant c'est sensé être long et douloureux, donc là je comprends plus que dalle. Si on arrêtait de vouloir nous soigner pour n'importe quoi, si on arrêtait de nous protéger de tout, si on nous laissait bouffer ce qui nous plaît et pas uniquement ce qui est hygiéniquement propre, et bien on pourrait canner en paix plus rapidement, dans moins de douleur et par conséquence vivre réellement au lieu de mourir lentement et longuement.
J'ai l'impression qu'il y a eu un basculement dans le langage de notre joli monde hermétique. Certains, des gars pas cons, on remarqué qu'en nous bombardant la tronche avec un concept légèrement différent du sens original d'un mot on pouvait modifier la vision de ceux qui l'utilise. C'est donc bien le cas pour "mourir". Aujourd'hui on l'utilise à toutes les sauces, je n'ai vu autant de choses mourir. En même temps je suppose que c'est normal puisqu'il y a plus de choses chaque jour. Mais le problème c'est qu'on essaie de modifier notre perception de la mort en l'utilisant pour n'importe quoi. Tiens mon téléphone est mort, j'en aurais un nouveau demain. Tiens, mon caniche est mort, il n'était plus à la mode, ça tombe bien, demain j'aurais un doberman. Tiens, ma grand-mère est morte, ah ben elle était vieille, elle a bien vécu et n'a pas souffert sur la fin de sa vie. Tiens, je meurs de chaud, demain j'achèterais une clim. Tiens, des gens meurent de faim, il faut produire plus et finir son assiette à la fin du repas.
On ne sait plus ce que représente la mort, on nous éloigne de plus en plus de son sens pour ne pas interférer avec le moral des ménages et de la surconsommation. La mort est une information de plus dans cet univers crevant la bouche ouverte. On nous pollue de conneries pour que l'important ne soit plus perceptible. On ne comprend plus rien. Je ne sais même pas ce que j'écris. Alors je ferme les yeux et crie. Demain ça ira mieux, je continuerais à vivre, je continuerais à mourir.