Con de sceptre pacques l’air
« Ne pas subir. » Inscrit en jolies lettres sous une sculpture d’art content pour rien. Cette phrase se veut avoir un sens simple mais cette simplicité entraîne une globalité d’autres sens avec elle. Aucune précision sur ce qu’il ne faut pas subir. On parle donc du travail, des relations humaines, du gouvernement, des émotions, des sensations, de tout en fait. Et c’est vrai qu’on peut l’appliquer à tout sans que son sens en soit dévalué. Cependant ce n’est pas ça qui m’a marqué, car tous les jours on essaie de ne pas subir, d’être le plus libre possible, le moins influencé contre notre volonté, donc rien de bien nouveau sous le soleil communautaire. En revanche, la structure de cette phrase possède tout un concept de révélations sur notre monde et notre mode de pensée. Français bien sûr, puisque l’analyse de la structure n’est valable que dans la langue dans laquelle c’est écrit. On pourrait ensuite la transposer dans d’autres langues et constater si oui ou non le modèle est le même.
En tout cas, en français, on constate avant tout qu’il s’agit d’une négation. Le « ne pas » a cette force négative et autoritaire qui normalement réduit la liberté. La sensation causée par cette négation ne permet pas vraiment d’y voir le côté positif, il est agressif et repoussant. Ensuite il y a le « subir » qui à nouveau est difficilement plus négatif encore. Et voilà encore de la violence, le mot en lui-même a cette connotation qui implique forcément le désir que cela cesse, le besoin d’un changement d’état, l’envie de passer cette étape et de trouver quelque chose de forcément mieux après elle. Donc, ce mot sert principalement à spécifier une condition non agréable qu’il faut modifier.
Le « ne pas » va donc presque nécessairement avec, sinon ce serait un « ne plus » au mieux qui serait encore plus évident. Donc voilà une phrase qui suit le simple principe de la multiplication de deux nombres négatifs et qui est égale à un autre nombre positif. Cependant la différence choquante des nombres et des mots c’est que cette phrase ne forme pas de nouveau mot. -1 x -5 = -1 x -5. Il n’y a pas de transformation concrète. Ces deux parties négatives entraînent un concept positif qu’il n’est pas possible de définir en un mot. On ne trouve pas d’équivalence entièrement positive à cette simple expression. Le fait de ne pas subir est définissable par toute une série d’autres mots, de propos, d’argumentations et compagnie mais il n’y a pas un mot seul pour résumé parfaitement le sens de l’expression. Et c’est là que le problème se présente. Si l’on utilise les mots de notre langue pour structurer notre pensée, notre réflexion, alors dans le cas présent notre idée sera remplie de négativité. Rien de pire que de penser avec des négations. Ainsi notre société s’est étrangement bornée à représenter un principe presque vital pour l’Homme par un amalgame de négations. Comment pouvoir adhérer à ce principe si naturel sans expression positive.
Si je dis « je ne suis pas libre » alors je peux aussi dire « je suis prisonnier ». Je sais ce que je ne suis pas et aussi ce que par conséquent je suis. Alors que pour le fait de subir, je sais que « je ne subis pas » mais je ne sais rien d’autre simplement. Je ne subis pas de violence, donc je ne suis pas violenté, mais suis-je simple zen, relaxé, reposé, libre ? Non, je suis autre chose que je parviens à percevoir mais que je ne peux dire. Mon esprit n’a pas de mot à sa disposition pour apprécier pleinement ce fait. Je le ressens et c’est tout. Je suppose que cela suffit à beaucoup de gens, mais personnellement j’aimerais un mot pour me permettre de le comprendre plus pleinement.
Le plus triste serait que tout le monde subit plus ou moins quelque chose et que par conséquent, le fait de ne pas subir n’existe pas et ne mérite pas de mot à lui seul…
Et s’il y avait un mot, est-ce que cet état serait alors possible ?