La baguette de fille en saillie
« Escarmouche, escarmouche ? Vous voulez de l’escarmouche ? Mais vous n’êtes pas bien complété dans votre tête mon bon ami. Pourquoi vouloir ou même penser que notre petite divergence de point de vue, totalement immatériel et inconsistant, puisse être réglée par le biais si peu recommandé de la violence ? Je m’interroge, je vous observe, je commence même à vous connaître, et je ne parviens à en comprendre la raison. Du coup, je m’interroge encore plus sur cette incapacité de ma part à pouvoir déduire l’attitude à adopter pour vous ramener sur le chemin de la sagesse et de la raison. Je souhaiterais donc savoir ce qui peut vous pousser à réagir de la sorte face à un dilemme d’une importance si minime.
- Mais la voilà la réponse, espèce de maniaque verbeux ! Je suis juste là pour vous vendre du pain, préparé avec patience, attention, et un profond respect. Tandis que vous. Oui, vous. Vous êtes un client quotidien et satisfait de la qualité de ce produit plein d’amour et d’énergie, et n’êtes supposé qu’entrer dans ma boutique, préciser votre souhait et me tendre la monnaie en échange de sa réalisation. Je vous accorde volontiers qu’il est bon de vous pouvoir échanger quelques banalités ou autres ragots sans importance avec son semblable, mais il y a une certaine limite qu’il ne faut pas franchir. Cette barrière, c’est moi qui décide où c’est qu’elle se trouve dans ma boutique. Et bien là, lorsque vous me signifiez des cochonneries sur ma femme, vous avez franchi toutes les frontières concevables. Il n’y a rien qui puisse vous excusez. Et pourtant vous persistez sournoisement à faire le visage innocent. Alors je vous prierais de bien vouloir vous en retourner à vos occupations, et laisser la paix retomber sur ce lieu de travail autrefois si agréable.
- Oh, mère Nature ! Comme je m’en veux soudainement. Je n’avais aucune idée que cette si plaisante demoiselle à la poitrine opulente et provocatrice eut été votre fidèle partenaire dans le chaos qui nous entoure. Vous vous doutez bien que je n’aurais jamais usé de tels propos si cette information capitale avait été en ma possession ? Admettez que mon innocence a été poussée au-delà du possible avec cette atmosphère brulante, toutes ces miches fumantes et cette créature de rêve se trémoussant, riant de toutes parts, éclaboussant ses victimes de ses charmes envoutants et dévorant votre âme à chaque regard désirable. Combien d’allusions m’a-t-elle faite en prenant fermement ma baguette entre ses mains délicates ? Cette femme me demandait clairement de la prendre violemment sur ce comptoir. Les mots ne sont pas toujours nécessaires pour exprimer une envie. Elle m’a…
- Mais vous allez la fermer misérable pervers dégoutant. Je ne mérite pas que vous continuiez de répandre votre fiel infâme dans mon domaine personnel. Alors allez-vous en et ne remettez jamais l’ombre d’un pied en cet endroit sain.
- Je ne peux partir avant de m’être fait pardonner mon inconscience. Le sexe est…
- DEHORS ! Ou ce sont mes bras qui vous guident jusqu’au sol humide qui s’impatiente à l’extérieur.
- Très bien, très bien… Je m’en vais. Mais sachez que je reviendrais demain, chercher mon pain quotidien et les avances de votre très chère. Ceci est mon domaine personnel, et personne ne m’en privera. Sur ce, je vous salue. »