lundi 15 mars 2010

Corsé Amer

On croit qu’on peut avoir mal au corps,
Mais c’est le corps qui peut faire mal à l’âme,
Et l’âme, elle, elle peut souffrir sans limite,
Disposé à tout recevoir, par bonté.
Lorsque le corps se remet d’une douleur,
L’âme ne s’en remet jamais, à cause du souvenir,
Même si elle semble ne plus souffrir,
Elle garde chacune de ses cicatrices,
Petites pustules mentales prêtes à exploser,
Au moindre choc, insignifiant pour le corps.
Mais contrairement à la souffrance,
Gardée égoïstiquement par l’âme,
La mort, elle, se partage, ou existe,
Indépendamment dans les deux mondes,
Ainsi comme le corps peut mourir,
Et entraîner avec lui, l’âme,
Elle, peut également mourir en premier,
Et entraîner avec elle le corps,
Mais pas nécessairement, dans les deux cas,
Et donc, mon âme est morte,
Mais mon corps continue,
De se débattre, mollement, dans ce monde,
Il traîne avec lui cette odeur de pourriture,
Le cadavre de mon âme empeste,
A travers les pores de ma peau,
Et rien ne peut cacher cette odeur,
Le parfum des mortels reste trop concret,
L’invisible reste insoluble, et pue,
De toutes parts, sur les êtres,
Qui ont conservé leur âme en vie.
Lorsque j’approche, leurs yeux picotent,
Ils ne comprennent pas pourquoi,
Ce qu’ils ne voient pas, n’est pas,
Mais inconsciemment, ils comprennent,
Ils aimeraient pouvoir lui faire du bouche à bouche,
A ma pauvre âme refroidie,
Mais il est trop tard,
Le choc fut trop violent, il ne reste plus rien,
Que ces petites morceaux de chair psychologique,
Qui continueront de moisir dans ce corps.
Seule une nouvelle âme pourrait effacer cette puanteur,
Une petite, sans ambition, sans envergure,
Même toute chétive, pas méchante, pas gentille,
Mais présente, simplement étant.
D’ici là, je flotte en ces lieux,
Je n’attends pas, mon corps est là,
C’est tout, présent, insensiblement,
Là, battant jusqu’à la fin,
Une montre avec un pouce,
Rien de moins, rien de plus,
J’attends, m’étends, mais tends, vers le tentant,
Tout le temps, tout instant, insistant, pas incitant,
J’attends, sans avoir mal,
Et ça, c’est pas plus mal.

14/03/10