Les Casse-Bonbons
On dit que chacun est le con de quelqu'un, et bien je me demande si chacun est également le casse bonbons de quelqu'un.
En effet, après avoir vaguement parcouru différentes régions de France et d'Europe dont je ne citerais point les noms, je me suis rendu compte qu'il y avait un nombre incroyable de cons, mais surtout, de casse bonbons.
Commençons par les brises roustons de base, ceux qui brisent à l'aide de leur bouche, uniquement de leur bouche et de rien d'autre, et particulièrement pas à l'aide de leur cerveau.
Où que l'on aille, n'importe où, ils sont là. La bouche grande ouverte, prêt à sortir leurs idées les plus futiles sans y avoir vraiment réfléchi et sans se demander si cela pourrait tomber dans des oreilles qui ne souhaitent pas être violées par ce genre de propos. Non, cela ne les dérange pas, au contraire, tout est bon pour le casse bonbons. Au moindre prétexte, à la moindre occasion, et à chaque fois sans raison valable, il faut qu'ils ouvrent leur grande gueule. Ce trou béant de stupidité, abîme de la bêtise, bouche d'égout du ragoûtant et du perfide, déversant sans cesse une pollution auditive des plus nocives prêt de leurs congénères impuissants. Le plus surprenant est l'effet de répétition involontaire de cette confrérie de casse bonbons. Comme s'il existait un lien mental entre eux sur toute la planète.
Peut-être n'y a-t-il qu'un seul casse bonbons oral et qu'il envoie sans cesse des idées mûrement travaillées dans le but de briser quelques couilles innocentes au travers de ces déversoirs à conneries que sont les gens. Car après tout, c'est ce qu'ils sont tous, des Gens. Des gentils parfois, des gendarmes souvent, des genres étranges, des gendres lourds, des Jean-Paul I et II, des j'empeste, des gencives de porcs, des gens civilisés et des jambons de tous bords et finalement, des j'en passe et des meilleurs.
Oui, ces gens, canalisateurs de mauvaise ambiance, d'atmosphère pesante et redondante, semblent s'être passé le mot pour me broyer les burnos. Certains me traiteront d'intransigeant, d'antisocial, d'athéiste et même de casse bonbon peut-être ; démontrant par conséquent la similitude avec la règle des cons ; et donc je leur répondrais qu'en effet c'est probablement le cas et alors ? Passez votre chemin, allez voir ailleurs pour être sûr que je n'y suis pas et si c'est le cas, et bien restez y.
Donc, voilà ce que je demande, une nouvelle loi dans notre constitution déjà remplie d'âneries, pire qu'un abattoir suisse, interdisant à autrui de proférer à haute voix toutes choses inutiles découlant de son imagination stérile dans les lieux publics et plus particulièrement à proximité directe d'oreilles innocentes. S'il vous plaît, rendez la liberté à nos oreilles. La liberté d'écouter le chant des oiseaux, le chant des voitures, le son de l'eau d'un ruisseau pleurant ses dernières larmes, le brouhaha chaotique d'un marché, le son du vent dans les arbres et surtout, mais alors surtout, la liberté d'écouter le silence.
J'ai visité des lieux divers, pour la plupart touristiques puisque chaque fois il y avait au moins une personne se trouvant là pour visiter également. Telles les plus grandes chutes d'eau de différents pays, des châteaux forts datant de différentes époques, des ruines, des espaces naturels protégés (mais pas protégés contre les casses bonbons justement), des lacs de toutes tailles et de toutes couleurs, des montagnes plus ou moins hautes et bien d'autres lieux dont ma mémoire désabusée peine à se souvenir. Mais ce dont je me souviens, c'est la présence de Gens. Ils étaient là, pour une raison sans doute différente de la mienne puisqu'il semblerait que leur but fut de m'attendre afin de pouvoir sortir leur plus grande futilité dès mon arrivée. Ainsi, j'ai eu droit à des phrases de toute beauté élargissant mon vocabulaire de mots, d'expressions et d'idées dont je n'aurais pu soupçonner l'existence sans leur précieuse aide.
Bien entendu je ne parle que de ceux en français ou ceux que je suis parvenu à comprendre par un incroyable effort de déduction digne d'un Sherlock Holmes du langage, et heureusement, la plupart des langues me sont inconnues et cette ignorance me permet ainsi d'éviter certaines agressions auditives habituelles, qui j'en suis sûr, sont les mêmes pour toutes les communautés. Du moment qu'il y a langage, il y a création de casses bonbons. Donc, les seules parades possibles seraient les suivantes :
L'ignorance absolue de tout langage. Solution qui se trouve des plus ennuyeuses pour comprendre ceux qui ont des choses intéressantes à dire ou à écrire ; comme certains artistes, philosophes, chercheurs, trouveurs ou maîtres, et nos amis, pour ceux qui ont des amis intéressants bien entendu. De plus, cela n'évite pas d'entendre les fameux casseurs de noix utiliser leurs armes favorites, à savoir les terribles onomatopées.
Ensuite vient la surdité complète, qui elle résout définitivement le problème, mais malheureusement retire le privilège d'entendre ce que l'on voulait vraiment entendre, et principalement la musique et la nature. Un bien trop grand sacrifice donc.
Il y a aussi la possibilité de devenir ermite, ne laissant entrer dans son univers que ceux que l'on aura choisis avec précaution, mais sans jamais sortir de chez soi de peine d'être à nouveau attaqué par les ruintes boules. D'où une certaine difficulté pour se nourrir et surtout pour découvrir ce merveilleux monde qui nous entoure.
Finalement, il ne reste que l'établissement d'une nouvelle loi, comme citée précédemment, mais cela signifie donner un nouveau pouvoir à la police. Et c'est là que le bas blesse, puisque si ces hommes et femmes ne possédant d'un simple brevet des collèges devenaient en charge de corriger ceux qui répandent des propos inutiles dans nos feuilles de chou grandes ouvertes, nous risquons de nous retrouver rapidement vivant dans une société de babouins sans parole. Si nous ne le sommes pas déjà.
Me voilà donc bien embêté avec mon histoire de casse bonbons, sans solution valable, chaque jour un peu plus sous pression, entre dépression et haine grandissante, incapable d'apprécier la vie comme je souhaiterais pouvoir la vivre. Non pas que dans notre société française capitaliste, dirigée par le plus grand (pas par la taille) fan d'un président ricain ; tous deux casseurs de couilles professionnels, croyant que notre chère planète Terre ait été créée par un Dieu immoral il y a 4000 ans ; je puisse vraiment vivre ma vie comme je le souhaiterai. Les casses bonbons n'arrangent donc pas l'affaire.
Je suis pourtant quelqu'un qui tende à trouver le bonheur dans de simples choses, sans avoir besoin de beaucoup ; un peu de paix, un peu d'amour, un bon repas, un bon pinard et de quoi avoir suffisamment chaud pour divaguer dans ma rêverie. Or à cause de ces gens, ma paix s'en trouve dérangée, tourmentée, malmenée comme la paix en général l'est dans le monde entier depuis le début des temps. Il semble ne pas y avoir de fin à cette constante abrasion de mes oreilles par ces gens. Je me sens victime, vulnérable et sans autre arme que ma patiente. Et il se trouve que celle-ci, après avoir été mise à rude épreuve commence à vaciller, voire même à disparaître. Ses remparts sont en train de s'effondrer, vaincue par le siège des briseurs de castagnettes, ce qui laissera bientôt place au château de l'intolérance qui s'élève derrière ce mûr.
Je ne prône pas la violence ; n'étant pas vraiment méchant depuis l'origine de ma naissance ; mais je pense que ce groupe d'individus désire réellement que tout cela change. Hurlant toujours plus fort, baragouinant de plus en plus haut leur ignominie d'inculture, porte-drapeau de la bassesse, lourdauds acharnés dans l'éternelle platitude de propos antisavants, antiavancées, mais plutôt pro banal, pro banane, pro vide, incarnation de la providence négative. Oui, je le sens, ils souhaitent me voir leur casser la nuque après qu'ils m'aient tant cassé les couilles. Ils souhaitent que j'arrache une bonne foi pour toute cette langue qu'ils n'utilisent que pour nuire. Cette langue malade, atteinte d'une sorte de rage folle, bavant leur mépris de l'autre, salivant un vomi perfide destiné à empuantir les oreilles saines. Je peux le lire au fond de leurs yeux misérables ; reflétant moins de respect pour l'autre qu'un vautour en a pour la charogne dont il se goinfre ; ce désir inavouable que quelqu'un mette un terme à leur vie de mouette. Cette vie passée à jacter sans fin, piailler sans vergogne, usurper l'utilisation du langage, lui retirer les atours dont tant de poètes l'ont revêtu pour n'en laisser qu'un pauvre bibelot nu et laid. Des mouettes hurlant sans cesse au dessus de nos têtes, attendant que l'on laisse tomber sur le sol une de nos frittes pleine d'expression, pleine d'impressions. Une fritte d'émotion à leur attention. Mais oui homme-mouette, casse cacahuète, je t'ai vu, je t'ai entendu, tu existes et je te le prouve en te jetant cette fritte. Ton cri perçant m'est parvenu et je t'ai remarqué, je t'ai entendu et j'ai porté mon regard sur toi. Oui, tu as une âme, tu interagis avec ton entourage, ou du moins tu l'y forces par tes paroles ; ces petits pets puants sortants de ce sphincter au milieu de ton visage ; tu peux mourir en paix, et aller dans un quelconque monde meilleur auquel d'autres écrases testicules t'ont fait croire à leur avantage perfide. Là-bas tu seras grand, tu seras roi, récompensé pour toutes ces nuisances sonores dont tu as affligé le monde. Alors je t'en prie, vas-y, n'attends plus, ne me force pas à commettre ce que tes maîtres de vie ont commis. Ne me force à t'imposer mon opinion par la force, par la punition, par la vengeance, par une effusion de sang. Va-t’en, simplement, va-t’en. Laisse-moi apprécier ce monde dans le calme, dans l'absence de tes mots et l'absence tes maux. Cesse de vouloir à tout prix me casser les bonbons, soit bon, et tais-toi...
Voilà pour ce qui est du casse roustons de base. Celui qui nuit simplement par la parole, contre notre gré, souvent dans notre dos, simplement en ouvrant cet orifice buccal vierge d'intelligence.
Malheureusement, dans notre univers en expansion constante, cette espèce d'individu est également en constante expansion, par le nombre et par la force avec laquelle ils me les brisent. Toujours plus nombreux, les registres se sont diversifiés créant une évolution dans l'atroce. Aujourd'hui les techniques d'abrasions mentales deviennent de plus en plus... subtile... bien que cette « subtilité » soit inconsciente. Car à présent ces emmerdeurs utilisent le modernisme pour parvenir à leur fin. La télévision en est complètement envahie, à tel point qu'il faut avoir une passion pour la torture afin de découvrir, après des heures de programmes vides de sens, une once d'intelligence cachée dans un programme tardif, tentant de lutter contre l'invasion dominante des briseurs de noix.
Internet à depuis longtemps perdu ses rêves idéologiques de connaissances gratuites et d'art libre ouvert à tous. La pub, le capitalisme, le côté sombre de l'Homme se sont emparés de cet outil pouvant élever l'espèce humaine à son prochain stade d'évolution, reproduisant ainsi les mêmes erreurs que dans notre monde palpable. Les écrases burnes sont devenu « écrases bit ».
Mais ne baissons pas les bras, mes chers comparses aux couilles endolories, nous ne sommes pas vaincus, nous possédons encore un minimum de propriété privée, une petite liberté qui nous permet de fuir ces armées aux gros sabots, et continuer de vivre en espérant qu'un jour la sélection naturelle s'applique à l'Homme et rende impuissant ceux qui nous tant labourer les bourses. Un retour de raquette qui serait bien méritée. En quelque sorte l'arroseur arrosé ou plutôt le casseur castré.